Assurances : Résultat record et défis à relever

  • Le marché national des assurances connaît une forte dynamique, traduite, notamment, par un chiffre record de primes émises se situant à 200,5 milliards de dinars.

Le Conseil national des assurances (CNA), à travers sa toute dernière note de conjoncture, fait globalement ressortir une poursuite de la croissance dans la plupart des branches de risques assurés, en particulier dans les assurances-dommages qui détiennent près de 83% du total de la production des différentes compagnies locales, soit un chiffre d’affaires global de près de 166 milliards de dinars.

Joint par nos soins, Youcef Benmicia, président de l’Union algérienne des sociétés d’assurance et de réassurance, a qualifié cette évolution de positive, affirmant que les branches automobile et risques divers ont tiré le secteur vers le haut. S’agissant de la branche automobile, M. Benmicia estime que l’évolution est, entre autres, liée à l’augmentation de la tarification de la responsabilité civile, entamée en janvier 2025, ainsi qu’aux nouvelles immatriculations des voitures importées ou fabriquées localement.
Pour l’évolution de l’assurance risques divers, le même responsable l'attribue à la relance économique du pays avec l’engagement des projets structurants dans divers domaines, lesquels ont nécessité une assurance. Quant à Hassan Khelifati, vice-président de l’UAR, également contacté par El Moudjahid, même avec le dépassement de la «barre psychologique» des 200 milliards, soit environ 1,4 milliard de dollars, il y a loin de la coupe aux lèvres par rapport aux objectifs. «Le potentiel du secteur se situe autour de 7 à 8 milliards de dollars», indique le patron d’Alliance assurances. Par quels leviers atteindre cet objectif ? Aux yeux de M. Khelifati, il y a lieu d’«accélérer l’adoption de la nouvelle loi des assurances et consacrer une régulation indépendante qui prend en charge les réformes». Relevant la persistance de certaines pratiques comme la sous-déclaration, M. Khelifati indique que les assurances Cat-nat, incendie, la responsabilité civile, «le rapport devra être fait par le commissaire aux comptes». Le même responsable estime qu’il existe des mécanismes de contrôle à mettre en place, lesquels serviront de leviers pour remonter le chiffre d’affaires du secteur et lui donner la place qui lui revient.
Au sujet des défis auxquels reste confronté le secteur, Kafia Benahmed et Farida Nemiri-Yaici, enseignantes à l’Université de Béjaïa, affirment que «l’absence d’un marché financier permettant de placer les primes d’assurances où il n’y a qu’une seule compagnie d’assurance (Alliance Assurances) qui est cotée à la bourse d’Alger et la faible densité d’assurance, mesurée par les dépenses annuelles par habitant destinées à acquérir des produits assurantiels, constituent les principales défections du système des assurances en Algérie».
Un autre facteur, relèvent-elles dans une étude publiée au Journal of Economic Growth and Entrepreneurship, est «d’ordre réglementaire, il est lié à l’absence de l’obligation de l’assurance transport maritime pour les importateurs, ce qui n’arrange pas le secteur qui accuse un grand manque à gagner». De son côté, Mokhtar Naouri, expert international dans le secteur des assurances, également formateur, estime «urgent d’instituer des règles de gouvernance en réglementant les quatre secteurs clés que sont : l’audit interne, la conformité, la gestion des risques et la fonction actuarielle». Par ailleurs, revendique-t-il, «il faut impliquer davantage les administrateurs dans la gouvernance des risques et de l’entreprise, en exigeant la création de comités spécialisés au sein du conseil d’administration».
Aux yeux de M. Naouri, le dispositif réglementaire de solvabilité «doit favoriser une communication de qualité fondée sur la transparence, notamment en matière de reporting vis-à-vis de l’autorité de contrôle et envers les assurés, notamment par la publication obligatoire des états financiers annotés sur les sites web».

F. I.

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