Recherche Scientifique : La contribution de la diaspora algérienne, une valeur ajoutée

Le directeur chargé de la science, de la technologie et de l'innovation au Conseil national de la recherche scientifique et des technologies (CNRST) fait part de l'initiative du CNRST qui a été approuvée par le président de la République et qui est en cours d'implémentation «avec la mobilisation déjà de plus de 270 de nos compatriotes installés à l'étranger». Le Pr Mokhtar Sellami explique que cette action vise exclusivement le développement économique et technologique du pays» à travers  «un transfert de savoir et de savoir-faire touchant les domaines prioritaires». En pleine concertation pour l'organisation de la conférence de lancement qui se tiendra au dernier trimestre de cette année, il détaille pour El Moudjahid les principaux axes pour une «taskforce algérienne pour le développement socioéconomique et technologique du pays».
Il s'agit, précise-t-il, «d'assurer la complémentarité et la synergie entre les compétences algériennes opérant à l’échelle mondiale pour le développement socioéconomique et technologique du pays». 
Le représentant du CNRST fait savoir que «les intellectuels, experts, spécialistes et chercheurs algériens résidant à l’étranger constituent une communauté de près de 25.000 ressortissants». Cette frange de citoyens algériens «n’a cessé de constituer une priorité pour les plus hautes autorités de l’Etat».  Il explique que «les pays en situation d’émergence économique et scientifique ont, très tôt, réalisé que les compétences expatriées constituent un formidable réservoir de savoir, de savoir-faire, de capital financier et de capital réseau de tout premier ordre». Et au moment où l’État algérien veut intégrer l’économie de la connaissance performante et compétitive, l’implication des potentialités algériennes disponibles à l’échelle mondiale est, à ses yeux, incontournable. 
«Il s’agit, poursuit-il, d’une option stratégique qui mise aussi bien sur les compétences dans les technologies émergentes que sur celles du monde de la culture et des arts, des affaires et de l’entrepreneuriat.»
 
Stopper l’hémorragie de la matière grise 
 
«Il ne s’agit pas seulement de travailler sur une logique du retour des compétences expatriées, mais également d’arrêter le phénomène d’hémorragie qui continue d’éroder le capital scientifique, technologique et entrepreneurial du pays» a-t-il ajouté, non sans signaler que de nombreuses initiatives prises dans les domaines de la science et de la technologie «sont restées sans lendemain, faute de volonté politique, de vision globale, de mobilisation de l’exécutif, d’insuffisances législatives et de contraintes bureaucratiques».
Les challenges pour l’édification d’une nation forte sont nombreux, à commencer par l’innovation, sa compréhension et son implémentation dans les rouages de l’économie et de la société. 
Pour le directeur au CNRST «cette étape cruciale a un prérequis, la formation des cadres dans des axes stratégiques relatifs à la sécurité alimentaire, la transition énergétique, la santé publique, les ressources hydriques», ainsi que les actions transversales sous-jacentes dans «les technologies émergentes, l’intelligence artificielle, la digitalisation et l’Internet des objets». 
 
Un plan d’action 
 
La mise en place d’un pôle d’excellence/compétitivité sur les technologies innovantes à Sidi-Abdallah serait, note le Pr Sellami «le prélude à l’émergence d’une «SiliconValley» algérienne où pourront se côtoyer les centres d’innovation et de transfert de technologies avec les entreprises émergentes». 
Cet environnement de haute technologie servira de relais pour l’essor des métiers du tertiaire». Il s’agira aussi de faire face aux grands défis internationaux et aux futures alliances stratégiques qui se dessinent à l’échelle mondiale» a-t-il précisé. 
Conscient de son rôle en tant que force de proposition et de sa responsabilité de soutien aux politiques publiques dans la recherche scientifique et les technologies, le Conseil national de la recherche scientifique et des technologies propose un plan d’action en mettant en avant quelques mécanismes permettant la mobilisation effective des compétences algériennes à l’échelle mondiale autour de facteurs structurants du développement socioéconomique, scientifique et technologique.
Le Pr Sellami souligne que «ces propositions devront être étayées par l’organisation d’ateliers prospectifs qui réuniront des parties prenantes et représentants de l’État algérien: experts et scientifiques résidant à l’étranger, représentants de ministères clés, les affaires étrangères, l’industrie, l’énergie, l’enseignement supérieur, la santé, l’agriculture, les finances ainsi que des organismes étatiques «pour proposer, enrichir et pérenniser les résultats d’une démarche pragmatique, aux objectifs mesurables, avec des moyens de réalisation appropriés et un calendrier de réalisation raisonnable». Le but ultime de l’alliance est de «concrétiser la contribution tant attendue des compétences algériennes au développement socio-économique, scientifique, culturel et technologique de l’Algérie».
 
Les objectifs clés 
 
Le spécialiste identifie les objectifs de l’alliance, dans le «développement de la formule d’accueil des experts et scientifiques pour des séjours de courte durée, répondant à des besoins spécifiques en formations avancées ou expertise technologique de pointe. La création d’un département au MAE pour la mobilité d’experts/consultants de la communauté algérienne de l’étranger pour intervenir dans les institutions publiques et les entreprises économiques/startups sur des processus industriels/technologiques favorisant la compétitivité et la diversification des produits.
Figure également «la création d'un environnement législatif pour les retours progressifs des compétences le souhaitant, selon un calendrier pouvant s’étaler sur cinq années. Le cadre concerné gérera progressivement son retour en construisant son nouvel environnement d’accueil (université, entreprise, centre d’études et de recherches avancées). Il s'agit également de «donner la priorité à la création en Algérie de startups/spin-off innovantes à potentiel compétitif en termes de parts de marché à l’international, avec des facilitations dans l’octroi d’espaces aménagés dans les parcs technologiques, centres de recherche, pépinières d’entreprises, et les facilitations bancaires.  Outre l’organisation d’une conférence annuelle permettant aux chercheurs algériens du pays et à ceux de la diaspora d’échanger autour des résultats de leurs travaux de recherche et de se constituer en réseaux scientifiques et d’experts, en même temps participer à l’animation d’ateliers de recherches avancés et/ou à des formations de pointe ou des évènements de vulgarisation des résultats d’études avancées en sciences, arts, et culture au profit d’étudiants spécialisés, jeunes chercheurs, industriels, associations.
 
Tahar Kaidi

 

Sur le même thème

Multimedia