Pr Nazim Sini, spécialiste des questions économiques, a indiqué lors de la 3e édition de la conférence « Algérie 2030 », organisée hier soir à l’Opéra d’Alger, sur le thème de l’économie du futur, portée sur l’innovation, l’intelligence artificielle, la transformation numérique, la 5G, la cybersécurité ainsi que sur les enjeux liés à la santé, à l’éducation et aux infrastructures, que l’intelligence artificielle pourrait automatiser près de 30% des tâches administratives actuellement exercées.
Il a souligné que la véritable question n’est plus technologique, mais sociétale : l’Algérie est-elle prête à ce changement de paradigme ? Selon lui, l’IA s’inscrit dans une destruction créatrice, générant de nouveaux emplois tout en en supprimant d’autres. Si les statistiques internationales indiquent un solde global positif en matière d’emplois, le défi pour l’Algérie réside dans l’anticipation des impacts, notamment sur les cols blancs — travailleurs intellectuels ou administratifs comme les fonctionnaires, comptables ou enseignants — avant de toucher également les cols bleus, qui exercent des métiers manuels ou industriels, comme les ouvriers d’usine ou les techniciens, a-t-il précisé. Évoquant l’exemple chinois des « usines sans lumière », entièrement automatisées, il a insisté sur l’urgence d’engager une réflexion nationale approfondie, axée sur la réforme des compétences, la requalification professionnelle et l’adaptation du capital humain.
Le temps presse, a-t-il averti, appelant à agir dès maintenant pour accompagner la transition, protéger l’emploi et préparer l’économie algérienne aux mutations à venir. Dans ce contexte mondial, le Pr Sini a également présenté les grandes tendances économiques et démographiques mondiales, soulignant que près d’un milliard d’emplois sur quatre pourraient être transformés par l’IA d’ici 2030. Il a souligné, par ailleurs, l’importance de comprendre les bouleversements structurels, comme l’évolution des classes sociales, la montée de la classe moyenne et le rôle de la génération Z, qui représentera un tiers des effectifs globaux et imposera de nouvelles exigences dans le monde du travail. Face à ces mutations, l'intervenant a insisté sur la nécessité d’anticiper l’inadéquation entre l’offre et la demande de travail, de réformer les compétences et de préparer les nouvelles générations à un marché du travail radicalement transformé par le numérique et l’intelligence artificielle.
Le Professeur Sini a estimé que l’intelligence artificielle pourrait modifier profondément le marché du travail, avec 4 emplois sur 10 totalement menacés, un tiers transformé ou automatisé, et seulement un tiers restant intact. Selon lui, il est urgent que les acteurs économiques et les pouvoirs publics anticipent ces mutations, notamment pour les cols blancs et cols bleus, afin de protéger l’emploi et préparer le capital humain. Il a également insisté sur les enjeux de santé, rappelant que la productivité économique dépend de la santé des populations. Le vieillissement, les maladies chroniques et le cancer représentent des défis majeurs qui nécessitent des politiques publiques adaptées.
S. B.