Le président français en visite au Vatican les 9 et 10 avril : le dernier acte du cirque Macron

Il n’y a guère de coïncidences en politique, mais plutôt des calculs profonds et des signaux, parfois discrets, adressés aux partenaires ou aux opinions publiques

Le président français, Emmanuel Macron, effectuera une visite à l’État de la Cité du Vatican les 9 et 10 avril prochain, au cours de laquelle il s’entretiendra, pour la première fois, avec le pape Léon XIV. L’annonce, faite le 1er avril par l’Elysée, est largement relayée par les médias de l’Hexagone. Officiellement, la présidence française justifie cette visite par les bouleversements que connaît le monde aujourd’hui, assurant que M. Macron abordera avec le souverain pontife «les défis soulevés par l’actualité internationale».
«Ce sera notamment l’occasion de saluer le rôle essentiel du Saint-Siège et l’engagement personnel du Saint-Père en faveur de la paix, du dialogue et de la solidarité entre les peuples, ainsi que de témoigner de la volonté de la France d’œuvrer de concert avec le Saint-Siège dans cette perspective», a précisé l’Élysée. Autrement dit, un déplacement ordinaire qui vise à inscrire dans la continuité un dialogue ancien entre la France et le Saint-Siège. Mais le timing choisi par l’Elysée suscite bien des interrogations.
Car cette visite a tout pour être catégorisée dans le registre des déplacements officiels qui, sous les ors feutrés des palais et la solennité des rites, disent bien davantage que les communiqués lissés qui les accompagnent.
En effet, il s’agit là d’un épisode diplomatique où les coïncidences semblent trop parfaites pour être fortuites. Car, elle interviendra à peine trois jours avant le déplacement du pape Léon XIV en Algérie pour une visite officielle annoncé en février dernier pour les 13, 14 et 15 avril. Une proximité de dates qui, sans être explicitement commentée, intrigue les observateurs avertis. Simple coïncidence du calendrier diplomatique ou subtil enchaînement soigneusement orchestré ? Comme le veut l’adage, il n’y a guère de coïncidences en politique, mais plutôt des calculs profonds et des signaux, parfois discrets, adressés aux partenaires ou aux opinions publiques. Dès lors, une question s’impose.
Que pourrait chercher ou demander le président français du Pape ? Essayerait-il de tirer profit de la visite du souverain pontife en Algérie pour tenter d’influer indirectement sur un dossier judiciaire, qui est celui du journaliste Christophe Gleizes, condamné par la Cour de Tizi Ouzou à sept ans de prison ferme pour apologie du terrorisme. Selon certaines sources, le Président français demanderait au Pape de plaider auprès du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, la libération du journaliste en question.
Une stratégie qui, si elle se confirmait, relèverait d’une diplomatie de contournement, où l’on sollicite l’autorité morale du Vatican pour peser sur une décision souveraine. Une telle démarche qui pose des questions non seulement sur le fond qui concerne la défense d’un ressortissant mais également sur la méthode. Car faire intervenir une tierce autorité spirituelle dans une affaire judiciaire relevant d’un État indépendant n’est pas un geste anodin ni innocent, surtout lorsque l’on prend bien connaissance du fond du dossier.
Connu pour être un journaliste sportif, Christophe Gleizes est entré sur le territoire national avec un visa touristique, dissimulant ainsi la nature réelle de sa mission. Un contournement des procédures d’accréditation qui, dans de nombreux pays, constitue déjà un motif sérieux de litige. Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Il est inculpé pour avoir travaillé en lien avec des figures associées au mouvement terroriste MAK. Son projet était un documentaire autour d’une supposée «Equipe nationale kabyle».
Un sujet qui touche directement à l’unité nationale et à l’intégrité territoriale de l’Algérie. D’ailleurs, il a été condamné sur la base de ses aveux faits lors de son jugement. Là encore, une question mérite d’être posée : que ferait la France si un journaliste étranger, entré sous couvert touristique, réalisait un reportage sur une hypothétique «équipe nationale» bretonne ou alsacienne, en lien avec des mouvements terroristes ? La réponse, sans doute, ne serait pas dénuée de fermeté. C’est là toute l’ambiguïté de cette séquence.
Entre défense légitime d’un citoyen et perception d’un double standard, la ligne est fine. Et c’est précisément dans cet interstice que se joue la crédibilité d’une diplomatie. M. Macron, affaibli sur la scène intérieure, cherche peut-être à afficher une posture de protection et d’influence à l’international. Tel est le dernier acte du cirque Macron. Mais à trop vouloir démontrer sa capacité d’action, il prend le risque d’exposer ses limites. Car la diplomatie ne se mesure pas seulement aux intentions, mais à la manière dont elles sont reçues.

M. A. O.

 

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