Forum d’El Moudjahid – Journée nationale du chahid : les enfants des chouhada ravivent la flamme du 18 février

À l’occasion de la Journée nationale du Chahid du 18 février, l’Association Machaâl Echahid et le quotidien El Moudjahid ont organisé, hier, au siège du journal, dans le cadre du Forum de la mémoire, une conférence historique consacrée aux enfants de chouhada, placée sous le thème «Les enfants de martyrs se souviennent de la nouvelle génération à la célébration de la journée du Chahid».

Ce forum s’inscrit dans une démarche de préservation de la mémoire nationale et de transmission des valeurs de Novembre aux jeunes générations. Les témoignages, les rappels historiques et les prises de parole ont souligné un même fil conducteur, à savoir faire vivre l’héritage des martyrs dans l’Algérie d’aujourd’hui. Intervenant à cette occasion, le coordinateur de la Commission algérienne Histoire et Mémoire a affirmé que la Journée du Chahid porte en lui de «profondes significations» qui distinguent l’Algérie des autres nations du monde, exprimant sa «fierté» envers l’Algérie et qualifie cette journée de «mémoire parlante et d’histoire écrite» avec le sang des martyrs.
 
«Selon lui, le 18 février dépasse le simple cadre commémoratif, il s’agit d’un moment où les générations se rassemblent pour se remémorer les épopées et les sacrifices ayant permis de reconstruire et de refaçonner la patrie», a affirmé Mohamed Lahcen Zeghidi. Évoquant la glorieuse guerre de Libération nationale, il a rappelé que «les frontières et la souveraineté de l’Algérie actuelle ont été tracées par le sang pur des martyrs», soulignant que l’Algérie d’aujourd’hui récolte les fruits de ces sacrifices et que cette terre est devenue symboliquement sacrée par le sacrifice de ceux qui l’ont défendue.
 
Fidélité au message des martyrs
 
L’historien a insisté sur le fait que la commémoration de la journée du Chahid constitue aussi un renouvellement de l’engagement envers leur message. Il a estimé que «l’Algérie nouvelle» honore cette fidélité à travers les réalisations accomplies dans divers domaines. «L’Algérie est aujourd’hui une puissance régionale, économique, culturelle et médiatique, forte de son unité populaire et fraternelle», a-t-il déclaré, appelant à préserver cette cohésion nationale, héritage direct du combat des chouhada.
 
Revenant sur l’histoire du mouvement national, il a évoqué le programme de l’Étoile Nord-Africaine, fondée il y a un siècle, dont les objectifs indépendance, expulsion des forces coloniales, création d’une armée nationale et récupération des richesses du pays sont, selon lui, devenus réalité grâce aux sacrifices des martyrs et à la détermination du peuple algérien. Il a également salué la loi criminalisant le colonialisme, la qualifiant de «décision souveraine et exemplaire à l’échelle africaine», en cohérence avec les positions officielles de l’Algérie sur la scène continentale. «Une Algérie comme celle-ci ne peut pas mourir», a-t-il conclu avec émotion, affirmant que la célébration de la journée du Chahid, du cœur de la capitale jusqu’à l’extrême sud du pays, renouvelle l’attachement à l’unité nationale et territoriale forgée par les martyrs.
 
De son côté, le président de l’Association Machaal Chahid est revenu sur l’histoire de l’officialisation du 18 février comme Journée nationale du Chahid en 1989 et rappelle que cette décision est intervenue à la suite d’une réunion tenue à Alger où des enfants de chouhada s’étaient rassemblés pour revendiquer la création d’une organisation chargée de préserver leurs droits matériels. Mohamed Abbad a également souligné que la date du 21 décembre 1991 symbolise, elle aussi, une étape importante dans le combat des enfants de chouhada et dans la reconnaissance du sacrifice des martyrs.
 
Entre mémoire nationale et mémoire intime
 
L’ancien coordonnateur de l’Instance nationale de dialogue et de médiation (INDM), et ancien président de l’Assemblée populaire nationale, Karim Younes, a lui aussi exprimé sa fierté de célébrer le 18 février, date hautement symbolique pour l’Algérie. Il a rappelé les sacrifices du million et demi de martyrs tombés pour l’indépendance d’une Algérie «dont nous sommes fiers et à laquelle nous devons fidélité». Selon lui, les martyrs ont légué à la nation des valeurs fondamentales, au premier rang desquelles l’amour de la patrie. «Aimer son pays, c’est être prêt à consentir des sacrifices», a-t-il affirmé. Il a également mis en avant l’esprit de fraternité, indispensable pour mobiliser toutes les énergies nationales, ainsi que la persévérance dans l’effort. 
 
Ces valeurs, a-t-il estimé, s’imposent aujourd’hui plus que jamais aux jeunes générations appelées à faire face à des défis politiques, économiques et sociaux majeurs. «Les enjeux sont parfois existentiels pour toutes les nations», a-t-il prévenu.
 
Karim Younes a, par ailleurs, souligné que le devoir de mémoire ne concerne pas uniquement les martyrs de la guerre de Libération nationale, mais aussi les millions d’Algériens tombés durant la longue résistance à la colonisation. Pour lui, la bataille de la mémoire est un combat collectif, indissociable du développement national et de la consolidation de la place de l’Algérie dans tous les domaines.
 
En outre, il a partagé un souvenir de son père, militant des débuts du mouvement national et tombé au champ d’honneur. Le 1er janvier coïncidant avec son anniversaire, cette journée revêt pour lui une dimension à la fois nationale et profondément personnelle. «La journée du Chahid nous rappelle l’importance de prendre soin de l’histoire des nations, de célébrer les sacrifices et les hommes qui constituent le lien entre les générations et éclairent leur marche vers l’avenir», a-t-il conclu.
 
R. B.
 
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ILS ONT DIT

Aissa Kacimi, Moudjahid :
«Ne laissez jamais l'Algérie tomber !»

«La commémoration de cette journée constitue une symbolique profonde, car elle représente non seulement le sacrifice des hommes et des femmes mais de tout le peuple algérien. Ces héros se sont sacrifiés et donné leur vie pour que vive l’Algérie. Il faut mentionner que nos martyrs ont laissé un grand message au peuple algérien, à savoir «Ne laissez pas l'Algérie tomber», un message fort qui a fait que les Algériens ont tout fait pour arracher l'indépendance. Une histoire qui n'avait été écrite par de l'encre mais par du sang. C'est pourquoi,aujourd'hui, chaque Algérien doit préserver notre mémoire nationale, la considérant comme notre identité, notamment les nouvelles générations qui doivent suivre les traces de leurs aïeux.»

Chahrazed Ben boulaïd, petite-fille du héros Mustapha Ben boulaïd :
«Etre digne des martyrs est un engagement au quotidien»

«Mon père n'a jamais considéré l'appartenance à la famille des martyrs comme un privilège, mais plutôt comme une lourde responsabilité, un engagement partagé, une conscience commune et un devoir sacré du sacrifice. La célébration de cette Journée du Chahid se limite pas à une simple participation, mais témoigne de la flamme du martyr qui ne s'éteindra jamais. Mon père nous a enseigné que la fidélité aux martyrs ne se manifeste pas par les larmes, mais par l'exemple. Il ne s'agit pas seulement d'exposer leurs photos, mais de respecter leur message. Il avait toujours le sentiment que l'Algérie libérée par la génération de la Révolution de novembre devait être bâtie par la génération du savoir et que le sang des martyrs ne devait pas être versé pour n'être qu'un souvenir, mais devenir une responsabilité profondément ancrée en chacun de nous. L'Algérie unie, n'était pas une simple formule, mais un principe de vie.»

Fatima Manari, Moudjahida :
«Notre résistance est unique au monde»

«L'Algérie pour nous n'est pas seulement une patrie mais une mère. Il faut savoir que le peuple algérien est considéré comme le peuple le plus résistant au monde, car pendant la période coloniale, on a subi toutes les formes de massacre et de torture mais ce peuple n'a pas voulu vivre sous la bannière du colonialisme et a décidé d'être libre. J'étais l'un des femmes qui ont passé cette période délicate. J'avais toujours le sentiment que l'Algérie sera libérée tôt ou tard.»

Tarek Mira, fils du Chahid Abderrahmane Mira :
«C’est une étape importante dans l'histoire»

«La célébration de cette journée représente une belle opportunité pour le peuple algérien car elle marque une étape importante dans l'histoire du pays. Il faut dire que mon père a mis tous les moyens pour que l'Algérie soit libre et digne, mais il est tombé dans le champ de bataille. Il a donné sa vie pour l'Algérie. Nous appelons l'État algérien de faire de son mieux pour récupérer le corps des disparus durant la période de la guerre coloniale, dont mon père.»

Propos recueillis par Zine Eddine Gharbi

 

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