Sous les verrières du Palais des Expositions, producteurs, investisseurs et consommateurs se retrouvent pour célébrer le Made in Bladi, promouvoir l’innovation et renforcer la souveraineté économique et alimentaire du pays.
Sous les vastes verrières du Palais des Expositions, une effervescence inhabituelle règne en cette fin d’année, et ce debut de vacances d’hiver. La 33e édition de la Foire de la production algérienne (FPA), jusqu’au 27 du mois en cours, bat son plein. La pluie n’a pas empêché les familles de faire un saut aux Pins Maritimes. Loin d’être une simple exposition, cette manifestation s’impose comme le baromètre de la santé économique nationale et le carrefour incontournable entre producteurs, décideurs et consommateurs.
Une immersion dans les allées des différents pavillons révèle une ambition claire; la souveraineté économique et alimentaire de l’Algérie est affirmée. Pendant dix jours, la foire dépassera le cadre d’un simple espace commercial pour devenir une véritable «agora» de l’économie productive. Les objectifs affichés sont sans équivoque. Il s’agit de promouvoir la production locale dans tous ses segments, stimuler les partenariats entre industriels et investisseurs. Mais surtout de renforcer la confiance des consommateurs algériens envers l’industrie nationale.
Cette foire est le miroir de la stratégie de substitution à l’importation. Au cœur de l’effervescence, une visite surprise a cristallisé l’attention. Celle de Kamel Rezig le ministre du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, et Amel Abdellatif la ministre du Commerce intérieur et de la Régulation du marché national, parcourant longuement les allées. Loin d’un simple passage protocolaire, la visite s’est transformée en une séance d’écoute active.
Arrêtés devant plusieurs stands, les deux responsables ont échangés avec les exposants, recueillant avec attention leurs témoignages sur les défis de la production, de la distribution et de l’export. «C’est intéressant de voir un ministre prend autant de temps pour nous entendre directement, pour comprendre nos réalités terrain», confie, un exposant au stand d’une entreprise de minoterie-semoulerie. Cette présence, perçue comme un signe fort d’un État à l’écoute, renforce chez les producteurs la conviction que leur travail, est au centre de la stratégie économique nationale, créant un écho porteur d’espoir entre la volonté politique et le dynamisme du secteur privé. Ainsi au palais des expositions, les participants montrent que l’Algérie produit, et innove. Dès l’ouverture, l’affluence a été remarquable. Les organisateurs tablent sur un record, dépassant le million de visiteurs sur la durée de l’événement. Les flux sont continus, des familles entières arpentant les allées aux côtés d’acheteurs professionnels et d’étudiants en quête d’opportunités. La démographie des visiteurs est large, avec une forte présence de jeunes, signe d’un intérêt renouvelé pour le Made in Bladi. L’attrait principal, est bien évidemment, la découverte et la dégustation directe.
Les stands proposant des échantillons gratuits sont pris d’assaut, au point de se transformer en une immense kermesse. «Je viens chaque année, et c’est ici que je découvre les nouveaux produits que je vais ensuite retrouver dans mon magasin. Et surtout, je vois la fierté dans les yeux des producteurs», témoigne Karim, commerçant grossiste de Boumerdes. Le secteur agroalimentaire constitue sans conteste le cœur battant de la foire. Il occupe la plus grande surface d’exposition. Des géants publics côtoient des centaines de PME dynamiques et des coopératives agricoles venues de toutes les wilayas. La diversité est spectaculaire, des huiles d’olive de Kabylie aux dattes de la Saoura, en passant par les produits laitiers transformés de l’Ouest, les pâtes, les confiseries, les eaux minérales et gazeuses. Ce secteur brille par ses performances, avec une participation massive d’entreprises exposant une diversité de produits du terroir, emballages modernes et les innovations, comme l’automatisation et le recyclage des déchets, visant l’export et l’autosuffisance, et rivalisant avec les produits d’importations. L’innovation est au rendez-vous. On note une montée en gamme significative, à travers des packaging modernes, une insistance sur la traçabilité à travers des codes QR sur les emballages, des fleurs et le développement de gammes bio et sans additifs, comme cette nouvelle ligne de conserves de légumes cuisinés, prêts à l’emploi, entre autres produits. Au foire de la production algérienne, les exposants ne se contentent pas de vendre, ils éduquent aussi. Des échanges et explications sur la lecture des étiquettes et la qualité nutritionnelle renforce le lien de confiance entre producteurs et consommateurs.
En termes de sensibilisation, l’effet est palpable. La volonté de promouvoir le local, prend tout son sens. En touchant et goûtant la production nationale, les visiteurs intègrent concrètement l’idée de souveraineté alimentaire. La foire joue un rôle pédagogique crucial en dissipant les préjugés sur la qualité des produits locaux. La 33e FPA est bien plus qu’une foire, c’est un hymne à la production nationale. Elle démontre avec force que l’industrie algérienne, et particulièrement son fleuron agroalimentaire, est en mouvement, entre tradition et modernité. Entre les stands colorés et les sourires des visiteurs chargés de sacs, se dessine une économie plus résiliente.
T. K.