Produits thérapeutiques sur internet : une arnaque à toile ouverte

L’arnaque sur les traitements et les médicaments en ligne n’est pas une vue de l’esprit.

Des milliers d’Algériens, friands de nouveautés et en quête de remèdes miracles ou, à tout le moins, efficaces pour atténuer les douleurs, se laissent avoir par des annonces sur internet qui, dans la forme, ont tout l’air de ce qu’il y a de plus sérieux, mais qui, dans le fond, sont de véritables attrape-nigauds.

Dans une société où des personnes crédules, parfois des familles entières, continuent de se rendre chez des charlatans en quête de remèdes contre des maux divers, contre la mauvaise fortune ou tout simplement contre le malvivre, il n’est point surprenant qu’on se laisse séduire, plus ou moins facilement, par des annonces de «traitements efficaces» sur ce qui a supplanté, depuis déjà un bon bout de temps, le bouche-à-oreille : les réseaux sociaux.

Sur le net, on se permet de faire la promotion de beaucoup de produits à usage thérapeutique, mais exceptés les sites web de laboratoires connus et reconnus qui ont la compétence de présenter des produits pharmaceutiques et de soins, nul ne possède la crédibilité et la fiabilité requises (et surtout pas les pages et influenceurs des réseaux sociaux), pour ce faire. Imaginez alors l’«aura» dont peut jouir un charlatan soutenu par des pages très actives sur les réseaux sociaux ! Ceux qui ont recours à des remèdes non-conventionnels se comptent surtout parmi les déçus de la médecine et des médicaments conventionnels.

Un quidam qui a un proche gravement malade ferait tout pour lui trouver un remède-miracle, quitte à se faire amadouer par des bonimenteurs louant des solutions ou des potions non-reconnues par les médecins. Peut-être que, dans un coin de sa tête, ce quidam est convaincu qu’il est inimaginable de trouver, chez des boîtes ou des personnes anonymes, des remèdes que de grands laboratoires dans le monde, mobilisant des millions de dollars pour leurs recherches, n’ont pas trouvés, mais il se laisse prendre par les sentiments, essayant de se convaincre lui-même que, comme le dit un proverbe arabe, on trouve dans la rivière ce qu’on ne trouve pas dans la mer. Il en de même pour quelqu’un qui, par peur ou faute de moyens, préfère substituer à une intervention chirurgicale inévitable des soins palliatifs censés être, selon leurs promoteurs, radicaux et à peu de frais. Des influenceurs et des anonymes proposent, à qui veulent les croire, des potions-miracles censées soigner le cœur, le goitre, les articulations, les fractures et même… les paralysies.

De véritables vendeurs de rêves

Autre catégorie de victimes tout indiquées : les femmes en quête de soins anti-âge miraculeux. Elles donneraient cher, au propre comme au figuré, pour effacer une ride, réduire un bouffi, éliminer quelques grammes superflus ou masquer leur cellulite. Elles constituent donc des cibles très faciles. Il s’agit donc de véritables arnaques à ciel ouvert… ou plutôt à toile ouverte. Grâce aux évolutions technologiques, les «services» proposés ont même été améliorés par l’intelligence artificielle.

Résultat : des offres qui ont tout du naturel, crédibles dans leur forme, alors qu’elles sont purement artificielles. On se permet de faire la promotion de potions, de solutions et de compléments alimentaires, dont ni l’efficacité ni la fiabilité ne sont scientifiquement prouvées. Pis : leur consommation sans indication médicale pourrait provoquer des effets secondaires et même de graves complications. Pourtant, c’est formellement interdit puisque la loi 18-11 du 2 juillet 2018 relative à la santé stipule dans son article 237 :«La publicité pour les produits pharmaceutiques et la promotion en direction du public sont interdits quels que soient les moyens d’information utilisés. L’échantillon médical pour la publicité et la promotion est interdit.»

À ceux qui pourraient rétorquer qu’il ne s’agit pas, en l’occurrence, de médicaments au sens légal du terme puisqu’ils ne sont pas soumis à une prescription par un médecin, la réponse est contenue dans l’article 240 de la même loi : «La publicité des produits pharmaceutiques ne relevant pas de la prescription obligatoire est autorisée en direction des professionnels de la santé. Elle est soumise au visa technique des services du ministère chargé de la Santé qui fixe la liste de ces produits.» Donc, la publicité pour ce type de produits est autorisée uniquement en direction des professionnels de la santé et non pas en direction du public.

Plus même : il est exigé, au préalable, le visa technique du ministère de la Santé. Il serait étonnant que le ministère délivre un visa à des charlatans ou à des apprentis-thérapeutes. D’où la nécessité, pour l’État (et du législateur également à travers une loi explicite), de vite mettre le holà. Jusque-là, les dégâts sont simplement matériels, à savoir la perte de sommes d’argent qui vont dans les comptes d’annonceurs illégaux. Il ne faut pas attendre des dégâts humains pour (ré)agir.

F. A.

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