Les trois jours de deuil décrétés par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, suite au décès de l’ancien président de la République, Liamine Zeroual, se sont achevés mardi.
Trois jours de tristesse et d’évocations à la mesure de la valeur de l’homme d’État qu’il a été. Un homme d’État qui, en dépit de son manque d’expérience en matière de politique internationale, ne transigeait pas quand il s’agissait de la souveraineté nationale. C’est en chef d’État souverainiste que le défunt président de la République, Liamine Zeroual, avait dirigé la politique étrangère de l’Algérie durant la période où il était à la tête du pays, d’abord comme président de l’État, puis en tant que président de la République élu au suffrage populaire.
En dépit d’un contexte international difficile, marqué par une prise de distance de plusieurs pays supposés amis ou frères vis-à-vis de l’Algérie, assimilable à un embargo indirect, il n’acceptait de faire aucune concession sur la souveraineté et l’intégrité territoriale, rejetant toute ingérence étrangère et veillant à ce que les problèmes internes soient réglés en interne, entre Algériens. Trois faits ont marqué la politique extérieure de l’Algérie sous la présidence de Liamine Zeroual, reflétant le caractère non négociable de la souveraineté. Le premier a lieu le 27 août 1994, avec la décision prise par l’ancien président défunt de fermer la frontière entre l’Algérie et le Maroc.
C’était une réaction souveraine après des accusations graves, inadmissibles et non-étayées des autorités marocaines suite à un attentat contre un hôtel à Marrakech, imputé à tort et sans vérification préalable à la partie algérienne. Le temps avait fini par démontrer que les auteurs de l’attentat étaient franco-marocains et que l’Algérie n’y était mêlée ni de près ni de loin. Depuis, le régime marocain supplie de rouvrir la frontière, essentielle pour son économie, mais les présidents algériens, de Liamine Zeroual jusqu’à Abdelmadjid Tebboune, intransigeants quant au respect dû à l’Algérie en tant qu’État et en tant que nation, n’y ont pas consenti à ce jour. Quelques mois plus tard, soit le 24 décembre 1994, un commando islamiste a pris en otage, à l’aéroport international d’Alger, un avion commercial de la compagnie française Air France avec ses passagers et son équipage.
La revendication initiale du commando était la libération immédiate et inconditionnelle des deux leaders de l’ancien parti islamiste, le Front islamique du salut (FIS-dissous), à l’époque emprisonnés. L’État algérien, incarné par son président, Liamine Zeroual, avait opposé un refus catégorique, réfutant le chantage par la force et la terreur. Cela avait coûté la vie à l’un des otages algériens, un valeureux officier de la police nationale, assassiné dans l’avion en représailles, mais l’État n’avait pas cédé. Les autorités françaises avaient tenté d’exercer des pressions discrètes afin d’amener les autorités algériennes à négocier, mais la position de ces dernières étaient claires et publiquement affichées : on ne négocie pas avec des terroristes qui tuent des innocents.
Le gouvernement français avait demandé d’autoriser l’un de ses commandos d’élite à intervenir à l’aéroport pour libérer les orages, mais l’État algérien a refusé ce qu’il considérait comme une violation de sa souveraineté, encore plus dans un aéroport international. Plus tard, le commando a demandé à décoller vers les France, ce que les autorités françaises ont fini par accepter, et l’avion a quitté l’Algérie sans que les terroristes n’aient fait céder l’État algérien. Le reste est une affaire franco-française.
Le troisième acte souverain décidé par feu Liamine Zeroual a été le niet adressé à Jacques Chirac, alors président de la République française. C’était le 22 octobre 1995 à New York, en marge de l’Assemblée générale ordinaire de l’Organisation des Nations-unies.
Le président français avait proposé une rencontre avec son homologue algérien, ce qui a été accepté en toute bonne foi. Or Jacques Chirac avait posé par la suite une condition : que la rencontre se fasse de manière informelle, loin des caméras, dans une petite salle. Le prétexte ? «L’élection présidentielle en Algérie est proche et le président français ne veut pas donner l’impression de favoriser l’un des candidats, en l’occurrence Liamine Zeroual», était, en substance, l’explication du palais de l’Élysée. Argument non valable aux yeux de Liamine Zeroual qui était présent à New York en qualité de chef d’État et qui refusait de se rabaisser à rencontrer un homologue en catimini, comme un voleur.
L’Algérie était indépendante depuis plus de trente ans et il était utile de rappeler sa souveraineté aux âmes oublieuses. Trois actes, trois niet. C’était digne du Président d’un État indépendant. C’était digne du Président d’un État souverain. C’était digne d’un Algérien. C’était digne de Liamine Zeroual.
F. A.