Absente du circuit depuis son sacre olympique à Paris en 2024, Imane Khelif s’apprête à renouer avec la compétition. Après avoir pris le temps de livrer plusieurs combats, exclusivement sur les plans juridique et médiatique, face à ses détracteurs, la native de Tiaret tourne une page décisive de sa carrière. À 26 ans, la championne olympique s’apprête à franchir un cap majeur. Celui du professionnalisme.
Promue par Ibrahim Asloum, champion olympique en 2000, la pugiliste algérienne se prépare depuis plusieurs semaines d’arrache-pied sous la houlette de son entraîneur, John Doive. Désormais détentrice d’une licence professionnelle, délivrée par la Fédération française de boxe, après avoir été reconnue éligible pour boxer à nouveau, Khelif se projette déjà vers son premier combat chez les pros, programmé début avril.
Mais avant de remettre les gants pour ce nouveau départ, Imane Khelif a tenu à revenir sur les polémiques qui ont entouré son titre olympique, lors d’un entretien accordé conjointement à l’Équipe et à CNN. Elle y évoque notamment les attaques subies sur le réseau X, émanant de son patron Elon Musk, mais aussi, et surtout, du président des États-Unis, Donald Trump.
«C’est un problème politique. Je ne connais pas sa motivation. Moi, je reste une sportive, une boxeuse. Je fais mon métier, ce que je peux. J’aime beaucoup la boxe, mais tout ce qu’il y a autour, c’est de la politique. Cela me dépasse», confie-t-elle, avant d’ajouter : «Je n’aurais jamais imaginé accéder à cette dimension. Je n’aime pas ce qui m’arrive, je n’ai rien demandé à personne.»
Marquée, la championne ne cache pas l’impact profond de cette exposition brutale. «C’est incroyable. Je n’étais qu’une simple jeune femme de 25 ans, avec mes rêves, mes objectifs, ma vie personnelle. Ce qui m’est tombé dessus était trop grand pour moi. Ce qui m’a le plus blessée, c’est que j’ai une famille. Cette polémique a eu un énorme impact sur ma vie.» Et de conclure, lucide : «J’ai compris que les réseaux sociaux étaient un espace où l’on peut t’attaquer sans savoir, sans te connaître. Et c’est dangereux.»
Cette campagne de dénigrement a laissé des traces durables. «Ça a été un choc, un coup dur, non seulement pour moi mais aussi pour mes proches. Ma mère, ma petite sœur et moi avons suivi des consultations chez des psychologues pendant plus d’un an après les Jeux», révèle-t-elle.
La violence des attaques a même failli la détourner de sa vocation. «Ma mère m’a dit : “C’est trop dur à supporter.” Elle m’a conseillé d’arrêter la boxe. Moi aussi, j’y ai pensé. Mais quand je regarde ma médaille, tout s’efface. J’ai fait trop de sacrifices pour l’obtenir. C’est un aboutissement. Je ne sors pas de nulle part.»
Près de deux ans après son sacre, Imane Khelif est toujours debout. Prête à combattre, encore et toujours, pour vivre de sa passion, avec comme boussole les Jeux olympiques de 2028. Aguerrie par une épreuve d’une rare violence, la championne semble plus solide que jamais, comme si ce qui n’a pas réussi à la briser l’avait, finalement, rendue plus forte.
A. A. A.