Par Natasha Van Rijn (*)
Avec une proportion de femmes magistrates dépassant aujourd’hui 49 %, comme l’a rappelé Mme Isma Aissiou, directrice nationale du projet, l’Algérie affiche le taux de représentation féminine le plus élevé dans la magistrature de la région arabe.
Le 12 mars 2026, au siège des Nations unies à New York, l’Algérie n’a pas seulement pris la parole : elle a partagé une trajectoire. Celle d’un engagement progressif, structuré et résolu en faveur de l’égalité femmes-hommes dans le système judiciaire, où les femmes magistrates occupent aujourd’hui une place de plus en plus affirmée.
En marge de la 70e session de la Commission de la condition de la femme, l’expérience algérienne a trouvé un écho particulier. Non pas parce qu’elle prétendait à l’exception, mais parce qu’elle donnait à voir une dynamique crédible, progressive et solidement ancrée dans l’action institutionnelle.
Dans un contexte international où l’un des principaux défis reste la capacité à inscrire les engagements dans des transformations durables, l’Algérie a présenté une expérience qui se distingue par sa cohérence, sa continuité et sa portée concrète. Avec une proportion de femmes magistrates dépassant aujourd’hui 49%, comme l’a rappelé Mme Isma Aissiou, directrice nationale du projet, l’Algérie affiche le taux de représentation féminine le plus élevé dans la magistrature de la région arabe.
Ce chiffre est important. Mais sa véritable signification dépasse la seule dimension statistique. Il reflète une évolution plus profonde de l’institution judiciaire, dans sa capacité à se transformer, à évoluer et à mieux refléter les réalités de la société. La justice incarne l’autorité, arbitre les droits, protège les équilibres et donne corps à l’État de droit. Lorsqu’elle devient plus inclusive, ce n’est pas seulement sa composition qui évolue ; c’est aussi sa représentativité, sa cohérence institutionnelle et sa capacité à mieux refléter les évolutions de la société. C’est dans cette perspective que prend tout son sens le projet conjoint porté par le Ministère de la Justice et le Programme des Nations unies pour le développement. Au-delà de la valorisation des progrès déjà accomplis, il s’agit d’accompagner une dynamique de long terme, en mettant à disposition les outils, les partenariats et les cadres d’appui nécessaires pour consolider les acquis et renforcer la promotion du leadership de ces femmes. L’atelier de restitution, organisé le 30 mars 2026, s’inscrit pleinement dans cette logique. Il ne constitue pas une simple continuité après la séquence internationale de New York ; il marque un moment de structuration.
Il permet de transformer la visibilité acquise en dynamique nationale renforcée, à travers un espace de capitalisation, d’appropriation et de projection. Ce passage de la reconnaissance à l’action est essentiel : il donne à la coopération toute sa valeur, non pas comme vitrine, mais comme levier d’approfondissement institutionnel. C’est également dans cette dynamique que s’inscrit le Gender Seal pour les institutions publiques. Bien au-delà d’un outil technique, il représente un cadre structurant d’auto-évaluation, d’amélioration et d’alignement institutionnel. Son intérêt réside dans sa capacité à accompagner les institutions dans l’intégration concrète de l’égalité entre les femmes et les hommes au sein de leurs pratiques, de leurs mécanismes internes et de leurs trajectoires organisationnelles. À cet égard, la candidature du ministère de la Justice au Gender Seal revêt une portée particulière.
En devenant la première institution publique du monde arabe à s’engager dans ce processus, il adresse un signal fort et porteur. Il affirme que l’égalité ne relève pas uniquement d’un principe, mais qu’elle constitue également un facteur de cohérence institutionnelle, de performance publique et de modernisation administrative. À ce titre, Dr Abdallah Al Dardari, directeur régional du PNUD pour les États arabes, a souligné que le Gender Seal produit des effets concrets sur le fonctionnement des institutions : «il optimise la planification, la budgétisation, l’exécution des politiques et la participation de toutes les franges sociales concernées, tout en renforçant la confiance dans l’action publique.» Il a également précisé que «l’extension progressive de l’accès des institutions au Gender Seal pourrait préparer le terrain à un essor significatif et durable de la performance institutionnelle.»
Cette avancée est significative. Elle ouvre aussi la voie à une consolidation plus large des parcours professionnels, des responsabilités et des opportunités d’évolution. La présence croissante des femmes dans l’institution judiciaire constitue une base solide, appelée à se renforcer dans la durée, à travers l’accompagnement, la montée en compétences et l’élargissement progressif de l’accès aux espaces de responsabilité. Les résultats déjà obtenus témoignent de cette dynamique. À ce jour, le projet a permis de former 413 femmes juges, soit 14% de la population ciblée. Ce socle est important, non seulement pour ce qu’il représente aujourd’hui, mais aussi pour les perspectives qu’il ouvre en matière de développement professionnel, de structuration des parcours et de pérennisation des acquis. Le rôle du PNUD s’inscrit dans cet esprit de partenariat et d’appui stratégique. Il consiste à accompagner les efforts du gouvernement algérien à renforcer les capacités, à favoriser les synergies et à contribuer à faire de l’égalité un axe structurant du renforcement institutionnel.
Cette démarche participe directement à la réalisation de l’Objectif de développement durable 5 sur l’égalité des sexes, ainsi que de l’ODD 16 relatif à des institutions efficaces, responsables et inclusives. Mais au-delà des cadres internationaux, cette expérience renvoie à une question plus fondamentale : celle de la capacité des institutions à évoluer en phase avec les réalités et les aspirations de la société.
Des institutions plus représentatives ne sont pas seulement plus justes ; elles sont aussi plus robustes, plus ancrées et souvent plus aptes à produire des réponses publiques durables. L’expérience algérienne, telle qu’elle a été portée devant la commission de la condition de la femme des Nations unies, puis réaffirmée à Alger, rappelle, au fond, une idée essentielle : les transformations les plus significatives sont celles qui s’inscrivent dans le temps et se consolident dans les pratiques. Faire progresser l’égalité dans la justice, ce n’est pas seulement élargir une présence. C’est renforcer, dans la durée, la capacité des institutions à évoluer, à se moderniser et à mieux servir l’intérêt général.
N. V. R.
(*) Représentante résidente du Programme des Nations unies pour le développement en Algérie