De la fierté ! Une prouesse exceptionnelle qui s’ancre dans les annales historiques de l’Algérie nouvelle, conçue et concrétisée sous la judicieuse, mais toute aussi ambitieuse gouvernance du président de la République, Abdelmadjid Tebboune. Son engagement pour redonner vie au gisement de Gara Djebilet et de l’intégrer, dans la pérennité, en tant que levier de la dynamique nationale de transformation socio-économique, voit le jour !
Tindouf le célèbre, depuis plusieurs semaines déjà, comme un grand moment de fierté et de joie collective. Sous un ciel bleu clair, dégagé et ensoleillé, la ville nous accueille en ce lundi 19 janvier dans une ambiance bien particulière qui tranche radicalement avec la traditionnelle monotonie silencieuse des matinées du désert. Le géant Gara Djebilet se réveille, tout Tindouf l’est aussi ! Les préparatifs pour une prochaine grande fête nationale dédiée à l’inauguration officielle de l’un des plus riches gisements qui occupent le podium mondial par ses réserves en minerais de fer s’accélèrent au sein de l’ensemble des structures administratives et pluridisciplinaires du chef- lieu de cette wilaya frontalière du sud-ouest du pays.
Le wali Mustapha Dahou, qui coordonne tous les apprêts par une succession de sorties sur le terrain et de réunions de concertation, y compris avec les représentants de la société civile, nous confie que Gara Djebilet «a été tenté par plusieurs Présidents, notamment feu Houari Boumediène, mais des conditions géopolitiques et diverses autres circonstances l’en avaient empêché. C'est la volonté politique souveraine du président de la République, Monsieur Abdelmadjid Tebboune, qui a pris la décision d’exploiter ce gisement colossal» (lire l’entretien).
«Le rêve devient réalité !» répètent, d’un ton altier, plusieurs voix du côté des cadres, ingénieurs et simples ouvriers de l’Anesrif (Société nationale d’études et de suivi de la réalisation des investissements ferroviaires) et de ses sociétés partenaires, qui ont relevé le défi et réussi l’exploit de réceptionner, bien avant les délais prévus, la ligne ferroviaire reliant Béchar-Gara Djebilet via Tindouf, sur 950 km. Nous avons rencontré ces compétences algériennes, ces faiseurs de miracles, au niveau de la nouvelle gare ferroviaire de Tindouf, l’une des sept infrastructures du genre réalisées dans le cadre de ce gigantesque projet ferroviaire de l’Algérie indépendante.
Tout en affichant, ostensiblement, leur «ADN-DZ» qui ne rougit à vouloir décrocher la lune, et malgré les traces de l’effort consenti que trahissaient les traits de leur visage, ils se disent tous, humblement, «très fiers et profondément honorés» de leur contribution à la concrétisation, en un temps record, du titanesque corridor minier, désormais opérationnel, tant pour le transport des minerais de fer extraits de Gara Djebilet, qu’au bénéfice de voyageurs. Le géant gisement longtemps endormi se réveille ! Ce n’est pas une réaffirmation itérative.
C’est un fait historique Conçue avec un souci manifeste d’esthétique, de fonctionnalité et de solennité institutionnelle, la nouvelle station se déploie sur un espace de 2 hectares selon une perspective parfaitement symétrique de maîtrise architecturale et de fluidité dans la circulation des usagers. Dès l’entrée principale, on est très vite attiré par la présence d’un monument d’architecture contemporaine érigé en plein air, sous un ciel bleu limpide. L’ouvrage se compose d’un large anneau circulaire de couleur beige clair, aux lignes ondulées et épurées, symbolisant l’unité et la continuité. Au centre de ce cercle, se dresse une forme géométrique inclinée représentant la carte de l’Algérie, finement sculptée dans la même matière et la même teinte. Sur la carte sont inscrits, en langue nationale, les noms de wilayas de l’Ouest algérien, reliée par le projet de la voie ferrée, à savoir Oran, Béchar, Tindouf et Ghardaïa.
Une reproduction en miniature d’un morceau de chemin de fer, encadrée par deux rampes sombres, mène symboliquement vers le cœur de la structure. Le monument repose sur un socle massif en pierre claire, sur lequel on peut lire : «Ligne minière occidentale Béchar-Tindouf-Gara Djebilet», indiquant clairement la portée économique et stratégique de cette infrastructure de base liée à un projet minier structurant pour le pays. «Ce monument a été dédié pour l’Algérie sous forme de don par l’entreprise chinoise CRCC, partenaire dans la réalisation du projet», apprend B. Khaled, un des cadres supérieurs de l’Anesrif.
Juste en face de cette œuvre, se trouve un imposant «élément d’appel» destiné à fournir, via un système numérique, des renseignements au sujet du programme des dessertes ferroviaires, destinations, heures de départ et d’arrivée. L’emblème national est aussi visible partout aux alentours de la gare, dont l’environnement immédiat est soigneusement aménagé, avec des espaces verts, de jeunes palmiers et un éclairage architectural adapté consolidant son agencement comme pôle de développement moderne. L’ensemble dégage une impression de solidité, de modernité et de projection vers l’avenir, tout en affirmant une forte dimension nationale et stratégique. À titre indicatif, Mourad Djebbar, un des superviseurs des travaux, a tenu à préciser que la nouvelle gare ferroviaire de Tindouf est la première en Algérie à être équipée d’un escalator.
En effet, en accédant au hall de son espace intérieur, on perçoit, comme élément central de sa composition, deux escaliers mécaniques symétriques, positionnés de manière parfaitement parallèle. Ils assurent la liaison verticale entre le rez-de-chaussée et l’étage supérieur, traduisant une volonté claire de faciliter les déplacements et d’optimiser les flux de circulation. Entre ces escaliers, un comptoir d’accueil ou de service, habillé de matériaux nobles aux teintes boisées et géométriquement travaillées, occupe une place stratégique, affirmant sa fonction centrale d’orientation et d’assistance.
Le sol en carrelage clair, soigneusement poli, capte et reflète la lumière naturelle, créant des jeux d’ombres circulaires projetées depuis l’extérieur ou à travers des dispositifs filtrants. Le plafond est conçu en larges courbes ondulantes, alternant surfaces blanches et panneaux en bois foncé.
Des panneaux de signalisation suspendus, accompagnés de pictogrammes universels, indiquent clairement les différentes directions et services. La nouvelle station comprend aussi une cafétéria, un restaurant, distributeurs automatiques de billets, offrant ainsi un confort certain à ses usagers. «Sa capacité d’accueil est de 600 personnes/jour, informe Hadji Abdellah l’ingénieur qui a assuré le suivi de sa réalisation, achevée et réceptionnée, six mois avant les délais prévus. Voilà bien un autre exploit.
L’impossible n’est pas algérien
Triompher sur les délais, c’est rarement un pari gagné d’avance. La tâche ne relève pas d’une sinécure. D’avantage encore lorsqu’on est appelé à œuvrer dans un environnement aux conditions extrêmes, comme celles caractérisant l’espace semi-désertique que serpente l’axe ferroviaire Béchar-Tindouf-Gara Djebilet. «Lorsqu’on nous a appris de ce court délai de réalisation de ce mégaprojet de ligne minière, l’on s’est dit que c’était quasiment de l’impossible ! Le partenaire chinois était aussi de cet avis. Cependant, et au vu des moyens colossaux mobilisés par l’État, nous nous sommes donnés à fond et nous avons relevé le défi. Et nous l’avons fait un succès.
L’impossible, au bout du compte, n'est pas algérien», s’exclame d’un air jubilé, où se mêle joie et fierté, le superviseur des travaux, Mourad Djebbar. Au fil de la discussion, se joint à nous Youcef Belkheir, jeune responsable de chantier de l’Anesrif, pour prendre la route vers le gisement de Gara Djebilet à bord d’un pick-up tout-terrain. Circulant sur une route rectiligne en bon état, le véhicule ne mettra pas beaucoup de temps pour «s’engouffrer» dans un paysage désertique vaste et quasi infini.
Se dévoilent alors de larges étendues planes, interrompues par de légers reliefs tabulaires et des plateaux lointains aux contours adoucis par l’érosion. Par intermittence, nous percevons, en parallèle, l’axe ferroviaire de ligne minière qui se distingue par son tracé rigoureux au cœur d’un environnement naturel austère. La voie ferrée s’impose visiblement comme l’élément central du décor. Les rails métalliques, parfaitement parallèles, reposent sur des traverses en béton régulièrement espacées, elles-mêmes enchâssées dans un lit de ballast constitué de graviers sombres.
Cette structure, solide et méthodique, témoigne d’une ingénierie pensée pour la durabilité, capable de résister aux conditions climatiques extrêmes, notamment la chaleur intense et l’aridité caractéristiques des zones désertiques. La précision de l’alignement confère à l’ensemble une impression de rigueur technique et de maîtrise humaine sur un territoire réputé hostile. La voie s’étire en perspective, fuyant vers l’horizon, accentuant la sensation de profondeur et de continuité ! Elle semble se perdre dans l’immensité du paysage, suggérant un trajet long, assurément stratégique, reliant des espaces éloignés et isolés.
De part et d’autre de la voie, le sol est sec, compact, mêlant sable clair et teintes ocre, ponctué par endroits de blocs ou de socles rectangulaires, probablement liés à des installations. Les travaux de réalisation de ce projet gigantesque, premier du genre dans l’histoire de l’Algérie indépendante, se sont scindés en quatre sections. Celles-ci relient successivement les localités de Bechar, Hamaguir, Tabelbla-Oum Laâsssel, Tindouf et Gara Djebilet. à une dizaine de kilomètres du gisement, nous découvrons la gare ferroviaire du projet du nom de Gara Djebilet dont l’architecture, ultra-moderne, est bien intégrée dans l’environnement saharien. Sur place, nous demandons à notre accompagnateur, Youcef Belkheir, de nous fournir quelques informations sur la fonctionnalité de la voie ferrée dédiée à l’acheminement d’une marchandise stratégique.
Il nous explique que «les deux rails parallèles, solidement posés sur un lit de ballast compacté, sont guidés par un aiguillage ferroviaire, permettant la bifurcation des trains vers différentes destinations». De part et d’autre des rails, nous distinguons de longs quais dallés, parfaitement alignés, couverts d’abris au design épuré, offrant une protection contre le soleil intense caractéristique de la région. Un matériel ferroviaire est stationné à proximité, ainsi que des équipements techniques, confirmant la vocation opérationnelle du site.
Dans l’antre du gisement minier
Après cette halte de quelques minutes, nous accédons enfin au site du gisement minier. Gara Djebilet se découvre sous forme de gigantesque carrière à ciel ouvert, en pleine activité, où se déroule une opération d’extraction de matériaux rocheux à grande échelle que mène la Société nationale du fer et de l'acier, (Feraal) en partenariat avec l’entreprise Ben Works, un opérateur privé de Laghouat. Le site présente un relief fortement entaillé, avec des parois abruptes et un sol irrégulier, marqué par des couches de terre et de roche mises à nu par les travaux successifs.
Une pelle mécanique hydraulique de grande capacité est positionnée sur une zone en contrebas. Son bras articulé est engagé dans l’extraction de blocs rocheux, qu’elle charge méthodiquement dans la benne d’un camion-benne industriel stationné à proximité. Les chenilles de l’engin reposent sur un terrain meuble et rocailleux, témoignant des conditions exigeantes dans lesquelles s’effectuent les opérations. Plusieurs camions-bennes lourds circulent ou attendent leur tour sur des pistes de terre tracées à l’intérieur de la carrière.
Ces voies improvisées, visibles à travers les nombreuses traces de pneus, forment un réseau logistique interne facilitant le transport des matériaux extraits vers les zones de dépôt ou de traitement. Sur place, l’ingénieur des mines, Dheif Allah Noui, chef de service de l’exploitation à l’entreprise Ferrral, revient sur l’historique du projet. «L’inauguration de la mine a eu lieu en juin 2022, marquée par cinq tirs lors de l'ouverture. La phase d'exploitation effective a débuté en 2023 avec des tirs initiaux de 17 000, 15 000 et 20 000 tonnes, suivis de tirs d'explosion utilisant des explosifs pour l'extraction du minerai» a-t-il déclaré. Et de poursuivre : «Des difficultés ont été rencontrées dues aux fondations sablonneuses de la région, affectant le stock de fer et risquant de contaminer le minerai par dilution, ce qui réduit sa teneur.»
La mise en place du convoyeur et du chemin de fer a permis de développer le plan de chargement et d'atteindre 80 000 tonnes par tir, avec un objectif de 100 000 tonnes. La production a dépassé 500 000 tonnes depuis ce mois de janvier», a-t-il informé. «L’eau est utilisée abondamment pour l’abattage dans la mine, ce qui est essentiel à son fonctionnement», a ajouté notre interlocuteur. «Bien que située en zone désertique avec une certaine rareté de l’eau, des forages ont été réalisés dans la région avec l’approbation des autorités, et une station de traitement d’eau sera construite sur place.
Les autorités, notamment celles de sécurité, d'administration et de la wilaya de Tindouf, ont grandement facilité la réussite du projet. Concernant la contribution à l'économie nationale, l’emploi de main-d'œuvre locale est une réalité» a-t-il appuyé, indiquant que lui-même a été l’un des bénéficiaires de ces emplois. En 2023, l’effectif était d'environ 25 à 30 personnes initialement, stabilisé à 30 par la suite. Le personnel comprend des ingénieurs seniors et juniors, des techniciens, des chauffeurs et des cuisiniers, soit un total de 31 personnes. L’organisation du travail suit un cycle de 8 jours, et des activités de forage complètent les opérations, a-t-il conclu.
Sur le chemin du retour, nous croisons le train venu de Bechar pour transporter les minerais de fer extraits de Gara Djebilet. Circulant sur un viaduc massif construit par l’Anesrif au beau milieu d’une étendue désertique aride. Un train de fret particulièrement long, composé d’une locomotive de tête et d’une succession impressionnante de wagons identiques, peint en rouge vif avec des bandes claires, attire très vite le regard. Sa force motrice retient l’attention, garantissant ainsi un acheminement optimisé d’une marchandise stratégique.
Long et régulier, le train inspire l’incarnation de la continuité, de l’organisation et la capacité à faire valoir un véritable sursaut industriel au bénéfice de la prospérité économique de l’Algérie et de son évolution au rang de pays émergent, émancipée de la dépendance aux hydrocarbures, du fait d’une stratégie de diversification efficiente fructueuse. Il cristallise ainsi la ferme volonté des plus hautes autorités du pays d’exploiter de manière efficiente et dans la durabilité les réserves minières de Gara Djebilet dans le cadre d’un projet économique de grande ampleur.
«Le rêve devient réalité !» répètent, d’un ton altier, plusieurs voix du côté des cadres, ingénieurs et simples ouvriers de l’Anesrif (Société nationale d’études et de suivi de la réalisation des investissements ferroviaires), et de ses sociétés partenaires, qui ont relevé le défi et réussi l’exploit de réceptionner, bien avant les délais prévus, la ligne ferroviaire reliant Béchar-Gara Djebilet via Tindouf, sur 950 km.
Long et régulier, le train inspire l’incarnation de la continuité, de l’organisation et la capacité à faire valoir un véritable sursaut industriel au bénéfice de la prospérité économique de l’Algérie et de son évolution au rang de pays émergent, émancipée de la dépendance aux hydrocarbures.
K. A.