Funérailles solennelles de l’ancien Président et moudjahid Liamine Zeroual : l’Algérie unie dans le recueillement

  • L’inhumation a eu lieu après la prière du Dohr au cimetière central de Bouzourane à Batna.
  • Des milliers de citoyens venus de toutes les régions du pays ont rendu un dernier hommage au défunt.

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, le président du Conseil de la nation, Azouz Nasri, le président de l’Assemblée populaire nationale, Ibrahim Boughali et le général d’armée Saïd Chanegriha, ministre délégué de la Défense nationale ont assisté, hier, à l’enterrement de l’ancien président et moudjahid Liamine Zeroual. Les funérailles ont également réuni des membres du gouvernement, les hauts cadres de l’Etat aux côtés des responsables locaux, elles se sont déroulées en présence de milliers de citoyens composés de la population de Batna et de toutes les régions du pays venus massivement pour rendre un dernier hommage à l’ancien chef de l’État, aimé et respecté par la nation entière. La capitale des Aurès, bastion historique de la Révolution de Novembre 1954, se dressait dès le lever du jour comme un écrin de mémoire, accueillant en son sein un de ses fils les plus illustres, rappelé à Dieu à l’âge de 84 ans après une longue maladie. « Il était des nôtres, il est resté des nôtres jusqu’au bout », affirme, les larmes aux yeux, Samir Bouguane, un résident de la ville, ému, rencontré au milieu d’une foule dense rassemblée aux allées Mustapha Ben Boulaid, adresse du siège de la wilaya, où la dépouille du défunt a été exposée pour un ultime hommage. Sous un ciel mêlant nuages et éclaircies, une marée humaine était rassemblée dans le même élan de mémoire, dans une atmosphère pesante de recueillement. Des hommes de différents âges occupaient l’espace avec une présence silencieuse. Certains debout, immobiles, d’autres engagés dans des échanges à voix basse, leurs visages marqués par la gravité et une forme de retenue digne.
De manière parfaitement ordonnée, ils étaient rassemblés tout le long de la rue, affichant une posture collective exprimant à la fois respect, attente et gravité, l’esprit résolument tourné vers l’endroit où se tenait l’hommage officiel. Une vieille femme, légèrement en retrait, vêtue d’un manteau sombre, ajustait son couvre-chef, le regard absorbé par l’atmosphère environnante. La gente féminine était en effet présente en grand nombre au sein de la population, dont l’attrait essentiel est celui d’une diversité sociale et générationnelle, signe d’un peuple venu de différentes wilayas pour saluer une dernière fois une figure emblématique de la nation.
Tout autour des allées Ben Boulaid, des façades urbaines alternaient entre bâtiments anciens et structures inachevées, témoignant d’une ville en mutation, tandis que quelques commerces aux enseignes colorées contrastaient avec la sobriété de la foule, comme si la vie quotidienne s’était momentanément suspendue pour laisser place au devoir de mémoire. Au loin, on distinguait un dispositif plus structuré, des silhouettes en uniforme et des regroupements organisés, suggérant le caractère solennel de la cérémonie. Les arbres dénudés qui bordaient la rue témoignent d’une saison froide et de recueillement, comme si la nature elle-même participait à cette atmosphère de deuil.
Puis s’ensuivit l’instant de l’acheminement vers le cimetière Bouzourane sous une fine pluie, avec ces gouttes qui semblaient se mêler aux larmes retenues. Il pleuvait sur la ville comme il pleuvait dans les cœurs des millions d’Algériens hier.
Parmi la foule qui cheminait lentement, Asma S., 22 ans, étudiante en génie industriel venue de Batna, livra un témoignage empreint de fierté juvénile. L’étudiante explique que le défunt président était une personne d’un grand courage, qu’il avait énormément travaillé pour son pays, et qu’aujourd’hui, les jeunes étaient profondément émus par cette disparition inattendue. Une autre voix s’éleva, celle de Chérif Bouab, avocat agréé à la Cour suprême venu de Jijel, et dont la parole se fit plus grave pour dire que cette disparition était une perte tragique, et pour lancer un simple « bonne route » à l’homme qu’il connaissait depuis 1976.
« Un homme de principe pour qui la parole vaut son pesant d’or », a-t-il témoigné. Près de lui, Mme Fedhaoui, venue de Sétif, les yeux embués de larmes, dit l’immense perte d’un grand moudjahid, d’un président que le peuple porte dans son cœur

«Nous ne sommes pas venus seulement pour dire adieu, mais aussi pour dire merci.»

Le cortège finit par atteindre les abords du cimetière Bouzourane, où le lieu était noir de monde, saturé de présence humaine et de silence habité. L’accès était strictement contrôlé, et les agents de l’ordre encadraient la foule avec une fermeté discrète, laissant passer uniquement les délégations officielles et les proches, tandis que des milliers de regards restaient braqués sur l’entrée du cimetière.
« Nous ne sommes pas venus seulement pour dire adieu, nous sommes venus pour dire merci », confia pour sa part un jeune homme, la voix nouée, venu de Constantine pour assister à l’enterrement. Après la prière du Dohr, dont les échos s’élevèrent dans un silence total, l’inhumation a eu lieu dans la terre encore humide du cimetière Bouzourane. Au moment de la mise en terre, un frisson, perceptible, parcourut tous les esprits présents, tandis que les prières s’élevaient, murmurées à voix basse. Dans cette terre de Batna, où reposent déjà d’innombrables martyrs, l’inhumation de Liamine Zeroual prit une dimension particulière, presque symbolique, comme un retour aux sources. « Les hommes comme lui ne meurent pas vraiment », affirma un vieux enveloppé de sa kachabia, cette tunique à capuche très prisée par la population des Aurès. Il était accompagné de ses deux enfants, comme pour leur transmettre le sens de cet instant : « Ils continuent de vivre dans ce qu’ils ont construit, dans ce qu’ils ont défendu, dans ce qu’ils ont laissé derrière eux. » Et tandis que la foule commençait lentement à se disperser, dans un silence toujours aussi dense, chacun emportait avec lui une part de ce moment, comme un fragment de mémoire collective qui, désormais, s’inscrit durablement dans l’histoire du pays, laissant derrière lui non pas un vide, mais une présence autrement inscrite, plus intime, plus profonde, dans le cœur d’un peuple qui n’oublie pas ceux qui l’ont servi avec honneur et fidélité.

K. A.

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