Le «Plan de paix» à l’épreuve des manœuvres sionistes à Ghaza : une «phase 2» sur les décombres fumants de la première

Si le mouvement Hamas déclare sa volonté de coopérer sans entraves avec la nouvelle instance sur place et à lui céder les commandes de l’administration, le gouvernement sioniste ne montre pas à l’heure actuelle de dispositions à privilégier une mise en œuvre sans accroc.

L’amorce annoncée de la deuxième phase de l’accord de paix à Ghaza risque fort bien de se heurter à la même nature d’obstacles qui ont jusqu’ici fait globalement l’échec de la première phase. L’entité sioniste, depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu dans l’enclave, le 10 octobre dernier, a violé quasi quotidiennement l’obligation de cesser les hostilités, a mené nombreuses opérations d’assassinats ciblées et continué à entraver l’acheminement des aides humanitaires, alors qu’il était prévu, noir sur blanc, que les populations en bénéficient à des seuils lui permettant de sortir du gouffre mortel dans lequel les a précipité le blocus sioniste.

Une des illustrations les plus douloureuses en a été fourni en cet hiver particulièrement rigoureux, et en pleine trêve théorique, avec plusieurs victimes succombant au froid dans ces campements de fortunes où se sont entassées les déplacés. Les nombreux rapports d’ONG suivant la situation sur le terrain ont par ailleurs relevé le caractère criminel de privations délibérées n’ayant plus d’autre objectif que de maintenir les populations dans des conditions de survie infrahumaines.

Sur le plan militaire, la gigogne ligne jaune qui devait dessiner le périmètre de retrait des forces d’occupation, et donc de la zone sécurisée pour les mouvements des civils palestiniens, est par ailleurs restée trop mouvante, offrant en cibles directes des familles palestiniennes entières tentant de se rendre dans les décombres d’anciennes demeures pour récupérer des semblants d’effets. Selon le bilan dressé par les autorités palestiniennes sur place, plus de 460 martyrs sont tombés sous les tirs sionistes depuis l’entrée en vigueur de cet étrange cessez-le-feu, alors que le nombre de morts dus au froid et aux intempéries, combinés à un état de sous-nutrition prolongée, dépasse les 25 durant les mêmes périodes, dont de nombreux enfants et nourrissons.

Lors d’un Conseil de sécurité, tenu en décembre dernier sur la situation, la majorité des membres avaient noté que l’entité sioniste foulait aux pieds la résolution 2803 voté un mois plus tôt et validant le «Plan Trump» pour la fin de la guerre et la reconstruction à Ghaza. L’ambassadeur Amar Bendjama, représentant permanent de l’Algérie aux Nations unies, avait à l’occasion interpellé les pays garants du cessez-le-feu, les appelant à prendre leurs responsabilités et à pousser l'entité sioniste à «appliquer ses engagements». 

Trois mois de violations du cessez-le-feu

Ces rappels actant des écarts avérés par rapport aux engagements signés, comme l’ont fait les nombreuses alertes émises par les pays médiateurs sur le risque d’un effondrement du cessez-le-feu, n’ont malheureusement pas imposé à la puissance occupante de changer d’attitude. Absolument rien n’indique aujourd’hui, que l’entité sioniste soit animée de meilleures intentions.

L’émissaire américain, Steve Witkoff, qu’on n’a pas entendu pratiquement depuis octobre dernier, promet depuis mercredi une «reconstruction» en phase 2, juste après l’annonce au Caire d’un accord sur la composante du comité de technocrates palestiniens devant reprendre en main la gestion quotidienne des affaires à Ghaza.

L’Instance, composée de quinze membres et dirigée par Ali Shaath, ancien haut fonctionnaire de l’Autorité palestinienne dans le domaine de la planification, a reçu l’aval de toutes les factions palestiniennes (dont le Hamas), et devrait travailler sous la supervision d’un «Conseil de la paix» tel que préconisé par l’accord signé il y a trois mois. La composante humaine de ce dernier devrait être annoncée dans les prochains jours par Donald Trump, censé en assurer la présidence.

Si la partie palestinienne directement concernée, en l’occurrence le mouvement Hamas, déclare sa volonté de coopérer sans entraves avec la nouvelle instance sur place et à lui céder les commandes de l’administration, ne s’opposant pas dans l’absolu, à l’opération de «démilitarisation», le gouvernement sioniste ne montre pas à l’heure actuelle de dispositions à privilégier une mise en œuvre sans accroc. Jeudi, soit au lendemain de l’annonce de la reprise de la feuille de route diplomatique, l’armée de Benjamin Netanyahu a mené des frappes dans plusieurs points la bande de Ghaza, tuant une douzaine de Palestiniens, dont des femmes et des enfants.

Plus globalement les responsables sionistes déclarent ne pas envisager de retrait de l’armée du territoire de l’enclave, comme le dispose le plan signé. Autant d’entraves majeures et assumées à la mise en application de l’accord et qui requièrent bien plus des déclarations d’intentions pour être dépassées.

M. S.

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Sept ans pour évacuer les décombres

Le directeur exécutif du Bureau des Nations unies pour les services d’appui aux projets (UNOPS), Jorge Moreira da Silva, a déclaré que la bande de Ghaza compte plus de 60 millions de tonnes de décombres et que leur évacuation pourrait prendre plus de sept ans. Da Silva a indiqué, dans un communiqué publié après sa visite dans la bande de Ghaza jeudi : "Je reviens tout juste de Ghaza, où la crise humanitaire s’aggrave. Les gens sont épuisés, traumatisés et vivent dans un profond désespoir". Il a souligné que les conditions hivernales rigoureuses persistantes et les fortes pluies "aggravent encore la souffrance et le désespoir des habitants".

Le responsable onusien a ensuite insisté sur le fait que la reprise des services dans l'enclave palestinienne, ravagée par plus de deux ans de guerre génocidaire sioniste, "nécessitent de toute urgence la mise à disposition d’abris sûrs, de carburant et l’évacuation des décombres". Il a indiqué que les décombres à Ghaza équivalent à la cargaison d’environ 3.000 navires porte-conteneurs et qu’aujourd’hui chaque personne à Ghaza est entourée en moyenne de 30 tonnes de décombres. Il est probable que l'évacuation de ces débris "prenne plus de sept ans".

Le responsable onusien a qualifié l’ampleur des destructions à Ghaza d’"incroyable" avant d'ajouter : "Des maisons, des écoles, des cliniques, des routes ainsi que des réseaux d’eau et d’électricité ont été détruits". Et de conclure "La vie quotidienne des enfants est devenue marquée par la perte et les traumatismes, et les enfants privés d’école depuis trois ans risquent de devenir une génération perdue".

R. I. 

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