L’homme qui incarnait la souveraineté sans compromis

La disparition de Liamine Zéroual a suscité une émotion profonde et sincère. À l’image de l’homme lui-même : discret, mais imposant, empreint de dignité et de respect. Dans la mémoire collective, son nom reste indissociable d’une période parmi les plus sombres de l’histoire contemporaine du pays : la décennie noire. Alors que l’Algérie traversait des turbulences, il a incarné l’option de stabilité, de retenue et de fermeté. Il faut dire que cette période fut celle d’un relatif isolement diplomatique. L’Algérie, fragilisée sur plusieurs plans, avançait souvent seule. Mais loin de céder à la pression ou de rechercher des compromis de circonstance pour rompre cet isolement, Zeroual a choisi une autre voie : celle de la souveraineté assumée.

Refusant les injonctions, comme les solutions importées, il a maintenu le cap, convaincu que la sortie de crise ne pouvait être que nationale et fidèle aux intérêts supérieurs du pays. C’est dans ce contexte que sa posture internationale a pris une dimension particulière. Elle ne visait pas à convaincre, mais à affirmer. Et c’est précisément cette fermeté, cette constance dans l’adversité, qui a fini par forcer le respect. Ses «pairs» de l’époque, notamment Jacques Chirac, Bill Clinton, Boris Eltsine, Yasser Arafat ou Nelson Mandela, avec lesquels il partageait les grandes enceintes diplomatiques, telle que l’ONU, l’Organisation de l’unité africaine ou la Ligue arabe, ou encore les forums euro-méditerranéens et asiatiques, avaient pratiquement la même perception de lui : celle d’un homme d’État sobre, fiable, peu enclin aux effets d’annonce, mais ferme sur ses positions.

Dans un contexte où l’Algérie traversait une crise interne et subissait une certaine mise à distance internationale, il a su maintenir des relations respectueuses, sans céder aux pressions ni diluer la ligne diplomatique du pays. Fidèle à son héritage diplomatique, l’Algérie a, en effet, continué de plaider pour le dialogue, la médiation et le règlement pacifique des conflits. Elle s’est positionnée comme un acteur crédible dans la recherche de solutions, forte d’une légitimité historique forgée dans ses propres luttes. Dans les cercles africains, asiatiques, comme au sein du monde arabe, cette voix comptait. Non pas par son volume, mais par sa cohérence. Une voix qui ne variait pas au gré des circonstances, mais qui s’inscrivait dans une continuité assumée, héritée d’Ahmed Ben Bella et de Houari Boumediène : celle d’un pays attaché à l’indépendance des peuples opprimés, au respect de la souveraineté et au principe de la médiation pour résoudre les crises.

Zeroual s’inscrivait pleinement dans cette tradition. Son capital sympathie auprès de ses pairs tenait à cette cohérence : il représentait un pays qui ne se renie pas, qui ne cède pas aux fluctuations des intérêts immédiats. Une parole constante, parfois à contre-courant, mais toujours respectée. Aujourd’hui, sous la présidence d’Abdelmadjid Tebboune, l’Algérie poursuit cette même ligne de constance. Face aux crises qui secouent le monde, notre pays continue de s’imposer par la force tranquille de sa cohérence. Une réputation de crédibilité qui reste sa meilleure carte sur la scène internationale. En disparaissant, Liamine Zéroual laisse une empreinte souveraine. Et dans un monde qui doute, tergiverse et négocie ses principes, il a fait surgir une évidence rare : certaines nations ne s’imposent pas par le bruit, mais par la droiture.

A. Z.

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