Abdelmadjid Tebboune : l’Algérie appelle à une reconnaissance internationale explicite des crimes du colonialisme

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a déclaré ce dimanche 15 février 2026, à Addis-Abeba, que l’Algérie appelle à «une reconnaissance internationale explicite et sans ambiguïté, de la part des organisations onusiennes et des puissances coloniales, du caractère criminel des pratiques ayant inclus l’esclavage, la déportation forcée, l’épuration ethnique, la torture, le déplacement et la persécution systématique».

Dans une déclaration lue en son nom par le Premier ministre, Sifi Ghrieb, concernant l’étude relative aux implications de la qualification du colonialisme comme crime contre l’humanité, ainsi que la reconnaissance de certains actes commis durant les périodes d’esclavage, de déportation et de colonisation comme des actes de génocide contre les peuples africains, élaborée par la Commission de l’Union africaine pour le droit international, le Président a estimé que cette étude «met en lumière les conséquences juridiques découlant de la qualification du colonialisme comme crime contre l’humanité, ainsi que la caractérisation de certaines pratiques liées aux périodes d’esclavage, de déportation forcée et de colonisation en tant qu’actes pouvant constituer le crime de génocide à l’encontre des peuples africains».

Dans ce sillage, le président de la République a exprimé la «pleine disponibilité» de l’Algérie, «forte de son expérience nationale douloureuse, marquée par plus de cent trente-deux années d’un colonialisme de peuplement d’une extrême cruauté», a-t-il fait remarquer, «à mettre à la disposition des instances juridiques africaines compétentes l’ensemble des documents, preuves matérielles et témoignages historiques fiables en sa possession».

Des éléments, a-t-il ajouté, qui «mettent en évidence l’ampleur des atrocités et des graves violations commises pour réprimer la résistance du peuple algérien, y compris le recours à une répression massive et à des méthodes et moyens prohibés par le droit international».

Le Président a tenu à signaler que dans le cadre du mandat qui lui a été confié, aux côtés du Togo, de l’Afrique du Sud et du Ghana, pour assurer le suivi de la mise en œuvre de la décision 934 dans le cadre des activités thématiques de l’Union africaine pour l’année 2025, «l’Algérie a pris l’initiative, en coordination avec la Commission de l’Union africaine, d’organiser une conférence internationale de haut niveau les 30 novembre et 1er décembre 2025, sous le thème ‘’Les crimes du colonialisme en Afrique : vers la consécration de la vérité historique et la criminalisation du colonialisme’’».

Une conférence, a-t-il encore rappelé, dont les discussions ont abouti à l’adoption de «l’Appel d’Alger», comprenant plusieurs recommandations majeures, notamment «l’appel à une reconnaissance officielle des crimes coloniaux et à l’intégration explicite de la criminalisation du colonialisme dans les normes du droit international», «le renforcement de la documentation des crimes coloniaux et la préservation de la mémoire historique africaine comme composante indissociable de la justice historique», «la garantie de la restitution des biens culturels pillés, des archives nationales et des restes humains des victimes du colonialisme» et «l’affirmation de la responsabilité internationale quant aux profondes conséquences environnementales et économiques laissées par les politiques coloniales en Afrique».

«L’Algérie se félicite de l’adoption de sa proposition visant à consacrer une Journée africaine officielle à la mémoire des martyrs de l’Afrique, fixée au 30 novembre de chaque année»

Dans le même esprit, «l’Algérie se félicite de l’adoption de sa proposition visant à consacrer une Journée africaine officielle à la mémoire des martyrs de l’Afrique, fixée au 30 novembre de chaque année, afin de renforcer la conscience historique des générations montantes et de préserver la mémoire des immenses sacrifices consentis par les peuples de notre continent», a encore indiqué le Président, qui a tenu également à rappeler que «dans le contexte de cette dynamique continentale croissante visant à relire l’histoire à la lumière du droit international, l’Algérie a franchi une étape souveraine importante au plan national : le Parlement algérien a adopté à l’unanimité, le 24 décembre 2025, une loi criminalisant le colonialisme subi par l’Algérie».

Une loi qui «vise à établir les responsabilités juridiques, à préserver la mémoire nationale et à consacrer le principe de l’imprescriptibilité des crimes graves, considéré comme un pilier fondamental de toute approche sérieuse de réconciliation avec l’histoire» et «classe notamment parmi les crimes imprescriptibles les exécutions extrajudiciaires, la torture, le viol, les essais nucléaires sur des civils et le pillage systématique des richesses, conformément aux principes du droit international et au droit des peuples à la vérité et à la justice».

Pour finir, Tebboune a affirmé que «les immenses sacrifices consentis par des millions d’Africains pour la liberté, la dignité et la justice ne sauraient être relégués à l’oubli ni réduits à des récits fragmentaires», soulignant que «la reconnaissance de la vérité historique ne constitue pas une évocation sélective du passé, mais un devoir moral et juridique, ainsi qu’un préalable indispensable à l’édification de relations internationales équilibrées, fondées sur le respect mutuel, l’équité et la préservation de la dignité humaine».

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