Parmi les grandes figures intellectuelles qu’a connues la ville de Constantine, le nom d’Abdelhamid Ben Badis occupe une place particulière. Né en 1889 dans une famille de notables constantinois, il grandit dans un environnement où la connaissance religieuse et la culture arabe occupaient une place centrale. Très tôt, le jeune Ben Badis se distingue par sa passion pour l’étude et sa grande curiosité intellectuelle.
Après ses premières études à Constantine, il part poursuivre sa formation dans l’un des plus prestigieux centres du savoir islamique : l’université de Al-Azhar au Caire. Là, il approfondit les sciences religieuses, la jurisprudence, la langue arabe et la pensée islamique. Ce séjour au Moyen-Orient marque profondément sa vision du monde et nourrit son désir de réformer l’enseignement religieux dans son pays.
De retour en Algérie au début du XXᵉ siècle, Ben Badis entreprend une œuvre immense : réveiller la conscience culturelle et religieuse des Algériens à une époque où le pays est encore sous domination coloniale. Il commence à enseigner dans les mosquées de Constantine, notamment à la célèbre Mosquée Sidi Lakhdar, où ses cours attirent rapidement de nombreux élèves. Ses leçons ne se limitent pas à la théologie : il insiste sur la langue arabe, l’histoire, la morale et l’importance du savoir.
Convaincu que l’éducation est la clé du renouveau, Ben Badis participe en 1931 à la création de l’Association des oulémas musulmans algériens. Cette organisation jouera un rôle majeur dans la diffusion de l’enseignement religieux, la promotion de la langue arabe et la défense de l’identité culturelle algérienne. À travers des écoles, des journaux et des conférences, l’association contribue à former toute une génération d’intellectuels et d’enseignants.
Ben Badis est également un homme de plume. Il dirige plusieurs publications, dont le journal Al-Chihab, dans lequel il publie des articles de réflexion, des commentaires coraniques et des textes appelant à la réforme morale et intellectuelle de la société. Son discours est à la fois profondément ancré dans la tradition islamique et ouvert aux exigences du monde moderne.
Face à la domination coloniale française, Abdelhamid Ben Badis adopte une forme de résistance fondée avant tout sur la culture et l’éducation. Convaincu que l’effacement de la langue arabe et de l’identité musulmane constituait l’un des objectifs majeurs du système colonial, il s’attache à défendre ce qu’il considère comme les fondements de la société algérienne : la foi, la langue et la mémoire historique.
À travers ses prêches, ses écrits et les écoles créées par l’Association des oulémas musulmans algériens, il encourage les Algériens à préserver leur identité spirituelle et culturelle. Sa célèbre formule, souvent citée, résume cette vision : «L’Algérie est notre patrie, l’islam est notre religion et l’arabe est notre langue». Dans un contexte colonial marqué par les politiques d’assimilation, cette affirmation devient un véritable acte de résistance intellectuelle et morale.
Lorsqu’il meurt en 1940, à seulement 51 ans, l’émotion est immense à Constantine et dans toute l’Algérie. Son héritage intellectuel et spirituel reste pourtant vivant. Ses idées sur l’éducation, la foi et la dignité nationale ont profondément marqué l’histoire du pays.
Aujourd’hui encore, Abdelhamid Ben Badis est considéré comme l’un des plus grands réformateurs musulmans d’Afrique du Nord. À Constantine, son souvenir demeure omniprésent : écoles, institutions et centres culturels portent son nom, rappelant l’influence durable de ce savant qui avait fait de la connaissance et de la foi les piliers du renouveau de son peuple.
A. Z