Une atmosphère empreinte d'histoire régnait au Théâtre national algérien Mahieddine Bachtarzi (TNA) samedi après-midi, lorsque Ghadbat El Bey (La colère du Bey), produite par le Théâtre régional de Biskra, a pris vie devant un public captivé.
Présentée dans le cadre du Festival national du théâtre professionnel (FNTP), la pièce était en compétition, ajoutant une intensité particulière à cette représentation déjà chargée d’émotions. Plus qu’un simple spectacle, elle a transformé la salle en un espace vivant où histoire et interaction se sont entremêlées avec force. Écrite par Hamid Allaoui et mise en scène par Karim Boudchiche, l’œuvre revisite le parcours de Ahmed Bey de Constantine, dernier Bey et figure emblématique de la résistance algérienne face à l’invasion coloniale. Bien au-delà d’un récit historique, la pièce explore les tensions humaines, la dignité, la colère et le courage dans des moments de crise. Les personnages, incarnés avec conviction, reflètent l’engagement et la résistance.
Un élément marquant de cette représentation a été le franchissement audacieux du quatrième mur. À plusieurs reprises, les comédiens se sont adressés directement au public, posant des questions, commentant avec humour les événements ou partageant des regards complices. Cette rupture avec la frontalité classique a créé une proximité immédiate, déclenchant rires, exclamations et applaudissements spontanés. Le public n’était plus simple spectateur : il est devenu acteur, participant à chaque tension et à chaque émotion de la scène.
La mise en scène, subtile et dynamique, a su jouer avec l’espace et le temps. Lumières et sons ont marqué les différentes temporalités et lieux, tandis que décors et costumes recréant fidèlement l’atmosphère du XIXᵉ siècle algérien. Les transitions entre les scènes étaient fluides, maintenant un rythme soutenu tout en conservant l’intensité du récit. La performance des comédiens a également été remarquable. Tarek Louiz, dans le rôle de Ahmed Bey, a incarné avec force et nuance la dignité, la détermination et la colère de son personnage. L’ensemble de la troupe a contribué à créer une harmonie scénique, chaque rôle, principal ou secondaire, possédant sa place et son importance dans le déroulé de l’intrigue. L’énergie collective et le jeu expressif ont capté l’attention du public tout au long de la représentation. À la fin du spectacle, la salle s’est levée pour une ovation prolongée, applaudissant avec enthousiasme la troupe et saluant la puissance du message transmis.
L’émotion était palpable, et beaucoup de spectateurs ont quitté la salle en parlant de ce moment comme d’une expérience unique, où théâtre et histoire se sont entrelacés pour créer une véritable immersion. La colère du Bey confirme sa place dans le théâtre algérien contemporain : un spectacle audacieux, interactif et profondément humain, où chaque scène devient un espace de réflexion sur la résistance où le théâtre se vit pleinement.
M. K.