Il y a 67 ans, tombaient au champ d’honneur, les colonels Amirouche Aït Hamouda et Si El Haouès : deux symboles de l’unité nationale

Les sacrifices consentis par ces deux valeureux colonels et l’ensemble des martyrs et moudjahidine doivent être considérés, respectés et enseignés à la génération actuelle et celles à venir.

Le Musée régional du Moudjahid de Tizi-Ouzou a abrité, hier, les activités commémoratives du 67e anniversaire de la mort en martyr de deux figures emblématiques de la guerre de Libération nationale, en l’occurrence les colonels Amirouche Aït Hamouda et Si El Haouès. La cérémonie de commémoration a été présidée par le wali, Aboubakr Seddik Boucetta, en présence d’un vice-président de l’Assemblée populaire de wilaya, des membres de la commission sécuritaire, des parlementaires des deux chambres, des représentants de la famille révolutionnaire, des présidents des Assemblées populaires communales, des chefs de daïras de Tizi-Ouzou et de Béni Yenni, des représentants de la société civile, ainsi que d’un large public. Organisée par la fondation colonel Amirouche Aït Hamouda, en collaboration avec la radio de Tizi-Ouzou et le Musée régional du Moudjahid, cet hommage a constitué une halte pour rappeler le rôle pivot qu’ont joué ces deux héros dans l’organisation de la lutte armée contre le colonialisme et la consolidation de l’unité des rangs de l’Armée de libération nationale (ALN) tout au long de la glorieuse révolution. Cette halte a été également saisie pour mettre en exergue l’attachement des deux colonels à l’unité nationale et de son peuple à travers leur lutte acharnée pour la libération de tout le territoire national du joug colonial. Les sacrifices consentis par ces deux valeureux colonels et l’ensemble des martyrs et moudjahidine doivent être considérés, respectés et enseignés à la génération actuelle et celles à venir.
«Il faut s’inspirer en toutes circonstances du parcours révolutionnaire de ces deux héros», a indiqué le wali dans son allocution devant les participants à cette cérémonie. Il a également souligné l’importance de cette halte commémorative pour la transmission des valeurs de la Révolution fondée sur l’amour de la patrie et le principe sacré de l’unité nationale. «Les colonels Amirouche et Si El Haouès incarnent des valeurs exemplaires de patriotisme, de loyauté, de courage et de discipline révolutionnaire, malgré la rudesse des conditions.
Ils ont offert leur vie pour la libération de l’Algérie», a ajouté le wali, rappelant que «leur martyre commun, celui d’un chef issu de la Kabylie (Amirouche Aït Hamouda) et d’un autre du Sahara (Si El Haouès), symbolise l’unité du combat national et traduit le dépassement des appartenances régionales au profit d’une seule cause : l’indépendance, tout en renforçant le sentiment d’appartenance nationale et en ancrant les jeunes générations dans l’histoire de la Révolution». Dans une déclaration lue par la nièce de feu le colonel, Thanina, la fondation colonel Amirouche, a indiqué que cette commémoration n’a pas seulement un regard vers le passé, elle est aussi, et surtout, un appel vers l’avenir.
«Si nous sommes ici aujourd’hui, c’est pour rappeler, inlassablement, que l’unité de la Nation et l’intégrité du territoire ne sont pas des slogans. Ce sont des racines profondes, forgées dans le combat libérateur de notre peuple.
Ils sont le ciment qui nous a permis de résister et de vaincre. Ils doivent rester notre boussole», a-t-elle insisté, en rappelant que la commémoration de la mort de ces deux héros qui ont «tout donné pour que l’Algérie soit libre, unie et digne» est «un jour de recueillement, de méditation et de transmission».
«Le Colonel Amirouche Aït Hamouda, dont le parcours se confond avec la lutte du peuple algérien, est l’exemple vivant, lumineux, de cet attachement indéfectible à la patrie et à son unité», a aussi soutenu la fondation portant le nom de cette figure emblématique de la guerre de Libération nationale. Pour la fondation présidée par le fils du colonel, Amrane dit Nourredine, le parcours du colonel Amirouche Aït Hamouda dit une chose essentielle. «La nation ne se décrète pas, elle se construit. Elle ne s’improvise pas, elle s’incarne.
Elle exige de dépasser les particularismes, de refuser les divisions, de toujours placer l’intérêt de la Nation au-dessus des intérêts particuliers.» Amirouche, ajoute la fondation, «n’a jamais opposé les Algériens les uns aux autres. Il a rassemblé. Il a uni. Il a combattu pour que l’Algérie soit une, pour que chaque Algérien, où qu’il vive, se sente chez lui dans son pays». La portée de cette commémoration se décline en plusieurs dimensions nationales et historiques.
Elle contribue à préserver la mémoire collective en faisant de la célébration du sacrifice des héros de la Révolution un devoir national, visant à transmettre aux générations montantes l’histoire de la résistance et des sacrifices, tout en les prémunissant contre toute tentative d’altération de l’identité ou de falsification de l’histoire. Selon une biographie présentée par la fondation portant son nom, le colonel Amirouche naît en décembre 1926 à Tassaft, dans le douar At Wassis. Très tôt orphelin, il est confié à sa mère qui, dans la dignité silencieuse de la femme kabyle, l’élève seule, chez ses parents, au village Ighil Bwamas.
Il grandit dans la misère et la pauvreté la plus extrême. Il ne fréquente l’école que trois ans à peine. À huit ans, il doit gagner sa vie. Pieds nus chaque semaine, il descend du village pour se rendre à Ledjma n Yatfaten, pour vendre du thé et de l’eau. Huit ans plus tard, il connaît déjà la dureté du monde et l’injustice coloniale qui pèse sur les épaules de tout un peuple. Un oncle l’emmène ensuite à Oued Fodda.
Là, il découvre la misère coloniale dans ce qu’elle a de plus cruel, la précarité de la paysannerie algérienne. Adolescent, vers quinze ans, il rejoint Bouguirat, dans l’ouest du pays, en 1946. C’est là que commence son engagement. Il est arrêté en 1947 à Oran pour vente au marché noir, un délit de survie plus que de trahison.
À sa sortie, il se radicalise et s’engage. Il organise une quête d’argent pour les militants nationalistes détenus, rencontrés derrière les barreaux. En 1948, Amirouche Aït Hamouda s’installe à Relizane. Les services de police le repèrent comme militant du MTLD. En mars 1949, il est arrêté à nouveau pour une tentative de vol au profit du parti. Libéré provisoirement le 2 février 1950, il prend aussitôt la tête de l’organisation paramilitaire du MTLD (Organisation spéciale (OS) à Relizane. Incarcéré de nouveau, il bénéficie d’une ordonnance de mise en liberté le 27 avril 1950.
En 1951, il est chargé de structurer la Kasma de Relizane. Il organise les collectes, s’occupe des familles des militants emprisonnés. Déjà, il exprime cette solidarité concrète, cette fraternité qui ne se dit pas mais qui s’incarne. Fin 1951, il quitte l’Algérie. Direction Paris.
Il réside au 79, rue de l’Église, dans le 15e arrondissement. Il travaille à l’usine Citroën. Et là, dans l’immigration, il continue le combat. Il distribue des tracts, milite, s’engage. Il est arrêté le 2 janvier 1952 pour distribution de tracts intitulés «Crimes en Algérie» et «Le colonialisme en Algérie». Le 18 mai de la même année, il est de nouveau interpellé pour participation à une manifestation interdite par le préfet de police. Ce qu’il faut comprendre, c’est que partout où il se trouve, Amirouche répond présent. Oran, Relizane, Paris. Kabyle d’origine, il lutte dans l’immigration. Il est déjà, par son parcours, par ses choix, un symbole de l’unité nationale. Il ne s’enferme jamais dans un territoire, une région, une appartenance. Il est de tous les combats, pour une seule et même cause : l’Algérie. Dès le déclenchement de la Révolution du 1er Novembre 1954, Amirouche quitte la France. Il rejoint les rangs de l’Armée de libération nationale (ALN). Il rentre en Algérie, monte au maquis. Son influence ne cesse de croître. Il devient le chef de la wilaya III. Mais attention : son autorité, sa légitimité, son engagement ne se limitent jamais à sa seule région. Il est promu colonel au Congrès de la Soummam le 20 août 1956. Et à partir de ce moment, il sillonne tout le territoire national. La wilaya I, la wilaya II, la wilaya V, la wilaya VI… toutes les régions, tous les maquis, toutes les zones de combat.
Il met ses aptitudes, ses efforts, sa connaissance du terrain, sa sagesse et son intelligence militaire au service de toutes les wilayas. Il ne fait pas de différence. Il n’oppose jamais une région à une autre, il unit. Le 28 mars 1959, au Djebel Tamer, dans la région de Boussâada, Amirouche tombe les armes à la main. Il meurt dans le désert, loin des montagnes de Kabylie où il est né. Mais il meurt en martyr de l’Algérie une et indivisible. Né en Kabylie, forgé à l’Ouest, passé par la France, mort dans le Sud : quel plus beau symbole de l’Algérie unie. Amirouche est enterré à Boussaâda, des monts du Djurdjura au Sahara ! Amirouche est issu de la classe prolétaire.
Orphelin. Pauvre. Il a connu la faim, la nudité des pieds sur les chemins caillouteux, l’injustice du colonisateur. Face à cela, il n’a pas choisi la résignation. Il a choisi de donner sa vie pour l’Algérie jusqu’au sacrifice suprême.

B. A.

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