Dans les montagnes, hameaux et villages de la wilaya de Tizi-Ouzou, l’élevage à petite échelle connaît, ces dernières années, une extraordinaire dynamique, faisant de cette activité ancestrale un véritable levier de développement rural.
Particulièrement vivantes et diversifiées, les filières d’apiculture, de petits ruminants (ovins et caprins), de cuniculiculture (élevage de lapins) et d’aviculture (poules pondeuses) mobilisent un nombre croissant de familles rurales, jeunes agriculteurs et femmes rurales, participant ainsi aux efforts déployés par les pouvoirs publics pour le renforcement de l’autonomie alimentaire et créant des revenus complémentaires, souvent salutaires pour ces familles rurales, profondément attachée à la culture vivrière. Dans ces villages et taudis accrochés aux montagnes et éparpillés à travers les plaines et vallées de la wilaya, un net retour de la population à l’élevage de diverses bêtes et volailles est enregistré ces dernières années. Un constat visible à travers de petites bergeries disséminées à travers villages et hameaux. Des basses-cours y fleurissent également, en témoigne la perfusion de pages face book faisant promotion de ce nouveau mode de vie adopté par beaucoup de citoyens des zones rurales, dont des retraités qui ne veulent pas rester inactifs tant qu’ils sont toujours en bonne santé.
Au-delà de son intérêt économique, entretenir une basse-cour est une thérapie naturelle
Ancien cadre de la coopérative agricole polyvalente de Tizi-Ouzou (CAPTO), Hocine Guilane est l’un de ces citoyens qui entretiennent des basses-cours. Une ruche et quelques lapins sont élevés dans sa basse-cour au village Ait Bouali dans la région d’Ath Douala. « Au-delà de son intérêt économique, entretenir une basse-cour est une thérapie naturelle qu’aucun traitement médical ne pourra réussir », nous a indiqué M. Guilane, en invitant tout citoyen disposant d’un terrain, aussi petit soit-il, de s’y mettre aux petits élevages pour engranger un revenu supplémentaire et bénéficier du bien-être moral que procure cette activité. Au village Ait Sellane dans la commune d’Akbil, sud-est du chef-lieu de wilaya de Tizi-Ouzou, Mme Drifa Abbas, est un exemple de réussite dans la culture des petits élevages. Elle a commencé par une ruche, une chèvre et une brebis pour en entretenir actuellement un petit troupeau de chèvre et de brebis. Après avoir eu des difficultés dans la vente de l’excédent du lait produit par ses bêtes, elle a décidé de se mettre à la production artisanale du fromage, en créant une petite une unité au niveau de son village. « C’est grâce à une formation sur la production des fromages organisée par l’institut des techniques agricoles de Boukhalfa et des conseils prodigués par des anciens dans le domaine que j’ai décidé de transformer du lait produit par les brebis et chèvres en fromage », rappelle cette éleveuse habituée des différents salon dédiés à l’agriculture et l’élevage qui se tiennent annuellement à Tizi-Ouzou et ailleurs. « J’aime ce métier et j’invite les femmes rurales à s’y mettre », ne cessait-elle d’affirmer à travers ses diverses apparitions médiatiques et foires agricoles. A présent, elle compte agrandir sa petite exploitation et son unité de fabrication du fromage et capitaliser davantage son expérience acquise dans ce domaine qui suscite, faut-il le souligner, un fort engouement dans les zones agropastorales de la wilaya.
Les bergers privilégient encore le pâturage naturel, exploitant les parcours montagneux riches en herbes aromatiques
A Tizi-Ouzou, les bergers privilégient encore le pâturage naturel, exploitant les parcours montagneux riches en herbes aromatiques, ce qui confère aux produits locaux – viande, lait et fromage – une qualité bio, fortement appréciée par les consommateurs. Dans plusieurs villages, l’activité pastorale constitue une source de revenus appréciable pour de nombreuses familles. Malgré les difficultés liées à la hausse des coûts des aliments pour bétail, à la raréfaction de l’eau et aux effets du changement climatique, les éleveurs continuent de préserver cette activité, souvent avec des moyens modestes mais une grande détermination. Cette dynamique enregistrée dans la culture des petits élevages est soutenue par des salons et des événements agricoles organisés périodiquement par l’APW de Tizi-Ouzou, la direction des services agricoles et autres associations. Ces dernières années, la wilaya a organisé plusieurs événements structurants pour ces filières.
Le Salon National de l’Apiculture et des Petits Élevages, organisé par la CAPTO, réunit des dizaines de producteurs, d’entreprises et d’institutions venus de dizaines de wilayas. Destiné à mettre en valeur les savoir-faire locaux, le salon permet des échanges techniques, commerciaux et institutionnels essentiels pour dynamiser ces secteurs. Le Salon de l’Élevage et des Produits Laitiers (« Tizi-Agri-Expo ») s’est imposé, lui aussi, comme une vitrine des productions locales, avec une forte participation d’éleveurs, d’investisseurs et de partenaires financiers. L’événement permet de présenter les innovations en alimentation animale, pratiques d’élevage plus performantes et opportunités de financement pour les porteurs de projets.
Ces manifestations agricoles ne sont pas seulement des vitrines : elles constituent un outil de structuration des filières, favorisant l’accès aux marchés, la mise en réseau et l’adoption de nouvelles pratiques techniques, rappellent les organisateurs de ces manifestations, non sans insister que l’objectif principal de ces foires agricoles est la promotion de l’agriculture et les petits élevages à l’effet de participer aux efforts déployés par l’Etat pour assurer la sécurité alimentaire. Pour M. Nourredine Sahali, maitre de conférences à l’université Mouloud Mammeri, « la recherche de la sécurité alimentaire en Algérie dans les filières animales est fondée exclusivement sur le développement de l’agriculture intensive ». Celle-ci, explique-t-il, se caractérise par la mobilisation des investissements colossaux, la dépendance aux marchés extérieurs en matière d’aliments, etc.
« Cette option a permis de réaliser des performances particulièrement dans certains segments de production », a-t-il indiqué, en assurant, toutefois, que « d’importantes potentialités existent dans le système extensif mais qui sont peu valorisées ». Dans ce cadre, l’universitaire a cité les activités de petits élevages au niveau des zones montagneuses et des zones steppiques. Au même titre que les autres wilayas montagneuses du nord du pays, la wilaya de Tizi-Ouzou, dispose de potentialités remarquables pouvant être valorisées en matière d’activités liées aux petits élevages.
B. A.