Houari Boumediène, Liamine Zeroual et Abdelmadjid Tebboune : trois Présidents et la France

«A l’Algérie indépendante et à la France historique», lançait le Président Giscard en levant son toast, laissant planer le doute avec cette formule ambiguë. Saisissant la formule au vol, Houari Boumediène porta l’estocade : «à l’Algérie indépendante et que Dieu la préserve de l’opprobre de l’Histoire !»

65 ans après l’indépendance de l’Algérie, il subsiste encore, des voix nourries par la nostalgie de «l’Algérie française», enfermées dans un imaginaire révolu. Ces résurgences, qui ne datent pas d’aujourd’hui, se sont, de tout temps, heurtées à la fermeté de dirigeants algériens attachés à la défense sans concession de l’indépendance nationale. Trois présidents ont marqué leur époque par une défense farouche d’une souveraineté nationale pleine et entière refusant toute forme de tutelle.

Il s’agit des présidents Houari Boumediène, Liamine Zeroual et d’Abdelmadjid Tebboune. Le premier, le défunt président Houari Boumediène nous replonge dans les années 1970 où, dans un contexte de tensions croissantes avec Paris, le président Boumediène décide la nationalisation des hydrocarbures, remettant en cause les privilèges hérités de la période coloniale. Cette décision marque une affirmation brutale de la souveraineté économique et provoque une réaction hostile et virulente de la France. Mais la crise ne faisait que commencer. En 1973, les violences racistes visant les travailleurs algériens en France ont éclaté. C’était un 25 août à la suite d’un fait divers. Ce jour-là, un chauffeur de bus a été tué par un passager à coups de couteau. Le meurtre a suscité, une émotion générale. Les gros titres de la presse se sont attardés sur le profil du passager : «le tueur est Algérien». Il n’en fallait pas plus pour les nostalgiques de l’Algérie française et les aigris du colonialisme pour dégainer. Des appels au génocide ont été relayés dans une certaine presse.

Des dizaines de morts parmi les travailleurs algériens ont été comptabilisés, les jours et semaines qui suivirent. La réaction du défunt Boumediène ne s’est pas fait attendre. Il a suspendu l’émigration vers la France, mettant fin à cent ans d’une libre circulation des travailleurs, commencée durant la période coloniale. Cette séquence révèle l’intransigeance de l’Algérie qui refuse toute atteinte à ces citoyens et tient à imposer le respect. Pour le défunt Boumediène, il était inadmissible qu’un citoyen algérien soit maltraité en France, comme partout ailleurs dans le monde. Dans ses rapports avec la France, il a constamment maintenu une posture à la fois de hauteur et de fermeté. Boumediène veillait à ce que le dialogue avec Paris se fasse sur un pied d’égalité. On se rappelle le fameux épisode du toast prononcé par Giscard d’Estaing en l’honneur de Boumediène lors de sa visite officielle de 1975 en Algérie : «À l’Algérie indépendante et à la France historique», lançait Giscard en levant le toast, laissant planer le doute avec cette formule ambiguë. Boumediène l’a saisi au vol et porté l’estocade : «À l’Algérie indépendante et que Dieu la préserve de l’opprobre de l’Histoire.»

Dans les années 1990, l’Algérie a traversé l’une des périodes les plus douloureuses de son histoire mais elle est restée debout. Dans ce contexte critique, certains imaginaient pouvoir profiter de la fragilité de l’Algérie pour lui imposer des choix contraires à sa souveraineté. Mais c’était compter sans le patriotisme de ses enfants. Le défunt président Liamine Zeroual l’a démontré avec l’art et la manière, lui qui était resté inébranlable face aux pressions extérieures.
En octobre 1995, Zeroual a inscrit un nouveau chapitre de fermeté dans l’histoire diplomatique de l’Algérie. Alors qu’il devait rencontrer son homologue français, Jacques Chirac, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, des voix s’élevèrent en France pour contester cette rencontre, nourries par la fronde de la gauche qui, au pouvoir quelques années plus tôt, avait vivement critiqué l’arrêt du processus électoral en Algérie en 1992 et lancé le fameux «qui tue qui ?»

Face à cette pression, Jacques Chirac proposa à Zeroual un rendez-vous discret, à l’écart des médias. Mais le président Zeroual ne céda pas. Avec une fermeté inébranlable, il refusa catégoriquement toute rencontre en secret et prit, lui-même, l’initiative d’annuler l’entretien, affirmant que l’Algérie ne se plie ni aux intrigues ni aux arrière-pensées étrangères et que la souveraineté nationale n’est pas négociable. Quelle leçon de fermeté !
Dans cette même veine de fermeté, l’actuel président Abdelmadjid Tebboune reste intraitable quand il s’agit de la dignité de l’Algérie. Face à l’extrême droite française et ses tentatives de porter atteinte à la souveraineté nationale, le Président Tebboune adopte un ton ferme, notamment sur les questions mémorielles et les dossiers sensibles du moment. Sur la question migratoire, le président de la République a été clair : «Aucune humiliation ne sera tolérée.»

L’Algérie a répliqué de manière symétrique à toutes les tentatives d’intimidation de la France, que ce soit l'expulsion de diplomates ou le rappel de l'ambassadeur. Et à chaque fois, l’Algérie rappelle le principe de «réciprocité» en exigeant un traitement d’égal à égal. Mieux, le chef de l’Etat, qui a reporté à plusieurs reprises une visite d’État en France, refusant de céder à toute pression, a prononcé une phrase très symbolique qui a été largement relayée : «Je n’irai pas à Canossa»... Une manière de rappeler à la France que le temps de son hégémonie est révolu !

Ainsi donc, les épisodes des défunts Boumediène et Zeroual ou celle du Président Tebboune montrent que la souveraineté de l’Algérie n’est pas négociable et qu’elle ne conçoit sa relation avec la France que sur un pied d’égalité stricte.

H.Y.

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