Longtemps perçue comme un géant énergétique assoupi, l’Algérie est en train de redessiner sa carte gazière avec une ambition claire : redevenir un acteur incontournable du marché mondial.
Derrière cette montée en puissance, une réalité s’impose : le pays ne se contente plus de gérer ses ressources, il les projette désormais comme un levier de puissance économique et géopolitique. D’abord, les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2025, la production gazière nationale affiche un net rebond, avec des hausses atteignant +12 % sur certains mois, pour dépasser les 8 milliards de m³ mensuel. Une dynamique qui confirme le redressement après une année 2024 plus modérée. Mieux encore : l’Algérie vise désormais un objectif ambitieux, celui de doubler ses exportations pour atteindre 100 milliards de m³ à l’horizon 2030. Ce retour en force s’appuie sur des fondamentaux solides. Le pays dispose de réserves considérables, dont une majorité en gaz, et d’infrastructures déjà matures : plus de 21 000 km de pipelines, plusieurs complexes de liquéfaction et une capacité d’exportation diversifiée entre gazoducs et GNL. À cela s’ajoute un atout décisif : sa proximité géographique avec l’Europe, devenue stratégique depuis les recompositions énergétiques mondiales. Car c’est bien là que se joue la nouvelle équation algérienne. L’Europe, en quête de diversification énergétique, redécouvre le gaz algérien. En 2025, les exportations vers certains marchés clés ont fortement progressé, avec une hausse de plus de 30 % pour certains pays. Résultat : dès le premier trimestre, les revenus gaziers ont atteint 1,3 milliard d’euros, plaçant l’Algérie parmi les principaux fournisseurs du continent. Mais cette montée en puissance ne repose pas uniquement sur la conjoncture. Elle est le fruit d’un choix politique assumé : investir massivement. Le pays prévoit 60 milliards de dollars d’investissements énergétiques entre 2025 et 2029, destinés à explorer de nouveaux gisements, moderniser les installations et augmenter les capacités d’export. La stratégie est bien réfléchie : sécuriser les parts de marché face à un environnement concurrentiel de plus en plus rude. Toutefois, le tableau n’est pas sans nuances. La volatilité des exportations de GNL, en baisse sur certaines périodes, rappelle la fragilité du secteur face aux fluctuations du marché international. De même, la consommation intérieure reste un défi structurel, absorbant une part croissante de la production. Mais c’est précisément dans cette tension que l’Algérie forge son destin et change de dimension. Elle n'est plus seulement un fournisseur, mais le nouveau pivot stratégique de la scène énergétique régionale. » Au fond, la véritable transformation est là. L’Algérie passe d’une économie d’exploitation à une économie de projection. Et dans un monde où l’énergie redevient un instrument de puissance, son gaz pourrait bien être l’un de ses plus grands leviers d’influence.
El Moudjahid