Note de lecture – «Moi, l’indigène de Mercier-Lacombe» de Driss Reffas : chroniques d’une Algérie paysanne insurgée

Dans le village colonial de Mercier-Lacombe en Oranie, les hommes entendent en 1937 le tocsin de la liberté et les germes de sédition qui pointent.

Ils s'unissent ensemble dans une action commune de solidarité pour des revendications salariales. C'est le récit poignant de Driss Reffas, intitulé Moi, l'indigène de Mercier-Lacombe, paru aux éditions El Kalima, qui narre avec lucidité et impartialité ces faits. Tout au long de ces diverses nouvelles, l'auteur évoque, la misère et  l'exploitation de ces ouvriers agricoles qui tirent le diable par la queue, ainsi que leur dur combat contre les colons de cette contrée. Malgré la richesse des terres agricoles de la région de Sfisef, les ouvriers agricoles se révoltent contre l'injustice et le joug colonial. Ce ne sont plus de petites actions, mais une insurrection sourde qui monte des tréfonds du cœur pour clamer la liberté, l'égalité et la justice. A travers différentes histoires du quotidien de ce village, l'écrivain décrit avec moult détails cette vie paysanne humble empreinte de misère.

La résistance et le chant patriotique n'est pas loin. Driss Reffas exhume, et titille la mémoire, pour raconter un pan de l'histoire de ces ouvriers de cette riche contrée. C'est une mémoire ancienne enfouie qu'il déterre pour évoquer ces ouvriers syndicalistes qui expriment leur mécontentement, leur désarroi et leur rébellion. C'est en 1937 que  Belkader, Hmida, Mimoun, Boutaleb et tous "les damnés de la terre", expriment leur dissidence par une grève pacifique. L'ouvrage Moi l'indigène de Mercier-Lacombe est compartimenté en deux chapitres.

Dans le premier, l'auteur met en relief le vécu de ces petites gens. Il témoigne de ces hommes de l'ombre qui ont écrit une page glorieuse  d'histoire en les faisant entrer dans la grande Histoire coloniale du pays. Dans le second chapitre, l'écrivain raconte avec beaucoup d'émotion et d'empathie l'amour de Mostefa, jeune ouvrier agricole pour Henriette, fille d'un colon propriétaire terrien qui possède des champs viticoles.

Dans ce contexte colonial délétère de 1937, cet amour est voué à l'échec. Audacieux et animé par ces élans amoureux, Mostefa  écrit une lettre d'amour à sa dulcinée  qui sera interceptée par le beau-frère militaire d'Henriette. Ce dernier convoqua Mostefa au bureau des investigations pour lui rendre sa lettre.  Dans cette Algérie profonde insurgée, l'auteur nous embarque dans cette extraordinaire saga où même l'acte d'amour est un acte d'indignation. D'une écriture fluide et d'une grande clairvoyance, ce récit bouleversant nous plonge dans une époque révolue  qui ouvre la porte à tous ces oubliés de l’Histoire, à tous ces valeureux hommes qui ont bravé la France coloniale.

K. A.

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