Salima Thabet, directrice du Musée national du moudjahid : «Transmettre l’histoire est notre mission»

Ph. : B. K.
Ph. : B. K.

Entre conservation du patrimoine et ouverture au public, le Musée national du Moudjahid multiplie les initiatives pour transmettre l’histoire autrement. Sa directrice, Salima Thabet, détaille, dans cet entretien, les missions, les défis et les perspectives de ce lieu chargé de mémoire.

El Moudjahid : Quelles sont les pièces ou les archives qui font la fierté du musée ?

Salima Thabet : Le musée abrite plusieurs collections de grande valeur, dont la plus emblématique reste celle de l’Émir Abdelkader. Nous conservons des pièces de monnaie, ses bottes personnelles, ainsi qu’un ensemble de revolvers offert par le président américain Abraham Lincoln. Nous possédons également son exemplaire du Sahih al-Bukhari, annoté de sa propre main, des armes, des épées, la selle de son cheval, ainsi qu’un portrait original réalisé par le peintre français Ange Tissier. Le musée conserve aussi des objets ayant appartenu à Abdelhamid Ibn Badis. Nous disposons également de collections d’armes et d’effets appartenant aux moudjahidine, ainsi que d’un fonds important d’archives et de photographies inédites. Un pavillon est, par ailleurs, consacré au président Houari Boumediene, avec plusieurs objets lui ayant appartenu.

Au-delà de ces pièces historiques, le musée organise-t-il des expositions périodiques et thématiques ?

Les expositions périodiques et thématiques constituent une mission essentielle du musée. À chaque date importante, nous organisons des expositions mettant en lumière un événement historique précis. La plus récente a été consacrée à la fête de la Victoire du 19 mars. Nous proposons également des expositions itinérantes dans d’autres wilayas, en collaboration avec différentes institutions et ministères.

Le musée organise-t-il des visites guidées et des ateliers éducatifs pour les jeunes ?

Des visites guidées et des ateliers pédagogiques sont régulièrement organisés. Durant le mois de Ramadhan, par exemple, le musée a ouvert ses portes en soirée, à partir de 22h, avec un programme riche comprenant la projection de films produits par le ministère des Moudjahidine et des Ayants droit. Nous avons également mis en place des ateliers de dessin, d’écriture et de chants patriotiques. Un programme spécial a été mis en place à l’occasion des vacances de printemps.

Quels sont les défis liés à la conservation des objets et à l’expertise scientifique ?

La majorité de nos équipes est composée de conservateurs, dont la mission principale est la préservation et la valorisation des collections. Toutefois, ce travail ne peut se faire sans l’appui de spécialistes. Nous avons été confrontés à des cas d’objets endommagés, comme une peinture exceptionnelle de 1871 représentant Lalla Fatma N’Soumer. Nous avons alors fait appel à des experts, notamment de l’École nationale de conservation et de restauration de bien culturels de Tipaza. Nous collaborons régulièrement avec des universitaires et des spécialistes. Le musée dispose également d’un conseil scientifique réunissant des chercheurs en histoire, en archéologie et en conservation du patrimoine culturel.

Le musée utilise-t-il des technologies numériques pour enrichir l’expérience des visiteurs ?

Oui, nous avons intégré plusieurs outils numériques, notamment des écrans tactiles. Aujourd’hui, il est essentiel d’avoir recours à ces technologies pour attirer le jeune public.
Nous avons également développé des dispositifs utilisant l’hologramme et le mapping, ainsi que des systèmes de QR code pour faciliter l’accès à l’information. Prochainement, nous lancerons des audio guides en plusieurs langues afin d’offrir une expérience de visite plus approfondie.

Comment le musée dialogue-t-il avec la société civile et les moudjahidine ?

Le musée fonctionne en étroite relation avec les moudjahidine et nous veillons à placer leurs témoignages au cœur de nos activités. À ce jour, nous disposons d’environ 3000 témoignages audiovisuels de moudjahidine.

Avez-vous des chiffres sur la fréquentation du musée ?

La fréquentation varie selon les périodes, notamment les week-ends et les vacances. Nous pouvons atteindre jusqu’à 1 000 visiteurs par jour, ce qui est très encourageant. Le musée a enregistré un afflux important de visiteurs, avec un nombre total en 2025 de 488.063 visiteurs, dont 122 délégations officielles regroupant 1.597 personnes. Par ailleurs, les visiteurs issus des établissements éducatifs et culturels, des associations et des mouvements scouts se sont élevés à 391 groupes, soit un total de 30.210 personnes.

Peut-on dire que le musée est aujourd’hui une destination touristique majeure à Alger ?

Je pense que oui. Le musée attire aussi bien des délégations officielles que des visiteurs tout au long de l’année. Chaque mardi après-midi, nous enregistrons une forte affluence d’écoliers. Nous recevons également des Algériens établis à l’étranger, soucieux de transmettre l’histoire nationale à leurs enfants. Le musée est, en ce sens, un lieu qui rassemble tous les Algériens.

Quels sont vos projets ?

Nous envisageons de renforcer l’intégration des technologies numériques dans les salles d’exposition, notamment à travers la création de fresques interactives. L’objectif est de faire du visiteur un véritable acteur de sa découverte. Nous souhaitons également enrichir le parcours muséal avec de nouveaux espaces thématiques et des galeries couvrant différentes périodes historiques. J’en profite pour lancer un appel au public : nous invitons les citoyens à confier au musée les objets historiques qu’ils conservent, afin de les préserver et de les partager avec le public.

K. B.

Multimedia