Nourredine Sahali, Maître de conférences à l’UMMTO, à El Moudjahid : «La sécurité alimentaire locale dépend des petits élevages »

Propos recueillis par : Belkacem Adrar

Dans cet entretien, le Dr Nourredine Sahali, maître de conférences à l’UMMTO, revient sur la politique publique et les petits élevages, activités de petits élevages dominantes dans la wilaya de Tizi Ouzou, avantages et contraintes rencontrés et enfin perspectives et développement du mode coopératif.

El Moudjahid : Etant spécialiste en la matière, pouvez-vous nous parler des politiques publiques et des petits élevages en Algérie ?
 
Nourredine Sahali : Les politiques publiques ont intégré les petits élevages dans le développement du secteur agricole en Algérie. 
A ce titre, la politique agricole et rurale, lancée au début des années 2000 (PNDAR), a accompagné le programme de reconversion (programme favorisant l’arboriculture à la place de la céréaliculture dans des zones qui souffrent de la sécheresse) au niveau de certaines régions du pays par un montage financier permettant à l’agriculteur de bénéficier des  ruches ou des poules lui permettant d’avoir un revenu immédiat puisque l’investissement dans l’arboriculture nécessite souvent plusieurs années pour pouvoir récolter.
 De même, la politique de renouveau agricole et rural (PRAR), lancée en 2009 a intégré dans son volet rural portant pour intitulé  «PPDRI» des subventions publiques spécifiques pour le développement des petits élevages. Pour rappel, les PPDRI sont des programmes destinés pour désenclaver les zones montagneuses et steppiques ainsi que la lutte contre la désertification. 
 
Quelles sont les activités de petits élevages dominantes dans la wilaya de Tizi Ouzou ?
 
La wilaya de Tizi Ouzou, connue pour son relief difficile et l’étroitesse de la superficie agricole utile (SAU), se distingue par le nombre d’exploitation le plus élevé au niveau national. Cela est le résultat d’un émiettement des terres agricoles en raison de plusieurs facteurs, notamment l’héritage. 
Néanmoins, ce handicap en termes de superficie peut être surmonté à travers un regain d’intérêt pour les activités liées aux petits élevages au regard de la présence ancestrale de ces activités au niveau des différentes localités et villages de la Kabylie.
 Les principaux métiers ayant un ancrage au niveau des localités de la wilaya sont : la cuniculture, les petits ruminants, l’apiculture et l’aviculture. L’activité apicole est exercée dans différentes localités au niveau de la wilaya. Cette activité a été boostée par les programmes de l’Etat engagés depuis le début des années 2000. La richesse de la flore constitue un levier en faveur de cette activité. Elle est érigée en filière de production, ce qui lui a valu un montage financier diversifié touchant plusieurs actions : acquisition de ruches, de matériel apicole, etc. De même, les formations dispensées ont amélioré le niveau de la maitrise de l’activité. 
C’est une activité qui est exercée même par les femmes. En plus du miel très prisé, produit dans les localités profondes de la Kabylie, d’autres produits de la ruche sont très recherchés eu égard de leur valeur nutritive. L’élevage des petits ruminants, notamment l’ovin, mais aussi les chèvres, constitue une activité principale dans le temps au niveau des villages de la Kabylie. Il n’y avait pratiquement aucun foyer qui est exempt de cette activité. 
C’est vrai qu’aujourd’hui ce n’est plus le cas, mais tout de même des familles entières continuent de réserver une place de choix à l’élevage ovin pour avoir les moutons de l’aïd notamment. En outre, l’élevage des chèvres est devenu une activité très prisée dans certains villages, notamment dans la région des Ouacifs, Tigzirt, Azeffoun, etc. L’élevage traditionnel des poules (Gallus), mais aussi des pintades, constitue un véritable levier pour les familles rurales. Cet élevage nécessitant un petit espace dans le jardin (cage) permet d’avoir des œufs d’une qualité supérieure mais aussi de la viande. 
Les fluctuations des prix de ces deux produits encouragent les citoyens d’investir dans ce créneau puisqu’il n’exige aucun savoir-faire. L’élevage avicole est à la portée de tout le monde puisqu’il nécessite que peu de moyens financiers. 
Au même titre que l’aviculture, l’élevage cunicole (lapin) est ancré dans les activités de plusieurs ménages. 
Cette activité a bénéficié d’un encouragement des pouvoirs publics, ce qui lui a valu un développement certain au niveau de la wilaya. Plusieurs jeunes sont tournés vers cette activité au regard de la demande locale portée sur la viande des lapins élevés avec une alimentation à base du fourrage vert.
 
Quels sont les avantages et contraintes des petits élevages ?
 
Les activités des petits élevages présentent un intérêt remarquable pour l’équilibre alimentaire des ménages, pour l’amélioration des revenus des familles, pour l’amélioration de la sécurité alimentaire locale ainsi que pour la préservation des équilibres des zones agro-écologiques et des écosystèmes. En effet, les familles tirent profit des élevages effectués. 
Il s’agit de l’amélioration de l’alimentation (viande, lait, miel), des revenus par la commercialisation des produits, la mobilisation de la force de travail inemployée par la participation des membres de la famille et l’amélioration des conditions de vie des citoyens ruraux et lutte contre la pauvreté.  Toutefois, des contraintes freinent le développement de ces activités au regard de la taille petite des activités pratiquées. Ces contraintes sont en général d’ordre organisationnel. 
A cet effet, l’approvisionnement sur le marché peut être un véritable écueil en ce qui concerne l’alimentation, de même que l’acquisition du matériel et des actifs biologiques.
 
Quelles sont les perspectives de développement de la culture de petits élevages et les solutions aux contraintes rencontrées par les éleveurs?
 
Les activités des petits élevages peuvent être un véritable facteur de développement pour certaines localités à condition qu’une nouvelle vision fondée sur une approche moderne soit envisagée et ayant comme fondement la mutualisation des efforts, des moyens et la réalisation des synergies. 
Dans ce cadre, le développement du système coopératif peut être une solution pour la maîtrise des coûts, la disponibilité des intrants, mais aussi pour une meilleure commercialisation des produits. 
A titre d’exemple, la coopérative CAPTO participe positivement à la réussite de l’élevage cunicole et apicole au niveau de la wilaya. D’autres coopératives peuvent être créées sur la base de l’adhésion volontaire et l’intérêt commun. Les pouvoirs publics encouragent ce type d’initiative à travers un montage financier plus attractif aux personnes regroupées dans des coopératives. 
La réussite des initiatives attendues dans le cadre des nouvelles organisations ne peut être que bénéfique pour la préservation des races locales, d’une part, et pour la consolidation et l’amélioration de la sécurité alimentaire locale, d’autre part. Ajouté à cela, la dimension sanitaire et environnementale, sachant que les petits élevages ne sont pas soumis aux utilisations de produits phytosanitaires que dans les grandes exploitations, ce qui représente un véritable avantage sur le plan commercial. 
 
B. A.

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