Conférence «Algérie 2030» sur l’économie du futur : l’Algérie à l’épreuve de sa souveraineté numérique

Réunis à Alger à l’occasion de la 3e édition de la Conférence « Algérie 2030 », des experts en intelligence artificielle, en technologies 5G et en cybersécurité ont appelé à renforcer la souveraineté numérique nationale.

Des experts en intelligence artificielle, en technologies 5G et en cybersécurité ont souligné, mercredi dernier, l’impératif de consolider la souveraineté numérique nationale, dans un contexte marqué par le lancement récent des services de cinquième génération de télécommunications en Algérie et par l’expansion attendue des usages de l’Internet des objets (IoT).

Ces interventions se sont déroulées lors d’un panel spécialisé organisé à l’Opéra d’Alger dans le cadre de la 3e édition de la Conférence « Algérie 2030 », placée sous le thème de l’économie du futur, centrée sur l’innovation, l’intelligence artificielle, la transformation numérique, la 5G, la cybersécurité, ainsi que sur les enjeux liés à la santé, à l’éducation et aux infrastructures, en cohérence avec les objectifs de développement et de compétitivité à l’horizon 2030. La rencontre a été marquée par la présence de Noureddine Ouadah, ministre de l’Économie de la connaissance, des Start-up et des Micro-entreprises, ainsi que de responsables d’institutions et d’organismes nationaux œuvrant dans le soutien à l’innovation et à la transformation numérique. La conférence inaugurale a abordé les défis économiques et les grands axes d’Algérie 2030, suivie de panels d’experts sur l’innovation, l’entrepreneuriat et les technologies émergentes, ainsi que de débats sectoriels sur l’emploi, l’économie du savoir et les infrastructures stratégiques. Le premier panel, placé sur le thème « 5G, cybersécurité et intelligence artificielle : moteurs d’un nouveau modèle de croissance à l’horizon 2030 », a réuni des experts de haut niveau autour des enjeux technologiques structurants de demain.

Au cours de son intervention, le professeur Ahmed Guessoum, expert en intelligence artificielle, a mis en garde contre la dépendance croissante aux services de Cloud computing étrangers, estimant qu’elle soulève de réelles problématiques de souveraineté. Selon lui, la propriété et le contrôle des données échappent souvent à leurs détenteurs réels, exposant les États à des vulnérabilités stratégiques. Il a appelé à la mise en place de capacités nationales de stockage et de traitement des données, appuyées par une infrastructure de Cloud souverain, et à un effort de sensibilisation et de formation pour citoyens et décideurs publics.

Par ailleurs, Zineddine Boudegna, directeur général de la start-up Cybeaps et expert en cybersécurité, a indiqué qu’environ 70% des infrastructures numériques africaines sont hébergées hors du continent, soulignant le risque géopolitique. Il a plaidé pour des mesures strictes de vérification technique, tests d’intrusion et audits de sécurité avant tout déploiement de systèmes numériques. L’expert a aussi insisté sur la sécurisation de l’IoT, en particulier avec l’entrée en service de la 5G, et sur la formation de l’ensemble des utilisateurs et employés. S’agissant de la 5G, Amira Alloum, directrice de l’ingénierie et responsable de la recherche européenne en technologies sans fil 5G et 6G chez Qualcomm, a recommandé aux opérateurs algériens d’opter pour des réseaux 5G autonomes (Stand Alone) afin de maximiser performance, faible latence et sécurisation des applications industrielles critiques.

Les débats ont porté sur la question stratégique du modèle algérien et africain de l’intelligence artificielle à l’horizon 2030, soulignant le rôle central de la 5G comme infrastructure critique, de la cybersécurité comme pilier de confiance numérique et de l’IA comme levier de transformation économique, industrielle et sociétale.  Le deuxième panel, consacré aux enjeux humains et institutionnels, a mis en lumière la nécessité d’aligner systèmes éducatifs, formation et mutations économiques et technologiques, afin de préparer une génération prête à soutenir la croissance future. Lors du panel sur l’employabilité des jeunes, les experts ont souligné que le défi majeur ne réside plus seulement dans la formation académique, mais dans l’adéquation entre compétences, besoins du marché et mutations technologiques. La proximité avec le monde économique, via des partenariats durables entre universités, entreprises et centres de recherche, a été identifiée comme un levier-clé.

L’esprit entrepreneurial a été mis en avant, de nombreux étudiants développant des projets de création d’entreprise dans le cadre de leurs travaux de fin d’études. L’importance de valoriser la recherche universitaire et de développer des compétences transversales – leadership, adaptabilité, apprentissage continu – a été également soulignée. Le panel sur la santé a insisté sur sa dimension stratégique, économique et sociale. Les intervenants ont abordé les défis de financement, de gouvernance et d’organisation des soins, ainsi que l’importance de valoriser le capital humain et d’assurer une communication institutionnelle efficace pour accompagner les réformes.

Deux autres panels ont été consacrés à l’éducation et aux infrastructures, confirmant leur rôle central dans la réussite de la vision « Algérie 2030 ». En conclusion, les participants ont estimé que la réussite de la transformation numérique en Algérie dépendra de la capacité à bâtir un écosystème numérique souverain, reposant sur des infrastructures nationales robustes, des compétences humaines qualifiées et des cadres réglementaires et sécuritaires adaptés aux défis futurs. Sponsorisé par Air Algérie et d’autres partenaires, l’événement s’est clôturé à l’Opéra d’Alger dans une ambiance festive, avec des performances artistiques et des danses interprétées par des groupes de jeunes, symbolisant une édition tournée vers l’avenir de l’Algérie à l’horizon 2030.

L’expert en intelligence artificielle a mis en garde contre la dépendance croissante aux services de Cloud computing étrangers, estimant qu’elle soulève de réelles problématiques de souveraineté.

Le défi majeur ne réside plus seulement dans la formation académique, mais dans l’adéquation entre compétences, besoins du marché et mutations technologiques.

S. B.

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