Donald Trump déclare «envisager sérieusement» quitter l’organisation, fondée en 1949 à Washington, au motif que les alliés européens, notamment le Royaume-Uni et la France, ont tourné le dos à la demande américaine de contribuer à la sécurisation du détroit d’Ormuz.
L’escalade militaire au Moyen-Orient peut décidément avoir des conséquences pour le moins inattendues. Donald Trump dit n’envisager rien de moins que le retrait des Etats Unis de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), en réaction au manque de coopération des alliés européens dans le contexte du conflit qui secoue la région depuis cinq semaines.
Dans un entretien accordé au quotidien britannique de référence, The Telegraph, publié hier, le Président américain déclare en effet «envisager sérieusement» plier bagage de l’Organisation, fondée en 1949 à Washington, au motif que les alliés européens, notamment le Royaume-Uni et la France, se sont montrés très peu solidaires et ont tourné le dos à la demande américaine de contribuer à la sécurisation du détroit d’Ormuz.
Les Etats-Unis ont «toujours été là, y compris en Ukraine. L’Ukraine n'était pas notre problème. C'était un test, et nous étions là pour eux. Eux, en revanche, n'étaient pas là pour nous», a-t-il notamment argué, dans la veine des reproches abrupts formulés durant l’année à l’égard d’une alliance qu’il qualifie désormais de « tigre en papiers ».
La colère de la Maison-Blanche semble bien réelle en tous cas cette fois, puisque Marco Rubio, le Secrétaire d’Etat avait, de son côté, jugé, la veille, dans une interview à la chaine Fox News, que «il ne fait malheureusement aucun doute qu’une fois ce conflit terminé (au Moyen Orient), nous devrons réexaminer cette relation. Nous devrons réexaminer l’intérêt que présente l’Otan pour notre pays dans le cadre de cette alliance».
Trois mois après l’ «accord» qui avait mis fin, sinon mis en sourdine, la crise du Groenland - épisode qui s’acheminait directement vers une crise existentielle majeure au sein de l’alliance - la question de l’avenir de la relation entre les Etats-Unis et ses alliés occidentaux est plus que jamais posée, approfondissant davantage une faille qui peut aller manifestement jusqu’à la rupture historique.
Donald Trump devait, hier soir, préciser ses intentions lors d’un très attendu «discours à la nation», consacré essentiellement à la guerre en Iran et ses perspectives.
Le chaud et le froid
Sur ce sujet, la rhétorique globale reste déroutante quant aux évolutions du conflit à court terme.
Entre annonces d’intensification des frappes, leur élargissement à des compartiments de cibles plus larges, et des projections de fin proche des hostilités, l’incertitude reste la seule donne dominante depuis plusieurs jours. Donald Trump a suggéré avant-hier une trajectoire nouvelle aux événements, en tablant sur le retrait américain dans les quelques semaines à venir, sans condition d'accord avec Téhéran.
Dans un discours mêlant menaces et concessions, le Président américain a en effet affirmé mardi que les États-Unis quitteraient l'Iran «très bientôt», en «deux ou trois semaines», peu importe qu’un accord avec la République islamique soit conclu ou pas. Evoquant les retombées économiques du conflit, avec notamment cette fièvre carabinée qui s’est emparée du marché pétrolier, il concède que «tout ce que j'ai à faire c'est partir de l'Iran et nous le ferons très bientôt», laissant par ailleurs entendre que sur la question du blocage du détroit d’Ormuz, les Etats-Unis n’étaient pas plus concernés que d’autres. «Si la France ou un autre pays veut son pétrole ou son gaz, ils iront tout droit dans le détroit d'Ormuz et se débrouilleront tout seuls», a-t-il ajouté. Ces propos ont de nouveau été nuancés dans la journée d’hier par Donald Trump conditionnant tout cessez-le-feu avec Téhéran à la libération du passage au détroit.
C’est donc un président américain assez différent de celui, qui, il y a deux jours, évoquait la possibilité d’ «anéantir» l’île iranienne de Kharg et ses complexes pétroliers qui a pris la parole, sans doute alerté plus qu’avant par la persistance de la tension sur les marchés des hydrocarbures et le poids de la crise sur les pays du Golfe.
Le 22 mars dernier, après un pic spectaculaire dans les cours du Brent, Donald Trump s’était empressé de publier des messages sur son réseau Truth social, indiquant que des «conversations productives» étaient en cours avec Téhéran pour une fin prochaine des hostilités. Les cours avaient de suite amorcé une tendance immédiate à la baisse. L’effet ne fut cependant que temporaire, après la poursuite des échanges de frappes et de salves de missiles et de drones. Hier, le prix de Brent de la mer du Nord, pour livraison en juin, perdait 2,27% et se cotait à 101,61 dollars.
M. S.