Distante d’une vingtaine de kilomètres du chef-lieu de la wilaya de Mascara, dont elle relève sur le plan administratif, la commune de Sidi Kada se caractérise par deux aspects, que sont la spiritualité incarnée par le mausolée qui porte le nom de la localité et l’histoire, par la Smala érigée par l’Émir Abdelkader. Ces deux aspects caractéristiques de cette commune ont un dénominateur commun, celui de capter de nombreux visiteurs et touristes.
Par définition, une Smala est un regroupement d’habitations. Celle de Sidi Kada a été fondée en 1841 par l’Emir Abdelkader, elle constitue l’ossature des sites historiques implantés dans la région des Beni Chougrane. Et c’est à ce titre qu’un intérêt particulier lui est accordé. La Smala n’était pas un lieu au sens strict.
C’était une ville mobile, que l’Émir Abdelkader déplaçait, chaque fois que c'est nécessaire. Elle incarnait son projet d’un pouvoir fondé sur la foi, la discipline, le savoir et la résistance. Pendant près de deux ans, entre 1841 et 1843, cette structure nomade s’est installée à Sidi Kada, transformant ce plateau discret en un véritable centre de commandement, à la fois politique, militaire et spirituel. Classé patrimoine national en 1968, le site conserve encore un puits, un ancien hammam, ainsi qu’un monument commémoratif érigé par l’administration coloniale dans une tentative de récupération symbolique. Autour, un mur d’enceinte percé de meurtrières rappelle les menaces constantes et la vigilance imposée par la guerre. Après la perte de Mascara puis de Tagdemt à Tiaret, l'Emir Abdelkader choisit Sidi Kada pour y établir sa Smala.
Le choix n’est pas fortuit. Légèrement surélevé, protégé par les reliefs naturels et connecté aux routes vers le Sud, le lieu offrait un abri tactique. D’anciens récits évoquent une organisation millimétrée. Les tentes étaient disposées en cercles concentriques autour de celle de l’Émir. Il y avait des espaces pour la prière, l’enseignement, la médecine, la forge, les archives. Dans le calme des tentes, les hommes de savoir transmettaient la connaissance, les femmes éduquaient les enfants, et les combattants revenaient, blessés ou victorieux.
Chaque vendredi, l'Emir Abdelkader lui-même accomplissait la prière avec les fidèles, renforçant l’unité morale du groupe. Dans ce sanctuaire d’ordre et de foi, l’Émir réunissait ses conseillers, écrivait ses missives, gérait les vivres, la justice et les alliances tribales. Ce que l’on appelait la Smala n’était pas qu’un campement. C’était un système politique et une idée d’organisation moderne dans un pays morcelé et rural. Dans l’optique de préserver le lieu en bon état, un projet de réhabilitation du site historique de la Smala de l’Émir Abdelkader est en phase finale.
Ce projet qui s’inscrit dans le cadre du programme du ministère de la Culture a un écho favorable et, selon les explications fournies par les responsables de la direction des travaux de réhabilitation de ce site historique ont nécessité une enveloppe financière de 30 millions de dinars, autour des opérations relatives à l’aménagement et la restauration du mur d’enceinte du site, la rénovation des parties endommagées par les aléas climatiques ainsi que la réhabilitation du hammam. Les travaux ont trait également à l’étanchéité de la bâtisse, la réparation des murs et la restauration de la coupole.
Dans le même contexte sont portés les travaux d’aménagement extérieur et de réhabilitation du système de drainage des eaux. Le projet a englobé également le traitement des oliviers de ce site historique avec le concours des spécialistes des instituts techniques relevant de la tutelle du ministère de l’Agriculture et du Développement rural. Dans le cadre de l’extension de ce site figure la création des espaces pour les enfants ainsi que trois zones réservées à des activités commerciales et des services.
A. B.
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A la recherche de la solution miracle

Outre l’aspect historique, la commune de Sidi Kada se singularise par le mausolée qui reste la destination privilégiée des milliers de citoyens, dont une grande partie de femmes, un lieu qui accueille au quotidien toutes les catégories de citoyens en quête de solutions à leurs multiples problèmes. De ce fait, rares sont les gens de la région qui ignorent ce site religieux le plus fréquenté, aux nombreuse vocations.
En effet, depuis des décennies, ce lieu de culte est visité quotidiennement et à longueur de journée par des milliers de citoyens qui affluent de tous les coins du pays, particulièrement les nouvelles mariées qui tardent à enregistrer leur première grossesse. Cet engouement populaire est encouragé par les exemples cités par l’histoire attribuée à ce mausolée, laquelle relate que plusieurs femmes condamnées par leurs proches comme étant stériles ont enfanté après la troisième visite.
Pour mesurer l’importance accordée à ce mausolée par la société civile de la région ouest du pays et même au-delà, il y a lieu de relever les plaques d’immatriculation des véhicules de tourisme ainsi que celles des dizaines de bus qui permettent le déplacement de milliers de jeunes et moins jeunes des deux sexes qui manifestent leur satisfaction à répondre à ce besoin spirituel. Après un bref passage au mausolée, les visiteurs se retrouvent plus bas sur les espaces libres en prenant le soin d’occuper les endroits à l’ombre sous les arbres puis se regrouper et étaler, nourriture et boissons pour ensuite s’adonner à des repas rustiques et à l’organisation des barbecues puisque les circonstances le permettent. Des espaces sont également réservés aux enfants leur permettant de s’adonner à leurs jeux favoris loin de tout danger, ce qui met en évidence la sécurité des lieux.
Mettant à profit la proximité des regroupements, certains visiteurs n’hésitent pas à nouer contact et entamer des discussions qui s’articulent le plus souvent autour des bienfaits ressentis à la suite de ces visites. Certains visiteurs qui se sont rencontrés sur les lieux lors de leurs déplacements au mausolée ont gardé le contact et entretiennent toujours des relations amicales. Certaines familles se sont même rapprochées davantage et sont unies par les liens du mariage. Outre ces rencontres issues des visites aux lieux saints, les pèlerins peuvent s’adonner à l’achat de divers articles exposés à même le sol ou étalés par les commerçants ambulants présents sur les lieux pour les circonstances.
A. B.
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Un trésor culturel à préserver
La culture symbolisée par la Smala est mise en exergue de par la présence d’un riche patrimoine culturel sur le territoire de ce village symbolisé par une stèle érigée à la mémoire du fondateur du premier Etat algérien moderne. En effet l’Émir Abdelkader a marqué son passage dans cette région en se faisant construire un bain dont les vestiges restaurés à maintes reprises afin que leur état initial soit préservé sont jalousement conservés et bien gardés. Eu égard à la valeur de ce précieux trésor culturel, ces monuments sont classés et légués à la Direction de la culture de la wilaya de Mascara qui assure leur gestion.
«Depuis plusieurs années, des délégations émanant tant de l’intérieur que de l’étranger manifestent leur volonté de visiter la Smala. Les Américains de la ville d’El-Kader visitent régulièrement la Smala et affichent leur satisfaction à chacun de leurs passages», a relaté Mohamed, l’un des gardiens du temple. De par le mythique personnage de l’Émir Abdelkader qui a séjourné dans cette région, la commune de Sidi Kada est entrée dans l’histoire du pays, un statut dont la population relate avec fierté et qui est transmis de génération en génération. Dans le même contexte, partagé entre l’étiquette historique et celle liée à la culture, les élus locaux et le plus commun des citoyens évoquent la tombe au fond de laquelle est enterré Mahiedine, le père de l’Émir sur le territoire de leur commune.
Selon un pompiste qui exerce à la station-service située à quelques mètres seulement du site : «La Smala est visitée quotidiennement par des gens venus de partout. Certains n’hésitent pas à passer la nuit à la belle étoile». Outre tous ces facteurs favorables et une situation géographique idéale puisque se trouvant sur la RN14 reliant Mascara à Tiaret, la commune de Sidi Kada dispose de plusieurs sites susceptibles d’attirer les investisseurs pour l’exploration et l’exploitation des potentialités et la concrétisation des opérations ayant trait au développement du tourisme dans la région. Cacherou à l’époque coloniale, Sidi Kada est l’une des plus anciennes communes de la wilaya de Mascara puisque sa création remonte à l’an 1870 avec le cachet particulier de commune mixte. Elle s’étend sur une superficie de 102 km2 et compte actuellement plus de 25 000 habitants.
A. B.