C’est le sujet du jour à Ghardaïa, partout dans la rue, dans les bureaux et même en famille, on ne parle que de ça. La nouvelle, comme une traînée de poudre, s’est rapidement propagée dans toute la vallée du M’zab. Chacun y allait de sa propre analyse de sa période de présidence, étalée de 1994 à 1999. «Allah yerahmou, je me souviens comme aujourd’hui de son premier discours à la télévision nationale lors de sa désignation comme président de l’Etat avant qu’il ne soit élu comme président de la République. Il était ému, le visage grave, conscient de la gravité dans laquelle se trouvait le pays.
«C’est un vrai patriote qui a accepté d’assumer cette lourde responsabilité alors que d’autres se sont enfuis à l’étranger» affirme un cadre de la direction de la santé de Ghardaïa, alors que son compagnon, pharmacien de profession, ajoute « il a fait son devoir envers son pays au moment le plus difficile depuis l’indépendance du pays.» Pour une sage-femme de l’hôpital Mère-Enfants Gueddi-Bakir «l’image qui me reste et qui restera enfouis dans ma mémoire de notre défunt président est celle montrée en direct à la télévision nationale, après l’attentat du Boulevard Amirouche, à Alger, lorsque une dame blessée allongée sur son lit d’hôpital, le suppliait en lui répétant plusieurs fois «faites quelque chose, Monsieur le Président», et celui-ci dans un silence de cathédrale, hochait seulement la tête en acquiesçant doucement».
Alors que des confrères couraient avec leur matériel dans la rue pour obtenir des déclarations des citoyens sur cet événement, un chauffeur de bus sortant la tête de sa portière criait à pleins poumons «Allah Yerahmak ya Zeroual, Allah Yerahmak ya Raïs».
Un vieux commerçant installé sur l’une des plus importante artères commerçantes de la ville de Ghardaïa s’est dit surpris de la nouvelle «je ne savais pas ce qui se passait exactement, ce n’est qu’en entendant la radio de Ghardaïa qui a suspendu ses programmes en diffusant des versets du Coran que j’ai compris qu’il y avait quelque chose de grave, mais je ne savais exactement de quoi il s’agissait. Ce n’est qu’après avoir téléphoné à mon fils que j’ai appris la nouvelle. Allah Yerrahmou, c’est un grand patriote qui a affronté et géré la plus difficile période et il est sorti par la grande porte de l’histoire». Dans les cafés, c’est le sujet de prédilection, chacun y allant de sa propre analyse de la période gérée par l’ex-président Zeroual.
Les uns affirmant que «c’est lui qui a ramené le calme au pays en ayant vaincu militairement le terrorisme sur le terrain» alors que d’autres répliquaient que «c’est encore lui qui avait entamé des négociations avec les groupes armés et ensuite instauré la politique de Rahma.»
Devant la mosquée Badr, de Théniet El Makhzène, dans la commune de Ghardaïa, des vieux étaient en train d’analyser le parcours du défunt président «C’est d’abord un moudjahid qui a pris les armes et le maquis à 16 ans pour défendre son pays face au colonialisme français, ensuite en tant que militaire de carrière au grade de général, il a répondu présent lorsque le pays avait besoin de lui. Il a fait face aux terroristes qui ont ensanglanté le pays. C’est un nationaliste, un homme de devoir. Allah yerrahmou wa iyousaâ aâlih. Qu’il repose en paix. »
L. K.