Le démantèlement du réseau humanitaire s’accélère dans l’objectif évident de faire capoter tout effort visant à tirer les populations de l’abîme des souffrances, minant, ce faisant, le terrain pour le déploiement d’un véritable processus diplomatique.
L’entité sioniste a annoncé hier la réouverture «très limitée» du passage de Rafah, fermé depuis mai 2024, autorisant un flux restreint de résidents palestiniens.
La réouverture hypercontrôlée, coordonnée avec l'Union européenne, à laquelle échoit une partie de l’administration du passage frontalier, en vertu d’un accord datant de 2005, reste bien éloignée de la levée, ou à tout le moins de l’allégement, du blocus humanitaire asphyxiant qui perdure sur l’enclave depuis près de deux ans, et constitue un manquement caractérisé aux accords signés.
La veille, la barbarie sioniste a tenu à rappeler que son ombre meurtrière demeure et demeurera suspendue sur le territoire, en lançant des frappes aériennes qui se sont soldées par la mort de 32 Palestiniens, principalement des civils, soit un des bilans quotidiens le plus lourd depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, il y a plus de trois mois.
La série de bombardements indiscriminés vise manifestement à saper les ténus espoirs dans le processus diplomatique, malgré ses nombreux ratés et sa tendance à favoriser les visées militaires de l’occupation. Factuellement, les agressions maintiennent une pression psychologique et une tutelle sécuritaire sur l’enclave. Les raids meurtriers ont été condamnés par le Qatar et l’Egypte, les deux principaux médiateurs arabes depuis le début de la guerre génocidaire, en l’absence remarquée de condamnations des autres nombreux garants de l’accord de trêve et du «Plan de paix».
Le passage par le poste frontalier de Rafah restera limité et ne sera accordé qu’aux «habitants», lesquels devraient passer par un fastidieux dispositif de contrôle, imposé par l’administration sioniste. Ce diktat est à lui seul une violation des accords signés et qui eux, disposaient que le passage devait être rouvert à l’acheminement complet des aides humanitaires et des équipements devant permettre un redressement progressif de la situation.
MSF expulsée
Selon des échos sur place, quelque 40 «fonctionnaires», parmi eux des membres du Comité national palestinien pour l’administration de l’enclave (NCAG), devant reprendre en main la gestion dans le territoire, faisaient, hier matin, le pied de grue du côté égyptien en attendant le feu vert israélien pour passer de l’autre côté de la frontière. Près de 200 blessés palestiniens, nécessitant des soins à l’étranger, attendent par ailleurs d’être autorisés à sortir du piège de Ghaza.
Selon le directeur du complexe médical al-Chiffa, plus de 1.280 blessés programmés à être transférés, lors des deux présentes trêves, ont succombé à leurs blessures faute de laissez-passer. L’administration sioniste, dont le premier responsable Benjamin Netanyahu a réitéré il y a quelques jours, au mépris des engagements internationaux, que la bande de Ghaza et la Cisjordanie occupée, resteront sous contrôle, n’épargne aucun obstacle à la mise en œuvre des articulations de l’agenda diplomatique pour la fin de la guerre.
Le même Netanyahu, au mépris de la profusion d’appels à laisser passer suffisamment d’aides pour alléger les souffrances des populations, a assumé récemment que les restrictions humanitaires sont parmi les moyens les plus efficaces pour maintenir la pression sur la résistance palestinienne. Et les menaces sont suivies d’actes. 37 ONG internationales majeures sont interdites d’activer à Ghaza, suite à une arbitraire injonction les sommant de livrer les listes détaillées de leurs employés et agents actifs sur le terrain. Hier, l’ONG Médecins Sans Frontières (MSF) s’est vue notifier une décision d’expulsion applicable dès la fin février.
Le démantèlement du réseau humanitaire, qu’il soit indépendant ou agissant dans le cadre de l’ONU, à l’exemple de l’UNRWA, s’accélère dans l’objectif évident de faire capoter tout effort visant à tirer les populations de l’abîme des souffrances dans lequel elles sont jetées depuis au moins une année et demi, et miner le terrain pour le déploiement d’un véritable processus diplomatique.
Les prochaines étapes sont censées être celles de la réhabilitation de conditions minimales de survie, devant préparer le terrain à l’installation d’embryons d’activités socio-économiques et l’entame des tâches de reconstruction, du moins tel que prévu par le «Plan de Paix» portant le sceau de l’administration américaine et validé en novembre dernier par le Conseil de sécurité de l’ONU.
Des projections qui paraissent aujourd’hui chimériques au vu des obstacles dressés et des bains de sang perpétrés par l’entité sioniste.
M. S.