Son combat politique et son œuvre intellectuelle, thème d’un colloque international : Aït Ahmed, le parcours d’un chef historique revisité

Ph. Ikessoulène
Ph. Ikessoulène

Exceptionnel, exemplaire et profondément inspirant est le parcours de l’historique Hocine Aït Ahmed, revisité hier à l’occasion d’un colloque international qu’a organisé le FFS sous l’intitulé «Trajectoire d’un combat politique et héritage d’une œuvre intellectuelle».

Parrainé par Edgar Morin, sociologue, philosophe et membre d’honneur de la fondation Hocine Aït Ahmed, cette manifestation de deux jours, qu’abrite l’Ecole Supérieure d’Hôtellerie et de Restauration d’Alger (ESHRA), a regroupé un nombre de militants cadres du FFS, y compris ses anciens premiers secrétaires, et s’est distinguée par une présence remarquée de plusieurs historiens, académiciens, chercheurs et universitaires de renom. Tout ce beau monde a été convié par le FFS pour repenser l’engagement qu’a mené sur plusieurs fronts celui qui incarna, dès sa jeunesse, l’idéal d’une Algérie libre et souveraine, feu Hocine Aït Ahmed en l’occurrence. Acteur de premier rang du mouvement nationaliste, Aït Ahmed, qui fut l’un des neufs chefs historiques ayant inscrit leur nom dans l’acte fondateur de la Révolution de Novembre 1954, est aussi celui qui a consacré sa vie durant à la défense intransigeante de la démocratie, des droits de l’homme et de la justice sociale. L’initiative du colloque international que lui a dédié le FFS s’inscrit dans un «devoir de retransmission historique» a indiqué, d’entrée, le Premier secrétaire national du parti, Youcef Aouchiche, dans son allocution d’inauguration des travaux. Un devoir qui s’oppose frontalement, explique-t-il «aux tentations de révisionnisme, aux simplifications abusives, aux reconstructions idéologiques erronées ainsi qu’aux entreprises visant à effacer la complexité et la diversité du combat national».
Ceci dans l’objectif, poursuit-il, «de faire vivre les valeurs fondamentales (…). Car transmettre, c’est faire en sorte que les valeurs de liberté, de justice, de souveraineté populaire et de dignité humaine ne restent pas de simples références incontestables, mais deviennent des principes vivants, capables d’éclairer l’action politique». Affirmant que «l’histoire ne doit pas être un récit de circonstances, encore moins un outil de légitimation conjoncturelle ou de propagande politicienne, Aouchiche a plaidé pour son écriture sur des bases académiques rigoureuses. Il s’agit là, appuie-t-il, «d’une urgence nationale». Pour le Premier secrétaire du FFS, «une société qui renonce à l’exigence historique renoncera tôt ou tard à sa liberté et à sa souveraineté». Youcef Aouchiche a décrit, par ailleurs, la figure emblématique d’Aït Ahmed comme «un pilier de la lutte pour l’indépendance de l’Algérie, la démocratie et les droits de l’homme», un homme dont le patriotisme rend son nom indissociable de l’histoire du pays. Il a salué en lui un «politique visionnaire et démocrate impénitent» qui a consacré plus de sept décennies à un combat cohérent, fondé sur un anticolonialisme de conviction. Il a rappelé, à ce titre, qu’Aït Ahmed est aussi celui dont la vision «s’est forgée dans un anticolonialisme de conviction, nourri par une culture politique universelle, attentive aux luttes des peuples, aux droits de l’homme et à la dignité des nations». Mettant l’accent en outre sur ses qualités «d’intellectuel éclairé et d’humaniste engagé», il dira que le fondateur du FFS «a défendu sans relâche les principes démocratiques, non comme un luxe importé, mais comme une exigence universelle ancrée dans les mœurs des peuples nord-africains». «Hocine Aït Ahmed n’a jamais recherché le confort d’un consensus factice. Il a systématiquement opté pour le choix difficile, la recherche d’un véritable consensus national fondé sur un triptyque unité nationale, paix civile et souveraineté nationale et populaire», a-t-il insisté. Le colloque a été par ailleurs structuré en trois sessions thématiques riches, rassemblant des historiens, des chercheurs et des personnalités algériennes et internationales. La conférence inaugurale a été prononcée par Mustapha Ben Jaâfar, président d’honneur de l’Internationale socialiste et ancien président de l’Assemblée constituante tunisienne, sur le thème «Hocine Aït Ahmed : résistant, diplomate et promoteur de la démocratie». La première session, consacrée à «l’émergence d’un leader historique du mouvement national», a vu intervenir des historiens de renom comme Benjamin Stora, qui a analysé le rôle d’Aït Ahmed après les massacres du 8 mai 1945. De son côté, l’historien Mohamed  Lahcen Zghidi a éclairé l’assistance sur l’enfance et la jeunesse d’Aït Ahmed dans son intervention traitant «des origines de la conscience politique d’un révolutionnaire algérien». Son collègue Amar Mohand-Amer s’est attardé sur la pensée révolutionnaire d’Aït Ahmed au sein de l’Organisation Spéciale. L’avocat Mostefa Bouchachi a mis en exergue le rôle de cette personnalité nationale en tant que précurseur des droits de l’homme. La première journée du colloque s’est achevée par une cérémonie symbolique de baptême du siège national du FFS au nom de Hocine Aït Ahmed. Pour aujourd’hui, les travaux se poursuivront et traiteront du «passage du chef historique de la lutte anticoloniale au combat démocratique». Au programme des communications, l’historien français Gilles Manceron exposera sur l’internationalisation de la cause algérienne, et Smail Tahi sur les contributions d’Aït Ahmed au Congrès de la Soummam et aux accords d’Évian. La création du FFS en 1963 et son combat pour la paix civile y ont également été débattus. La troisième et dernière session s’est penchée sur Aït Ahmed en tant qu’ «intellectuel au service des libertés et des pluralismes», abordant sa vision de l’identité algérienne, du pluralisme culturel et analysant son ouvrage L’Afro-fascisme. Le colloque devra être clôturé par une allocution de Mustafa Barghouthi, secrétaire général de l’Initiative nationale palestinienne, sur la trajectoire d’Aït Ahmed comme source d’inspiration pour les peuples opprimés.

K. A.

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Mohamed Lahcen Zghidi :
« Il portait les signes de la grandeur dès sa naissance »  

«Hocine Aït Ahmed est né le vendredi 20 août 1926. Quand nous nous arrêtons sur ces dates, nous trouvons que ce nouveau-né portait les signes de la grandeur future, car ces jours et ces dates sont devenues partie intégrante de la mémoire algérienne. Le vendredi est symbolique, et de là vient l’idée de démocratie et l’idée d’unité nationale qu’il a apportée. Deuxièmement, le 20 août aura plus tard sa propre commémoration, et il lui suffit d’être la Journée nationale du Moudjahid. Troisièmement, quand nous mentionnons 1926, nous parlons du centenaire d’Aït Ahmed, mais aussi de celui de l’Etoile Nord-africaine. Ses revendications proclamées étaient au nombre de trois : l’indépendance nationale, l’expulsion de l’occupant, la formation d’une armée nationale.  Son engagement et son activité constituent un modèle pour l’humanité entière. Le père et le grand-père de Hocine Aït Ahmed étaient une référence pour l’unification de la population. Sa mère est issue d’une lignée de chefs et de moudjahidine, descendant de Lalla Fatma N’soumer.»

K. A.

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 Benjamin Stora :
 « Aït Ahmed m’a beaucoup aidé pour les notices biographiques »

«J’ai rencontré Hocine Aït Ahmed pour la première fois au cinéma, à Paris, à la fin des années 1970 ou au tout début des années 1980. Il venait de soutenir une thèse sur la question des droits de l’homme dans les pays du tiers-monde. À cette époque, je travaillais à la rédaction de mon dictionnaire biographique des militants nationalistes algériens qui a été publié en 1985. Je le rencontrais assez régulièrement et il m’a beaucoup aidé pour établir les notices, notamment celles de tous les militants nationalistes actifs en Kabylie. Lui-même travaillait déjà à la rédaction de son livre autobiographique, Mémoire d’un combattant, publié en 1983. Ce livre est très important. C’est une véritable mine de renseignements pour les historiens. Encore aujourd’hui, il reste un témoignage très méticuleux et très érudit. Ce travail était d’autant plus crucial que, dans les années 1980, il y avait très peu de livres autobiographiques de militants. Cet ouvrage m’avait particulièrement intéressé car il racontait son entrevue avec Messali Hadj alors qu’il était très jeune. Mais en même temps, dans ce livre de 1983, il redressait l’image qu’il avait lui-même pu avoir plus tard, au cours de la guerre et de la révolution, à propos de ce personnage.»

K. A.

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Amar Mohand Amer :
« Un homme d’action »

«Ma communication se concentre sur une période majeure de l’histoire nationale contemporaine, caractérisée par un basculement politique laborieux. Cette période est celle des recompositions provoquées par la Seconde Guerre mondiale et les massacres coloniaux de mai 1945, et de leur impact sur le mouvement national, notamment sur le PPA. C’est dans ce contexte d’intense violence politique que Hocine Aït Ahmed émerge en tant que jeune mais véritable responsable politique. Il démontre une capacité précoce à réfléchir aux problèmes tactiques et stratégiques d’une guerre populaire en Algérie. Aït Ahmed s’affirme parallèlement comme un homme d’action en participant à l’une des opérations les plus emblématiques de l’Organisation Spéciale, l’attaque de la Grande Poste d’Oran du 5 avril 1949, en l’occurrence.»

K. A.

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