Cinq semaines d’escalade militaire au Moyen-Orient : le statu quo de tous les dangers

Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU, a averti jeudi que le monde se trouve aujourd’hui «au bord d’une guerre plus large qui engloutirait le Moyen-Orient, avec des impacts dramatiques à travers la planète».

L’adresse à la nation faite mercredi soir par le Président américain a finalement pris à contre-pied les pronostics sur une éventuelle rectification de la trajectoire de la guerre au Moyen-Orient. Durant un discours concentré inhabituellement sur moins de vingt minutes, Donald Trump a seulement réitéré que les Etats-Unis étaient sur le point de réaliser les «objectifs stratégiques» de la campagne, menaçant Téhéran d’un surcroît d’escalade, pouvant renvoyer la République islamique à l’ «âge de pierre» dans les «deux ou trois semaines» qu’il impartit désormais à la guerre. Pour de nombreux analystes, ce discours, le premier depuis l’annonce des débuts des frappes au matin du 28 février dernier, consacre un statut quo des enjeux et de la configuration opérationnelle sur le terrain, voire peut annoncer un palier supérieur dans l’escalade.

Au demeurant, le ciblage des infrastructures civiles, dont les installations énergétiques, n’est plus exclu et les développements qui sont intervenus dans les 24 heures qui ont suivi ont confirmé cette option. L’acte le plus symbolique, même s’il n’est pas d’un grand impact stratégique, est la frappe qui a ciblé un pont en construction reliant Téhéran à la ville de Karaj, tuant sur les lieux près de huit personnes, selon des correspondants de médias qui se sont rendus sur place. Opération au demeurant commentée par le Président américain sur son réseau truth social en forme d’avertissement quant à ce qui attend l’Iran dans les jours et semaines qui arrivent.

Le Moyen-Orient «englouti»

Le message semble être reçu cinq sur cinq par les autorités iraniennes, puisque le ministre de Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a vite fait de tweeter en réaction que les destructions du réseau d’infrastructures témoignent de l’échec de l’«ennemi» à réaliser ses objectifs militaires, et que cela ne pourra pas entamer la résilience de l’Iran.

Selon les autorités à Téhéran, les frappes ont par ailleurs ciblé l’institut Pasteur iranien «le plus ancien et le plus prestigieux centre de recherche et de santé publique d’Iran et de tout le Moyen-Orient». Le président Massoud Pezeshkian, en sa qualité de médecin, en a officiellement interpelé l’OMS, réclamant que l’organisation dénonce un crime de guerre caractérisé.

Les deux principales aciéries du pays ont été par ailleurs bombardées et forcées à l’arrêt. On en est donc globalement au point de départ cinq semaines bouclées après l’emballement de l’escalade, avec des marges d’aggravation ouvertes sur les réseaux d’infrastructures civiles assumées par les deux parties. Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU, a averti jeudi que le monde se trouve aujourd’hui «au bord d’une guerre plus large qui engloutirait le Moyen-Orient, avec des impacts dramatiques à travers la planète», appelant les belligérants à une cessation immédiate des hostilités.

L’appel risque cependant de se perdre dans le fracas assourdissant de la guerre. Hier, vendredi, les communiqués croisés ont de nouveau fait état de frappes sur de nouvelles cibles sur le territoire iranien, dont le nombre dépasse désormais les 20 000 depuis le déclenchement de l’escalade, selon le CENTCOM (United States Central Command), le commandement unifié de l’armée américaine pour le Moyen-Orient.

Détroit et goulot d’étranglement

L’Iran revendique le lancement de la 92e vague de riposte, avec de nouvelles salves de missiles et de drones, toujours plus performantes en termes de portée et de létalité, selon les communiqués du Corps des gardiens de la Révolution. Outre les cibles sionistes en territoires palestiniens occupés, où l’on dénombre près de 5 millions de personnes qui ont recouru aux abris depuis un mois, les frappes iraniennes continuent par ailleurs à s’abattre sur une variété de cibles dans les pays du Golfe, dont des installations énergétiques. Ainsi, une centrale électrique et de dessalement d’eau a été touchée par une attaque au Koweït, hier matin, causant des dégâts matériels, selon un communiqué du gouvernement koweitien qui signale d’autre part des incendies dans une raffinerie après une attaque de drones.

L’alerte demeure maximale également au Bahreïn, alors qu’aux Emirats arabes unis, le pays le plus visé, un complexe gazier d’importance a été fermé à Abou Dhabi après propagation des débris d’une attaque interceptée. Rien ne semble pour l’heure enrayer l’engrenage destructeur de l’escalade alors que le choc énergétique continue à s’amplifier en raison du blocage du détroit d’Ormuz et de la cascade de fermetures de raffineries et d’installation pétrolières et gazières dans le Golfe.

Selon les experts, la crise va entrer dans l’aigu, durant la semaine ou deux qui arrivent, après épuisement des derniers approvisionnements au quatre coins de la planète avec des seuils plus critiques encore en Asie, sur les hydrocarbures, mais aussi sur une série de sous produits, dont les engrais. Le chaos dans les chaînes logistiques mondiales affecte par ailleurs exponentiellement le transit de produits alimentaires et médicaux conférant une dimension mondiale au conflit.

M. S.

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