Le trophée du complot

À présent, il n’est plus question d’éthique sportive, mais plutôt d’indécence morale. Point de retenue. La Confédération Africaine de Football (CAF) vient, encore une fois, de franchir les limites du burlesque. Une mascarade qui l’enfonce de plus en plus dans les abîmes du scandale.

Ainsi, cette institution vient de perdre définitivement le peu de crédit qui lui restait, en accordant la victoire de la CAN-2025 au Maroc, privant ainsi le Sénégal de son titre africain. À travers cette décision ubuesque, la CAF de l’homme d’affaire Patrice Motsepe, dont les «affinités douteuses» avec le président de la FRMF et néanmoins ministre délégué chargé du Budget, Faouzi Lekjaâ, ne sont plus à démontrer, révèle au grand jour une allégeance avilissante de la CAF envers le Makhzen. En inversant le résultat de la finale de la CAN-2025, qui a opposé la formation marocaine à l’équipe du Sénégal, deux mois après la validation du sacre pour les coéquipiers de Sadio Mané, l’institution du football africain a perdu son capital intégrité, auparavant bien entamé, en éclaboussant au passage l’image d’un football continental considéré comme un véritable vivier de talents purs qui nous gratifie à chaque édition de cette magie que seul le sport roi en détient le secret. Si, du point de vue réglementaire, la loi est claire, elle aurait dû s’appliquer sur le champ à l’encontre des lions de la Teranga, qui avaient quitté le terrain avant le coup de sifflet de final. Mais voir l’issue d’une finale continentale être décidée, a posteriori, par voie administrative, est un véritable coup de Jarnac. Ce triste feuilleton laisse surtout un goût amer et renvoie un signal préoccupant quant à la gestion des grandes compétitions sur le continent. Cette décision «historique» du jury d’appel de la CAF ne s’arrête pas à cette «commedia dell'arte». Elle s’accompagne d’un recalibrage global des sanctions disciplinaires. De quoi plonger l’humanité entière dans une hilarité collective en ces temps de conflits et d’angoisses. Le joueur Ismaël Saibari, voleur de serviettes à ses heures perdues, peut d’ores et déjà souffler. Son amende de 100.000 dollars est purement et simplement annulée, tandis que sa suspension est allégée à deux matches officiels, dont un avec sursis. La «clémence» du fameux jury d’appel touche même la Fédération Royale Marocaine de Football, qui voit ses amendes chuter de 160.000 dollars à 50 000 dollars. Une «générosité» qui perfusera une économie déjà à l’agonie. Que retenir de ce rebondissement qui fait office d’un séisme dans le monde du football ? La responsabilité de Patrice Motsepe, président de la CAF, ne peut être ignorée. Il est accusé d'avoir failli à ses devoirs et d'avoir humilié l'Afrique, en ne sanctionnant pas l'équipe marocaine pour ses manquements flagrants. Selon les critiques, si une sanction était nécessaire, elle aurait dû viser le Maroc, accusé d'avoir usé de toutes les stratagèmes pour s'assurer la victoire au détriment de l'éthique sportive. Mais, au Royaume du hash’, le mensonge et la trahison demeurent le sport roi.

El Moudjahid

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