Forum de la mémoire d’El Moudjahid – Hommage à Saâd Dahlab : une mémoire vivante de la diplomatie révolutionnaire

Ph.:T-Rouabah
Ph.:T-Rouabah

En hommage aux grandes figures du Mouvement national et de la Révolution de libération, l’Association Machaâl Echahid, en collaboration avec le quotidien El Moudjahid, a commémoré, hier, au siège du journal, le 25ᵉ anniversaire de la disparition du diplomate Saâd Dahlab, ancien ministre des Affaires étrangères du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA).

Intervenant à cette occasion, l’ancien directeur général des Archives nationales a souligné que la vie de Saâd Dahlab s’est articulée autour de trois grandes étapes. «La première correspond à la formation et à l’éveil politique, la deuxième à l’engagement militant au sein du Mouvement national et de la Révolution, notamment à travers le Comité de coordination et d’exécution (CCE) tandis que la troisième est marquée par l’exercice de la fonction de ministre des Affaires étrangères lors des négociations d’Évian.

Dès son entrée à l’école, alors qu’il était encore élève, Saâd Dahlab a été confronté aux injustices et au traitement infligé au peuple algérien. Ces expériences ont forgé très tôt sa conscience nationale», a expliqué M. Abdelmadjid Chikhi, rappelant qu’il avait poursuivi ses études au lycée de Blida. « Il disait souvent : "Je suis né nationaliste"», a-t-il confié. Le conférencier a également rappelé que le défunt avait été emprisonné à trois reprises et qu’il avait bénéficié, à deux occasions, d’une libération provisoire. «À chaque fois, il reprenait aussitôt le combat militant, avec la même détermination», a observé l’ex-DG des Archives.Dans ce contexte, il a affirmé que Saâd Dahlab faisait partie de «ces hommes d’exception que le temps engendre rarement» et indiqué que le défunt avait rejoint le Mouvement national alors qu’il n’avait que 16 ans, se distinguant très tôt par un patriotisme profond, une rigueur morale exemplaire et un sens élevé du devoir.

Mettant en exergue le rôle central qu’il avait joué lors des négociations d’Évian, Chikhi a précisé que la création du Gouvernement provisoire visait avant tout à faire entendre la voix de l’Algérie sur la scène internationale. «Saâd Dahlab a d’abord occupé le poste de Secrétaire général du ministère des Affaires étrangères avant d’en devenir le ministre. Il a travaillé aux côtés de M’hamed Yazid et écrivait dans le journal El Oumma afin de soutenir et renforcer l’action médiatique de la Révolution», a-t-il rapporté, rappelant qu’il fut l’un des négociateurs «les plus fermes» et «les plus redoutables» de la délégation algérienne.

De son côté, le moudjahid Aissa Kasmi a rendu un vibrant hommage à l’humilité qui caractérisait Saâd Dahlab. «Il considérait n’avoir accompli que son devoir durant la Révolution de libération et refusait toute forme de reconnaissance personnelle», a-t-il assuré. À cette occasion, il a rappelé un extrait d’un article publié par Saâd Dahlab dans l’hebdomadaire Algérie Actualité, en date du 19 juin 1965, à l’occasion du troisième anniversaire des Accords d’Évian, célébré en Algérie comme la Fête de la Victoire. Dans ce texte, Saâd Dahlab livrait un témoignage poignant sur la violence du système colonial et l’effondrement symbolique de l’armée française au moment du cessez-le-feu. À travers ses mots, empreints de lucidité et de profondeur historique, se dessine le portrait d’un homme profondément attaché à la justice, à la dignité et à la souveraineté nationale. 25 ans après sa disparition, Saâd Dahlab demeure une référence morale et politique, dont l’héritage continue d’éclairer la mémoire nationale.

À cette occasion, le quotidien El Moudjahid et l’Association Machaal chahid ont rendu hommage à la famille du défunt Saâd Dahlab, tandis que la famille du diplomate a, à son tour, honoré le Pdg du journal. Né en 1918, à Ksar Chellala, dans la région de Tiaret, Saâd Dahlab était un diplomate et homme politique de premier plan, dont l’action a profondément marqué le mouvement national et le combat pour l’indépendance. Très tôt engagé, il milita au sein du Parti du peuple algérien (PPA), puis du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD). Après le déclenchement de la Révolution du 1er Novembre 1954, il s’engage pleinement dans la lutte, assumant à partir de 1956 des responsabilités au sein du Comité de coordination et d’exécution, avant d’être chargé de missions liées à l’action politique, médiatique et diplomatique.

Par la suite, Saâd Dahlab mena plusieurs missions diplomatiques à l’étranger pour défendre la cause algérienne et mobiliser l’opinion internationale. Ministre des Affaires étrangères du GPRA entre 1961 et 1962, il joua un rôle clé lors des négociations décisives d’Évian avec la France, se distinguant par sa fermeté, sa lucidité politique et sa capacité à défendre, sans concession, les intérêts de l’Algérie.

R. B.

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Ils ont dit : 

Abdenour Keramane, ancien ministre de l'industrie : «le bâtisseur des relations algéro-italiennes»

«Saad Dahlab était un ami de la famille du fait que mon frère Abdelhafid était le président de la délégation du GPRA en Tunisie. Il faut mentionner, à ce sujet, que Saad était l'origine de l’instauration des relations bilatérales entre l'Algérie et l'Italie et a joué un grand rôle, notamment dans le domaine des hydrocarbures. La rencontre qu’il a eu avec Enrico Mattei à Moscou a permis de renforcer les relations entre les deux pays. Ceci a permis à l'Algérie de parapher plusieurs conventions, notamment avec ENI. Enrico Mattei était un visionnaire qui a transformé l'ENI en un géant mondial des hydrocarbures entre 1950 et 1960, défiant le "Cartel des Sept Sœurs" en négociant des accords novateurs avec l'URSS à l'époque et les pays en développement comme l'Algérie. D’ailleurs, il a soutenu l'indépendance de notre pays. Dahlab était un homme modeste et il a sacrifié toute sa vie avant et après l'indépendance pour son pays».

Malika Dahlab, fille du défunt : «une vie au service de l’Algérie»

«Mon père était l'un des symboles de la Révolution. Une fierté pour nous, car son objectif était clair, à savoir le recouvrement de la liberté de l'Algérie. Il a sacrifié toute sa vie pour l'Algérie. Il était un homme modeste et il avait l'amour du pays dans son cœur».

Ali Cherif Deroua, Moudjahid : «un homme sage et clairvoyant»

«Saad Dahlab a joué un grand rôle durant la révolution algérienne. Il était l'un des hommes sages et clairvoyants. Il était le seul qui a répondu avec la manière la plus noble à Pierre Joxe, ancien ministre de l'Intérieur français, lorsque il a lui a dit que "depuis 40 ans, je n'ai jamais autant souffert comme aujourd'hui". Dahlab lui a répondu : "Je suis totalement d'accord avec vous, car vous n'avez jamais négocié avec les Algériens". Ces propos ont été comme un coup dur pour les responsables français. Il faut mentionner également le rôle crucial joué par Larbi Ben M'hidi, car il était incontestablement le meilleur d’entre nous. D’ailleurs, il y avait une grande complicité entre lui et Saad Dahlab

Dr Frih Benalia, historien : «un acteur clé d’avril 1945»

«Saad Dahlab était l'un des symboles de la révolution. Il était la fierté de la région de Ksar Chellala. Il était considéré comme l'un des personnalités politiques et historiques qui ont marqué l'histoire. Il était le compagnon de Messali Hadj et a joué un grand rôle dans les événements du 18 avril 1945 à Ksar Chellala, des manifestations qui ont éclaté à quelques jours des massacres du 8 mai 1945. Ksar Chellala était un foyer d'activité pour le mouvement nationaliste et un bastion du soutien à Messali Hadj. La ville fut le théâtre de manifestations réclamant la liberté et l'indépendance après la Seconde Guerre mondiale, manifestations qui entraînèrent la répression française. Ces événements préfiguraient l'escalade des revendications qui aboutirent aux événements de mai 1945. Saad Dahlab était également doué dans l'écriture depuis son jeune âge. A 17 ans, il avait écrit un article sur les comportements et la répression de l'armée française, publié au journal El Oumma».

Propos recueillis par Zine Eddine Gharbi

 

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