La célébration de la journée internationale pour la sensibilisation au problème des mines et l'assistance à la lutte anti-mines constitue une belle opportunité pour relever le formidable travail mené par l’Algérie dans le cadre du programme national sur le déminage mais aussi rappeler les atrocités de la France coloniale devant les champs de mines qu’elle avait semés. Et partant de son rôle jugé de pionnier par les observateurs internationaux et de son expérience avérée en la matière, qui remonte à la guerre de Libération nationale, notre pays a été élu, en novembre 2023, à la présidence du Comité sur le renforcement de la coopération et de l’assistance à la Convention d’interdiction des mines antipersonnel (CIMAP) pour l'année 2024 pour concourir aux efforts des pays parties pour mettre pleinement en œuvre les dispositions de la Convention et ses plans d'action et mettre un terme aux souffrances et aux pertes causées par les mines antipersonnel.
Une juste reconnaissance loin d’être volée si on se fie à tout ce qui a été entrepris. Au lendemain, en effet, de l’indépendance, le pays s’est retrouvé confronté à ce grave problème aux conséquences dramatiques. Il fallait donc démanteler ces millions d’engins de la mort, éparpillés dans tout le territoire national, plus particulièrement le long de la tristement célèbre ligne Challe et Morice.
Et c’est à l’Armée nationale populaire qu’avait échu cette mission de déminage avec, au final, le chiffre impressionnant de près de 9 millions de mines retirées dans 93 zones minées, dont 78 étaient sur la ligne Challe et Morice. Les opérations de déminage ont permis par ailleurs de libérer quelque 100.000 hectares qui ont été utilisés dans le domaine de l’agriculture et du pâturage ainsi qu’à la mise en œuvre de projets de développement, redonnant du coup vie à des régions meurtries. Car oui, les mines antipersonnel de l’époque coloniale ont causé des dégâts incommensurables, avec une forte densité par habitant dans les régions frontalières. 4.830 victimes ont été enregistrées durant la Révolution et 2.470 autres après l’indépendance, avec un minimum de 20 % d’invalidité. Aussi, on compte plus de 2,5 % de la population handicapée du fait d’une explosion d’une mine.
C’est dire l’horreur et les souffrances endurées par le peuple algérien. Parallèlement à cet effort de guerre, notre pays adopte une approche ferme quant à la nécessité de criminaliser et d'interdire l’implantation des mines, conformément à la Convention d’Ottawa sur l'interdiction de l'emploi, du stockage, de la production et du transfert des mines antipersonnel et sur leur destruction, ratifiée par l’Algérie en décembre 1997 et entrée en vigueur le 1er mars 1999, d’autant plus que des pays commencent à remettre en cause ce cadre international et à le quitter carrément. D’où le combat que mène l’Algérie, qui connaît plus que quiconque ce que peut provoquer ce type d’explosifs, à la fois invisibles et meurtriers. Sur un autre registre, l’Algérie mène un autre combat, et pas des moindres, puisqu’il s’agit de la prise en charge sanitaire et l’accompagnement socio-psychologique des victimes des mines à travers une stratégie globale mûrement réfléchie. Et pour cause, les séquelles de ce crime de guerre sont difficilement effaçables, souvent incurables. Handicap physique, traumatismes en tous genres tels l’altération de la personnalité, les troubles somatiques, névrotiques ou encore l’anxiété et l’asthénie,… Autant de pathologies qui imposent un traitement minutieux des aspects liés à leur intégration socioéconomique dans le cadre d’une dynamique de développement local, comme le relèvent les spécialistes.
S. A. M.