Adieu Président !

Un homme d’État, un moudjahid, un guide, Liamine Zeroual a porté l’Algérie sur ses épaules avec courage, intégrité et amour profond pour la patrie. Il laisse derrière lui une Algérie plus forte et un peuple reconnaissant. 

Une main tendue en quête de paix d’un côté, une main de fer prête à sévir de l’autre. Telle peut être résumée la politique prônée par le défunt ancien président de la République, Liamine Zeroual, durant la période où il avait en charge les affaires de l’Etat. Une période chargée de nombreuses «premières» qui a été, surtout, celle où le peuple s’était raccroché à l’Etat tel à une bouée de sauvetage. Avant d’être élu président de la République en 1995, Liamine Zeroual a été Chef d’Etat. En janvier 1994, alors que l’Algérie était aux prises à un terrorisme aussi sanglant que destructeur et faisait l’objet d’un boycott international qui ne disait pas son nom, le Conseil national de transition avait organisé une Conférence de consensus national, au Palais des Nations, pour désigner, après concertation avec la classe politique et la société civile, un homme devant succéder au Haut comité d’Etat (HCE) en tant que président de l’Etat.
Le choix s’était porté sur Liamine Zeroual, alors ministre de la Défense nationale, pour différentes raisons : son passé révolutionnaire, puisqu’il était moudjahid, à un âge précoce, durant la guerre de Libération, sa probité, son passé comme cadre de l’Armée nationale populaire, sa connaissance des affaires de l’Etat et, surtout, ses convictions sur la nécessité de rétablir la paix entre les Algériens tout en se montrant intransigeant vis-à-vis du terrorisme qui endeuillait des dizaines de milliers de familles. Le peuple algérien a alors découvert son nouveau dirigeant qu’il assimilait à son guide vers l’apaisement des âmes et la fin du bain de sang.
Jusque-là inconnu, Liamine Zeroual tranche, avec ses prédécesseurs, par sa parole rare, tellement rare qu’elle en devient précieuse. Il n’était pas amateur des discours à tout bout de champ, encore moins des discours intempestifs ou improvisés. En ancien militaire rompu à la discipline, il ne s’adressait au peuple que lorsque nécessaire, sans jamais s’adonner à des digressions. En plus clair, jamais un mot de trop et, même devant autrui, jamais un mot plus haut que l’autre. Une communication sobre et calibrée dans un contexte que ce sont les actes qui étaient plus importants et plus décisifs que les paroles. Cela n’empêchait pas Liamine Zeroual d’aller à la rencontre de la population dans ce qu’on appelle l’Algérie profonde, cette Algérie de l’intérieur qui souffrait le plus des affres du terrorisme. Sans renoncer à lutter contre les terroristes et de les traquer, il a ouvert la voie de la clémence à certains d’entre-eux qui n’avaient pas les mains tachées de sang à travers la loi de la Rahma, promulguée le 25 février 1995, qui avait permis à de nombreux égarés de retrouver une vie normale au sein de la société. C’était en soi une première.
L’ancien président s’est fait connaître par d’autres actes éclatants. Le premier a été d’organiser une élection présidentielle afin de sortir de la période d’illégitimité populaire et de cooptation politique qui avait donné du grain à moudre aux détracteurs de l’Etat. Plus même : Liamine Zeroual restera le premier chef d’Etat algérien à avoir organisé une élection présidentielle pluraliste. Une autre première.
Le peuple, en quête dé-sespérée d’un dirigeant légitime auquel s’accrocher pour sortir d’un cycle de violence aussi mortifère que sanglant, se rend massivement aux urnes, malgré les menaces terroristes, le 25 novembre 1995 pour élire Liamine Zeroual, président de la République, large vainqueur devant ses trois concurrents. L’Algérie avait retrouvé la voie de la légitimité électorale. Loin de se contenter d’être la seule source légitime de pouvoir, le défunt président a voulu parachever sa mission : après avoir amendé, une année plus tard, la Constitution en créant, notamment, un Parlement bicaméral avec une chambre basse, l’Assemblée populaire nationale (APN), et une chambre haute, le Conseil de la Nation, il a organisé, en 1997, des élections législatives, puis des élections communales afin d’élargir la légitimité populaire aux institutions de l’Etat. Ainsi, après une longue période de feu et de sang, l’Algérie s’est dotée d’autorités présidentielle, législative et locales légitimes.
Homme de devoir avant tout, Liamine Zeroual s’est distingué par une autre première : il a organisé une élection présidentielle anticipée en avril 1999, alors que son mandat n’était pas encore achevé, en ne présentant pas sa candidature. En somme, une alternance au pouvoir élégante et ordonnée, digne de la discipline militaire qu’il a veillé à s’appliquer à lui-même et à sa fonction. Une autre preuve que Liamine Zeroual a accepté une responsabilité lourde pour servir dans un moment difficile de la vie du pays et dans un contexte économique très difficile, avec un déficit dans la balance des paiements du fait de la chute du prix du pétrole. Cependant, le contexte international difficile ne l’a pas pour autant amené à se rabaisser à quiconque, dusse-t-il être chef d’Etat. L’ancien président français Jacques Chirac en a eu la preuve en octobre 1995 où, en marge des travaux de l’Assemblée générale des Nations-Unies, à New York, il avait demandé à rencontrer Liamine Zeroual dans une salle, à l’abri des caméras et des médias. Ferme, celui qui était encore président de l’Etat algérien avait refusé catégoriquement et annulé la rencontre, ne concevant pas de rencontrer un président étranger en catimini. L’Algérie libre et indépendante ne pouvait s’abaisser à ce niveau d’humiliation. Ainsi était Liamine Zeroual : discret et réservé, mais ferme sur les principes. Un authentique moudjahid ne pouvait être autrement.

F. A.

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