Pour mieux comprendre l’univers des épices en Algérie, nous avons sollicité Mohamed Chaouki Baâboudj, diplômé en droit et directeur général de Sidi Moulay Épices, fabricant et distributeur d’épices et condiments depuis 1917.
El Moudjahid : La société Sidi Moulay s’appuie sur un héritage familial centenaire dans le commerce des épices. Pouvez-vous nous raconter son histoire ?
Mohamed Chaouki Baâboudj : Notre entreprise puise sa force dans un savoir-faire transmis depuis 1917, une histoire qui commence avec mon grand-père et sa simple table au marché de Djamaâ Lihoud.
Cette humble initiative familiale a jeté les bases d’une expertise unique dans le commerce des épices. Mon père a ensuite élargi cette vision, en développant des relations commerciales avec l’Inde, en découvrant les subtilités du métier et en introduisant de nouvelles variétés d’épices qui ont enrichi notre offre et marqué le début d’une diversification.
En 2018, j’ai rejoint l’entreprise et j’ai veillé à ce que nous poursuivions cette tradition familiale tout en y intégrant des techniques modernes de production et un contrôle qualité rigoureux. Chaque épice est minutieusement vérifiée, tamisée, triée et reconditionnée afin de garantir fraîcheur, authenticité, sécurité et standardisation des produits. Sidi Moulay propose actuellement plus de 350 variétés d’épices et condiments, offrant ainsi une gamme complète pour répondre à toutes les attentes culinaires. Pour nous, allier tradition et innovation n’est pas un simple choix : c’est une priorité. Elle permet à nos clients de retrouver les saveurs d’antan, celles qu’ils connaissent depuis leur enfance, tout en bénéficiant de produits fiables et conformes aux standards modernes de qualité.
Quelles initiatives concrètes avez-vous lancées pour soutenir et assurer le développement de Sidi Moulay ?
Ces dernières années, nous avons entrepris plusieurs initiatives pour développer la production locale d’épices et d’herbes aromatiques. Nous avons notamment lancé la culture de coriandre, anis, cumin, carvi et hibiscus sur deux hectares à M’sila, alors qu’il était auparavant importé d’Égypte. Nous utilisons des techniques agricoles sophistiquées, adaptées aux besoins spécifiques de chaque plante. Les résultats sont très encourageants, en particulier pour l’hibiscus, que nous réussissons désormais à produire localement avec une qualité supérieure. Ces initiatives nous permettent non seulement de réduire la dépendance aux importations, mais aussi d’assurer une qualité constante et optimale pour nos clients. Au-delà de l’aspect économique, elles valorisent le savoir-faire local et contribuent à structurer progressivement une filière nationale d’épices et d’herbes aromatiques, ouvrant la voie à un développement durable et stratégique pour Sidi Moulay et pour l’ensemble de l’activité.
Avec un réseau de 14 magasins et des projets ambitieux d’expansion nationale et internationale, comment Sidi Moulay envisage-t-elle de positionner les épices algériennes à l’étranger ?
En effet, notre objectif est de consolider et de renforcer notre présence sur le marché national en portant notre réseau à 35 magasins à travers l’Algérie, répartis dans des villes stratégiques telles qu’Alger, Blida, Oran, Constantine et Sétif. Parallèlement, nous préparons l’ouverture de nos premiers points de vente à l’international, d’ici 2028, afin de répondre à la demande croissante des Algériens résidant à l’étranger et désireux de retrouver les saveurs authentiques de leur pays.
Nous comptons également élargir notre activité à l’exportation, avec des projets déjà initiés et concrets au Canada et en France.
Nous attachons une importance particulière à ce que 65% de nos produits soient issus de cultures locales, afin de valoriser le savoir-faire algérien et de garantir une qualité constante et supérieure. Notre ambition va au-delà de la simple distribution : nous souhaitons faire de Sidi Moulay un véritable ambassadeur des épices algériennes à l’international, en combinant tradition, innovation et excellence, tout en permettant aux Algériens de la diaspora de se reconnecter aux goûts de leur patrimoine culinaire et aux produits locaux qu’ils connaissent depuis toujours.
K. H.