À Ghardaïa, les magasins et marchés de vaisselle ne désemplissent pas à l’approche du mois sacré. Des centaines de femmes se ruent sur tajines, « Lekdira » et bols à chorba, perpétuant une tradition culinaire indissociable du Ramadhan.
Sur le plus grand boulevard de toute la wilaya de Ghardaïa, en l’occurrence le boulevard du 1er Novembre, long de 2.000 mètres, qui traverse de tout son long le quartier populeux et populaire de Théniet El Makhzène, où des centaines de femmes dans une cohue indescriptible s’agglutinent devant les portes des marchands de vaisselles, attendant leur tour pour y entrer et s’arracher l’objet recherché, que ce soit de nouveaux bols, des assiettes ou toutes sortes d’autres ustensiles utiles pendant ce très particulier mois de Ramadhan.
Même si toutes les vaisselles faites en poterie cuite et dans le bois taillé sont recherchés lors de ce mois béni , l’objet le plus recherché reste incontestablement «Lekdira» en terre cuite, celle qui fait mijoter l’incontournable « chorba », entrée et ouverture de l’appétit de la fin du jeûne, ou «Lahrira » pour les gens de l’Ouest et « El djari » pour ceux de l’Est et du Sud du pays. Partout, au niveau de toutes les communes de la wilaya de Ghardaïa, comme si toute la gent féminine s’est donné le mot, c’est l’envahissement de tout lieu exposant de la vaisselle.
L’affluence ne faiblit pas tant celles-ci se donnent tout le temps pour acquérir le produit recherché. Une véritable ruée qui finit en razzia, qui fait le bonheur des marchands qui réalisent là un bon chiffre d’affaires. « Ce sont les femmes qui achètent, les hommes ne regardent même pas », lance un vendeur ambulant exposant sa marchandise à même le sol du côté du « Café des Amis », ajoutant « je suis de M’sila et c’est mon deuxième voyage. J’ai pratiquement tout vendu. Maintenant, moi aussi je vais me permettre un bon mois de Ramadhan chez moi avec mes enfants. »
Tout est raflé. Certains magasins ont sorti le grand jeu pour attirer la clientèle. Comme un invité cher et particulier, chaque famille se prépare à recevoir Ramadhan comme le prince des mois et toutes s'accordent à l'accueillir dans la propreté. Ces derniers jours, les magasins de vente de vaisselle installés au centre-ville de Ghardaïa et notamment au quartier de Theniet El Makhzène et sur la place du vieux marché de Ghardaïa connaissent une affluence particulière.
C'est souvent en groupe que les ménagères prennent d'assaut les magasins où l'on vend de la vaisselle pour dégoter un « tajine », un fait-tout ou une soupière.
Les articles les plus demandés sont les casseroles, les théières, les thermos, les services, les poêles et surtout, les bols (ghorfia) de la fameuse Chorba ainsi que les assiettes et les soupières. Pour la plupart des familles algériennes, il est inconcevable que la chorba du f'tour se cuisine dans un autre ustensile qu'une marmite en terre cuite, particulièrement en argile rouge, la bonne et vieille argile, c’est véritablement un crime de lèse-majesté.
« Le tadjin en terre cuite est très demandé » nous confirmera un exposant venu de Kabylie, étalant sa marchandise sur un large tréteau au marché de proximité ouvert au niveau du palais des expositions de Bouhraoua par la direction du commerce de la wilaya de Ghardaïa. « Ici, il y a de tout, de la vaisselle, des produits d’entretien mais aussi et surtout de la viande, de la volaille, des œufs, des fruits et des légumes, le tout avec des prix à la portée des bourses moyennes » nous lance une dame, employée d’une agence de voyages locale, ajoutant « c’est ce qu’il faut pour casser la spéculation.
Nous remercions notre gouvernement pour ces initiatives qui permettent au citoyen moyen de vivre décemment, lui évitant les griffes des vautours qui n’attendent que l’occasion pour le dépecer vivant. »
L. K.