Entre vestiges romains et héritage ottoman : un patrimoine enfoui à Bouira

La wilaya de Bouira conserve les traces d’un passé pluriel façonné par les royaumes numides, l’Empire romain et la présence ottomane. Les sites historiques encore visibles témoignent de cette richesse.

Au pied des majestueuses montagnes du Djurdjura, la wilaya de Bouira a longtemps été un carrefour stratégique entre le nord et les Hauts-Plateaux. Des royaumes numides aux Romains, puis aux «souverains de l’ère islamique» et aux Ottomans, chaque époque a laissé sa marque. À Sour El Ghozlane, l’antique Auzia s’imposait comme l’une des cités romaines majeures de la région. Des pans de muraille subsistent encore, et près de la brigade de la Gendarmerie nationale, on aperçoit des blocs de pierre taillés au milieu d’un terrain vague.
Des inscriptions témoignent d’un passé administratif et militaire bien structuré. «Beaucoup ignoraient l’importance de ce site», confie un enseignant d’histoire. «Pourtant, Auzia figurait parmi les villes majeures de l’époque romaine en Afrique du Nord». La région conserve un riche héritage historique. La ville possède des vestiges précieux : pierres bleues portant des inscriptions latines, muraille ceinturant la cité, ancienne porte en arc de triomphe, hôpital historique et théâtre à la sortie Est.
Ces éléments racontent l’histoire d’une civilisation ancienne et offrent un aperçu de la vie politique et militaire de l’époque.
«Les travaux de restauration entrepris ont permis de réhabiliter 1 700 m de la muraille, comprenant 10 bastions et 12 courtines, sur un total de 3 km», a précisé à El Moudjahid Mme Rouane, conservatrice du patrimoine culturel auprès de la Direction de la culture et des arts de la wilaya de Bouira.

Bordj Hamza et le patrimoine ottoman

Au chef-lieu, le Bordj Hamza domine la ville depuis les hauteurs de Draâ El Bordj. Cette fortification ottomane, rénovée, conserve ses murs massifs. En fin de journée, des jeunes viennent s’y asseoir, admirant la vue et mesurant le potentiel touristique du site, malgré l’absence de panneaux explicatifs. À El Hakimia, le mausolée de Ghorfet Ouled Slama reflète la dimension spirituelle et historique du patrimoine local. Plusieurs sites sont classés au patrimoine national, comme les vestiges d’Auzia.
D’autres ont bénéficié d’une protection temporaire via l’inventaire supplémentaire comme Bordj F’nar à Mezdour, mosquée d’Ath Brahim à M’Chedallah, fort turc de Bordj Okhris ou mosquée El Atik à Sour El Ghozlane. Toutefois, la fragilité du patrimoine se manifeste parfois de façon dramatique. À El Adjiba, le site romain de Tachachit reste en grande partie inexploré. «La nature privée du terrain complique les fouilles, mais des découvertes fortuites confirment la richesse du secteur comme une mosaïque antique récemment préservée par son propriétaire», déplore Mme Rouane. Malgré cette abondance de vestiges, la wilaya ne dispose pas de musée dédié. De nombreuses pièces sont transférées ailleurs ou conservées dans des locaux administratifs, freinant la sensibilisation et le développement touristique.
Le potentiel économique lié au patrimoine reste sous-exploité : tourisme culturel, circuits pédagogiques et recherche universitaire demeurent des pistes à développer. Les habitants manifestent un attachement profond à leur histoire. «La richesse existe», affirme un jeune étudiant venu récupérer des documents et archives en vue d’un mémoire de fin d’études. «Il fallait simplement lui donner la visibilité qu’elle mérite».

A. F.

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