La situation au Moyen-Orient devenue une véritable poudrière, et la menace qui pèse de plus en plus sur les corridors du commerce international et particulièrement énergétiques, sont en train de formater une nouvelle géopolitique énergétique où les véritables agents influents d’hier ne sont pas forcément ceux du moment. La diplomatie est, justement, en train d’intégrer cette réalité. Dans cette nouvelle dynamique des marchés gaziers, l’Algérie est devenu la Mecque des pays industrialisés en quête d’une source d’approvisionnement sûre et durable à même de maintenir la jauge pleine, sinon à moitié remplie. Plusieurs projets qui doivent approvisionner l’Europe permettront de développer les exportations du gaz par canalisation et par méthaniers via le GNL : le projet du gazoduc transsaharien, d’une longueur de 4 128 kilomètres et d’une capacité annuelle de trente milliards de mètres cubes ; le projet de Galsi, via la Sardaigne, le gazoduc Medgaz reliant l’Algérie à l’Espagne a connu une augmentation en passant de 8 milliards de m3 à 10,5 milliards m3, tandis que les quantités de gaz acheminées vers l’Italie, via le Transmed, ont atteint 23,5 milliards de m3 contre 21,5 milliards m3 en 2021. La position de l'Algérie, grâce à ses réserves importantes, place Sonatrach au cœur de ces enjeux, tant sur le plan économique qu'avec des implications diplomatiques. L'avenir du marché dépendra aussi de la stabilité géopolitique, des accords internationaux et de l'évolution vers des énergies plus durables. Bénéficiant depuis longtemps d’un préjugé favorable, les énergies renouvelables s’imposent de fait comme une alternative plus que sérieuse et surtout non seulement réalisable mais assez bon marché. L’engouement déjà affiché et les tensions sur le gaz place l’hydrogène vert au cœur des enjeux géopolitiques qui met l’accent sur une forte dépendance de l’Europe aux importations et le rôle crucial de l'Algérie comme futur fournisseur majeur. Les pays du Vieux Continent cherchent ainsi à sécuriser son approvisionnement en investissant dans l'hydrogène vert via le projet SoutH2. Cette nouvelle route s’inscrit surtout dans une dynamique mondiale de développement de projets liés à la production d’hydrogène vert. Alors que d’autres initiatives, telles qu’Ambition HyDeal ou NortH2 aux Pays-Bas, visent principalement une production locale ou régionale, le SoutH2 Corridor se distingue par son ambition exportatrice et par la coordination d’acteurs provenant de différents continents. En reliant directement l’Afrique du Nord aux principaux pôles industriels européens, il se positionne comme l’un des projets les plus ambitieux, tant par son volume que par ses implications géopolitiques. Il redessine, par ces temps de reconfiguration de l’ordre mondial, la carte énergétique euro-méditerranéenne et constitue une clé pour l’avenir énergétique de l’Europe.
El Moudjahid