Mohand Salah Hamlaoui, Ingénieur principal en agronomie à El Moudjahid : «ce que valent Les sous-produits de l’oléiculture»

Entretien réalisé par : Amar Fedjkhi

El Moudjahid : Quelles méthodes permettent de transformer les grignons et la margine en engrais ou amendements agricoles efficaces ?

Mohand Salah Hamlaoui : La transformation des grignons et des margines d’olives en engrais ou en amendements agricoles efficaces repose principalement sur le compostage et l’épandage. Le compostage des grignons d'olives (résidus de pulpe, peau et noyaux), transforme ce sous-produit oléicole en un amendement organique riche, notamment en potassium, bénéfique pour la structure des sols. Il nécessite un mélange avec des déchets végétaux ou de la paille et un apport d'azote avec du fumier de volaille ou de l’azote sous forme liquide pour favoriser l’activité microbienne et accélérer la décomposition des grignons riches en lignine. C’est au bout de 4 à 6 mois qu’on obtient un composte mûr prêt à l’emploi. Cet amendement organique améliore la structure du sol et est idéal à épandre en automne ou au printemps sur les cultures d’oliviers et de céréales. Quant aux margines, ces effluents liquides riches en matières organiques (polyphénols, lipides, protéines) et en sels minéraux (potasse, sodium et magnésium) sont stockés dans de grands bassins de rétention maçonnés, durant toute la période de trituration. Ensuite, utilisés soit par irrigation gravitaire pour les propriétaires de huileries disposant d’oliveraies à proximité de l’exploitation, soit par transport à l’aide de citernes pour être épandues sur les oliviers comme engrais organiques. Cependant, il faut éviter leur utilisation sur les cultures à bulbes telles que la pomme de terre, la carotte etc., car elles peuvent altérer la saveur de ces légumes.

Existe-t-il des procédés pour convertir les grignons en alimentation animale ou en biocombustibles et quels obstacles freinent leur adoption ?

Il existe des procédés éprouvés pour valoriser les grignons d’olives aussi bien en alimentation animale qu’en biocombustibles. Dans l’élevage, les grignons peuvent être utilisés sous forme d’ensilage pour l’alimentation des ruminants, notamment les ovins, les caprins et les camélidés. Riches en fibres et en composés phénoliques, ils sont souvent mélangés à d’autres matières comme le son, le cactus ou la mélasse, ce qui en fait un aliment énergétique contribuant à l’amélioration de la qualité du lait et de la viande. Les grignons sont également valorisés comme source d’énergie. Utilisés traditionnellement comme combustible dans les régions oléicoles et dans les huileries, ils présentent un pouvoir calorifique élevé, compris entre 4.000 et 5.000 kcal/kg, et peuvent être transformés en briquettes ou en granulés.
Des expériences d’exportation de bois de noyaux d’olives vers l’Europe montrent l’existence d’un réel potentiel économique et d’opportunités sur les marchés étrangers. En revanche, les procédés plus avancés, tels que la gazéification ou la torréfaction, restent peu développés. Cette situation s’explique en partie par le contexte énergétique national, marqué par la prédominance du gaz et du pétrole.
La valorisation des grignons demeure également freinée par des contraintes structurelles, notamment l’abandon de certaines terres agricoles, le manque de main-d’œuvre et de motivation pour le travail de la terre, ainsi que l’arrêt, au début des années 2000, du projet de valorisation soutenu par le Conseil oléicole international en collaboration avec l’Institut technique de l’arboriculture fruitière et de la vigne.

Quels types d’infrastructures ou de stations de traitement pourraient centraliser et valoriser ces sous-produits tout en limitant la pollution ?

La valorisation des grignons d’olives repose sur des infrastructures capables de traiter l’ensemble des résidus issus de l’extraction de l’huile, notamment la pulpe, les peaux et les noyaux. Des plate-formes de compostage permettent de transformer ces sous-produits, mélangés à des déchets végétaux, en amendements organiques destinés à l’agriculture. Des unités de dénoyautage assurent la séparation des noyaux, valorisés comme combustible, et de la pulpe utilisée dans l’alimentation animale. D’autres filières concernent l’extraction de l’huile de grignons, la fabrication de savon, ainsi que la transformation énergétique des résidus en briquettes, granulés ou charbon actif. Des technologies plus avancées, telles que la gazéification, offrent également des perspectives de valorisation, bien que leur déploiement demeure limité.

Quelles mesures incitatives ou réglementaires pourraient encourager les huileries à recycler leurs sous-produits plutôt que de les déverser dans la nature ?

L’encouragement au recyclage des déchets issus de l’industrie oléicole passe par un soutien public renforcé à l’utilisation des grignons et des margines, accompagné de la mise à disposition de moyens matériels adaptés au profit des agriculteurs. La relance des programmes de valorisation portés par le Conseil oléicole international, en partenariat avec les instituts techniques nationaux, permettrait de renforcer le transfert de technologies et de capitaliser sur les expériences acquises. Des actions de vulgarisation ciblées, appuyées sur des résultats concrets, sont nécessaires pour convaincre les oléiculteurs et les huileries d’adopter ces pratiques. Un suivi rigoureux de l’État, fondé sur le contrôle et l’évaluation régulière des projets, demeure enfin indispensable pour assurer l’efficacité des dispositifs et la protection de l’environnement.

A. F.

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