Contribution – 19 mars 1962 : la double défaite du colonialisme

L’Algérie célèbre aujourd’hui la Fête de la Victoire, commémorant l’anniversaire du cessez-le-feu du 19 mars 1962… Soixante-quatre années se sont écoulées depuis cette étape historique et immortelle qui a couronné la glorieuse Révolution du 1er Novembre 1954 et mis fin à un long colonialisme de peuplement, et élevé haut le drapeau de la victoire aux yeux du monde entier. La Fête de la Victoire revient, une nouvelle fois, rappeler à ceux qui l’auraient oublié que la volonté des grandes nations ne peut être vaincue, quelles que soient les épreuves auxquelles elles sont confrontées ; que les sacrifices des peuples libres ne sont jamais vains ; et que leur lutte pour la dignité, la liberté et la souveraineté ne peut trouver d’issue que dans la victoire.

Le 19 mars 1962 a été forgé par l’héroïsme, la résistance et l’unité du peuple algérien, qui s’est rassemblé autour de sa Révolution, s’est attaché à ses principes et a fait face à toutes les tentatives coloniales ignobles visant à semer le doute sur ses décisions et sur sa direction. Il a également enduré la brutalité et la folie des colons qui s’accrochaient à l’illusion d’une «Algérie française», pensant que 132 années suffiraient à falsifier les vérités de l’histoire, à substituer un peuple à un autre, une identité à une autre, et à s’approprier une terre bénie qui, au fil des siècles, a toujours rejeté les envahisseurs. La décision d’organiser un référendum d’autodétermination, qui a suivi le cessez-le-feu, fut une gifle retentissante infligée à la pensée coloniale aveugle. Elle constitua une nouvelle preuve de la faillite de sa logique arrogante et corrompue, ainsi qu’une rectification d’un chemin dévié que le colonialisme français s’efforçait de maintenir dans l’injustice, la violence et la tyrannie.

La reconnaissance du référendum d’autodétermination a été une consécration de la parole du peuple, qui avait mené une guerre existentielle, et l’affirmation qu’il n’y avait d’autre issue que de se référer à sa volonté, de se soumettre à son choix et d’exécuter sa décision — celle que les générations se sont transmise depuis 1830, dans le secret comme au grand jour : l’indépendance totale. Je me souviens avec fierté et émotion des célébrations des Algériennes et des Algériens à l’annonce de la décision de cessez-le-feu, après de difficiles négociations menées par de valeureux héros du Gouvernement provisoire de la République algérienne.

Celles-ci furent conduites avec une détermination révolutionnaire qui a ébranlé l’arrogance coloniale et avec une intelligence diplomatique singulière qui a contraint le colonisateur français à se confronter à lui-même comme entité étrangère à l’Algérie, en reconnaissant son indépendance et en admettant que ses tentatives d’étouffer la Révolution de Novembre avaient subi un échec retentissant face à un peuple uni, qui a relégué toutes les appartenances au second plan au profit de la seule patrie.

Le peuple s’est rassemblé autour du Front de libération nationale, porté par un patriotisme sincère, et autour de l’Armée de libération nationale, prête à la victoire ou au sacrifice suprême. Les Algériens ont célébré ensemble comme ils ont combattu ensemble ; ils se sont rendus unis aux urnes du référendum et ont soutenu — sans la moindre hésitation — l’exigence d’indépendance par un seul « oui », sans « non ». Le recours au référendum a constitué en lui-même une victoire éclatante pour la Révolution : à travers lui, le colonialisme a été vaincu deux fois, une première fois par la force des armes et une seconde par la force du choix.

L’annonce du cessez-le-feu, bien qu’elle soit devenue une fête qui suscite joie et fierté face aux gloires et aux victoires de la Nation, ravive aussi dans ma mémoire les tragédies et les horreurs que nous avons traversées durant cette période coloniale difficile, ainsi que les massacres qui ont coûté la vie à des millions d’âmes innocentes, en Algérie et au-delà. La victoire est ainsi intervenue avec une grandeur proportionnelle à l’ampleur des crimes commis par le colonialisme français contre les Algériennes et les Algériens, à la brutalité du génocide et de la répression sanglante opposés à leur courage et à leur détermination à concrétiser les objectifs tracés par la Révolution.

La victoire n’a pas été facile, et les armes ne se sont tues le 19 mars 1962 qu’après un long et difficile processus de négociations, des batailles politiques, militaires, diplomatiques et juridiques acharnées, et après une cohésion solide par laquelle les Algériens ont fait face aux manœuvres françaises visant à semer la discorde et à saboter la Révolution de l’intérieur. Le colonisateur a également tenté d’enjoliver ses intentions malveillantes par des initiatives empoisonnées, cherchant à troquer la «Révolution des braves» contre la «paix des braves», deux notions qui ne sauraient être assimilées.

L’administration coloniale, sous la direction du général Charles de Gaulle, s’est débattue entre plusieurs options vouées à l’échec pour tenter d’endiguer la colère révolutionnaire qui embrasait l’Algérie, avant d’aboutir à un seul choix : se plier aux exigences de la Révolution afin de sauver la France et le peuple français. Parallèlement, l’Organisation de l’armée secrète (OAS), organisation terroriste, a semé la mort et la destruction dans le but de maintenir la présence française dans une Algérie qu’elle voulait garder en otage, afin de continuer à puiser indûment dans ses richesses. Des centaines de martyrs sont tombés durant cette période sombre et tragique.

Les crimes de l’OAS dans les dernières années du colonialisme en Algérie font frémir d’indignation. Parmi eux, figure l’incendie de la bibliothèque centrale de l’Université d’Alger, dont les précieux trésors ont été détruits dans un déchaînement de haine mêlé au choc de la défaite. Cette rancœur héritée à travers les générations de nouveaux colonialistes continue encore aujourd’hui à diffuser son fiel dans certains milieux officiels français : les héritiers de cette organisation extrémiste sont précisément ceux qui s’emploient à attiser les tensions et à semer la haine et le racisme à l’encontre du peuple algérien.

Du cessez-le-feu à l’organisation du référendum d’autodétermination du 3 juillet 1962, quelques mois seulement se sont écoulés, mais ils furent lourdement chargés d’événements historiques majeurs, au premier rang desquels figure le Congrès de Tripoli, tenu du 27 mai au 4 juin 1962, consacré à l’examen des modalités de concrétisation des fondements de l’Algérie indépendante tel que définis dans la proclamation du 1er Novembre. Il n’était pas nécessaire d’attendre le résultat du référendum : il fallait avancer résolument vers l’avenir. De ce congrès est issue la Plateforme de Tripoli, qui comportait des décisions s’apparentant aux décrets d’application de la Déclaration du 1er Novembre 1954. Elle a recueilli un quasi-consensus parmi les participants autour des grandes orientations de l’Algérie indépendante, ainsi qu’un accord complet sur plusieurs points essentiels, notamment la transformation du Front de libération nationale en parti politique et la transformation de l’Armée de libération nationale en Armée nationale populaire, afin qu’elle en soit la digne héritière et demeure à jamais liée à la Nation et au peuple. Certes, des divergences sont apparues concernant la forme de la direction et plusieurs choix envisagés à l’époque, ce qui s’est répercuté sur les premières années de l’indépendance.

Toutefois, cela n’enlève rien à l’importance majeure de ce document, qui marque le début d’une étape charnière de l’histoire de l’Algérie. Aujourd’hui encore, soixante-quatre ans plus tard, la victoire demeure en Algérie une conviction profondément ancrée, partagée par les dirigeants comme par le peuple. L’esprit de Novembre continue de vivre en nous, et sa flamme reste ardente dans nos cœurs, sans jamais faiblir ni s’éteindre. Nos victoires se poursuivent, notre unité demeure et notre passé est gravé dans notre mémoire ; il accompagne notre présent et guide notre marche vers un avenir riche en réalisations et en succès dans tous les domaines.

La Fête de la Victoire est un jour de mémoire, mais aussi des jours successifs de labeur pour préserver l’héritage des martyrs et accomplir leur testament éternel que j’ai entendu de leur bouche en maintes circonstances de sacrifice : «Prenez soin de l’Algérie.» L’Algérie victorieuse, sous la conduite du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, est restée fidèle à ce testament en ravivant l’esprit de Novembre dans les fondements de l’État social et démocratique, prôné par la proclamation de la Révolution, et en redonnant à la mémoire nationale toute sa vitalité et la place qui lui revient dans le présent de la Nation, en tant que réservoir d’enseignements et de leçons de l’histoire. Et parce que Novembre n’apporte que le bien, l’Algérie de Novembre a remporté des victoires dans ses grandes batailles pour consacrer l’indépendance de ses décisions politiques et économiques, et pour parachever l’édification d’un État fort, sûr, stable et prospère, où règnent la loi et le respect des libertés et des droits, fondé sur une économie nouvelle, diversifiée, libérée et performante.

Une économie dans laquelle la souveraineté n’est pas hypothéquée, mais renforcée par une souveraineté économique globale. Dans cette perspective, je dirai que la Fête de la Victoire a retrouvé toute sa signification le jour de l’inauguration de la Mine de Gara Djebilet et du lancement de la ligne ferroviaire minière transsaharienne. Cet accomplissement historique a ravivé le souvenir des tentatives du colonialisme français de marchander les richesses souterraines de l’Algérie et de troquer son indépendance contre la séparation du Sud. Il a également ravivé la fierté suscitée par la fermeté de la délégation algérienne lors des négociations, attachée à une Algérie unie et indivisible, dans son peuple comme dans son territoire.

La mine de Gara Djebilet est, en réalité, bien plus qu’une nouvelle source de richesse économique et plus qu’un projet stratégique par lequel l’Algérie s’ouvre à la concurrence internationale. Elle est la confirmation de la victoire remportée par la Révolution de Novembre au prix du sang et des sacrifices du peuple, et la preuve que l’Algérie, qui fait de la Révolution du 1er Novembre sa référence, qui exalte ses principes et marche à la lumière de sa Déclaration, connaîtra encore des épopées politiques et économiques qui enrichiront le bilan de ses victoires et imposeront au monde le respect et la reconnaissance de son rôle en tant que puissance régionale influente. Au niveau international également, la victoire accompagne l’Algérie dans les forums diplomatiques mondiaux. Sa voix s’élève avec force et vérité dans les conseils et organisations internationales et continentales.

Elle y défend, avec courage et une clarté rare, les droits des peuples opprimés et reste fidèle à ses principes novembristes constants, qui s’opposent au colonialisme sous toutes ses formes et soutiennent le droit des peuples à la liberté, à la souveraineté, à la dignité et à l’autodétermination. Nous sommes, comme en témoigne l’histoire, un peuple riche d’expériences dans l’art de forger la victoire et d’en faire jaillir la flamme des cendres de la souffrance, des épreuves et des crises. Les fondements de la victoire sont en nous et viennent de nous : ils sont enracinés au plus profond de notre identité, qui a résisté aux tentatives systématiques de dénaturation ; préservés dans notre culture séculaire ; incarnés dans notre unité et notre solidarité ; et gravés dans notre mémoire nationale riche d’un glorieux héritage révolutionnaire.

La victoire est le fruit de la patience, de la persévérance, de la conviction et de l’engagement. Le 19 mars 1962 est l’œuvre de générations successives, depuis le premier acte de résistance face aux armées d’occupation en 1830 jusqu’à la dernière balle qui a contraint l’occupant à revenir à la table des négociations pour écrire de sa main la fin de sa présence. Que tel soit le message : que les nouvelles générations veillent à garder confiance en l’avenir, à préserver l’unité, à faire preuve de persévérance et à se rassembler autour des femmes et des hommes sincèrement dévoués à l’Algérie.

Vive l’Algérie ! Gloire et éternité à nos valeureux martyrs !

La fête de la Victoire a retrouvé toute sa signification le jour de l’inauguration de la mine de Gara Djebilet et du lancement de la ligne ferroviaire minière transsaharienne.

Les résolutions du Congrès de Tripoli constituent, en quelque sorte, les décrets d’application de la Déclaration du 1er Novembre 1954. Quant au colonialisme français, il a été vaincu à deux reprises : une première fois par la force des armes et une seconde par la force du choix.

Les crimes de l’Organisation de l’armée secrète (OAS), organisation terroriste, sont de ceux qui font frémir d’indignation ; et les vestiges de cette idéologie sont aujourd’hui encore ceux qui sèment la haine à l’égard du peuple algérien.

Par le moudjahid Salah Goudjil

Multimedia