Des chercheurs en histoire, des représentants des organisations de la famille révolutionnaire, ainsi que des élus locaux ont souligné, hier à Tizi Ouzou, le rôle pionnier qu’a joué le moudjahid Amar Imache dans le mouvement national et la mobilisation des Algériens en faveur de l’indépendance nationale, et ce, lors d’un séminaire organisé à l’occasion du 66e anniversaire de sa mort et du centenaire de la fondation de l’Étoile nord-africaine (ENA), dont il était l’un des premiers fondateurs.
Organisé par l’Assemblée populaire d’Ath Douala, sous l’égide de l’APW de Tizi Ouzou et en partenariat avec deux associations de la même commune, Ithran et Afaq nAth Douala, ce séminaire intitulé « Imache Amar, une lumière dans la nuit coloniale », qui s’est déroulé à l’hémicycle Rabah-Aissat (APW), en présence des représentants des organisations de la famille révolutionnaire, du directeur local des moudjahidine et ayants droit, du P/APW, du secrétaire général de la wilaya ainsi que des P/APC et des citoyens, ce veut être « un hommage solennel à Imache Amar, figure fondatrice du mouvement national algérien et acteur essentiel des premières expressions organisées du nationalisme algérien au XXe siècle », a indiqué le président de l’APW de Tizi Ouzou, Sid Ali Youcef, dans son allocution d’ouverture des travaux de cette rencontre. « A travers sa trajectoire militante c’est toute une phase décisive de notre histoire politique et intellectuelle que nous évoquons », a-t-il affirmé pour souligner le rôle majeur qu’a joué le militant dans la naissance du nationalisme algérien.
Rappelant le contexte de domination coloniale, marquée par l’expropriation, l’inégalité judiciaire et la négation de l’identité algérienne, le P/APW a assuré que Imache Amar « appartient à cette génération d’Algériens qui très tôt ont pris conscience du caractère structurel de l’injustice coloniale », d’où son engagement, dès 1920, alors que toute revendication nationale était sévèrement réprimée, aux côtés des premiers militants qui œuvrent à l’organisation politique des Algériens, notamment au sein de l’Etoile nord-africaine fondée en 1926 aux côtés des figures majeurs telles que Messali Hadj. « Imache Amar a contribué à faire émerger un discours politique nouveau, fondé sur la revendication explicite de droit du peuple algérien à disposer de lui-même.
Cette prise de position constitue une rupture historique, et pour la première fois l’indépendance nationale est formulée comme objectif politique clair, rompant avec les illusions assimilationnistes et les réformes limitées proposées par le système colonial », a encore rappelé Sid Ali Youcef, ajoutant que l’action d’Amar Imache « s’inscrit dans une dynamique de structuration du militantisme national, de formation politique des masses et de diffusion d’une conscience nationale fondée sur l’unité du peuple algérien au-delà des clivages régionaux sociaux et culturels ».
Pour lui, Imache Amar incarne également cette génération de militants qui ont fait de l’exil, de la prison et de la surveillance policière des prolongements de leur combat. Le rôle historique de ce militant nationaliste demeure fondamental et les idées, les structures politiques et les réseaux militants auxquels il a contribué constituent le socle sur lequel s’appuiera plus tard le mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques, puis la génération du 1er novembre 1954, a-t-il encore souligné.
A ce titre, enchaîne le même orateur, Imache Amar fait partie de ces bâtisseurs de l’ombre sans lesquels l’insurrection libératrice n’aurait pu voir le jour. Pour le P/APW, rendre hommage à ce grand militant, aujourd’hui, c’est rappeler une vérité essentielle de notre histoire : l’indépendance de l’Algérie est l’aboutissement d’un long processus historique nourri par des décennies de luttes politique intellectuelle et militante, c’est donc reconnaître que la Révolution s’est construite sur la continuité, le sacrifice et la transmission d’idées.
Par ailleurs, le P/APW a rassuré la famille de ce militant et la population d’Ath Douala que l’Assemblée qu’il préside ne ménagera aucun effort pour les accompagner jusqu’à la concrétisation des baptisations des institutions locales et nationales au nom d’Imache Amar, déplorant, avec regret au passage, qu’il y a uniquement un lycée qui porte actuellement le nom d’Imache Amar sur tout le territoire national. « Nous souhaitons également que le nom de Bastos, ici à Tizi-Ouzou, soit remplacé par son nom, ainsi que la restauration de sa maison natale », a-t-il recommandé. Intervenant à l’ouverture de ce séminaire, l’écrivain Chabane Imache, son fils, a tenu à préciser que la rencontre sur son père « dépasse le cadre de la commémoration ». Pour lui, il s’agit plutôt d’un engagement consistant à « affirmer que la place laissée par Imache Amar ne relève pas de l’oubli, mais elle constitue l’un des fondements durables de notre conscience collective et de notre identité nationale ».
Imache Amar est un homme qui, dès les années 1920, « s’est résolument inscrit dans le combat contre la domination coloniale », a-t-il indiqué, en ajoutant qu’avec quelques compagnons de lutte, son père a « choisi de se dresser contre l’oppression coloniale ». L’écrivain a mis en exergue les qualités intrinsèques de son géniteur, se résumant en la « clarté de sa parole, sa droiture morale, ses convictions inébranlables et sa constance sans renoncement ». « Il fut l’un des fondateurs de l’ENA, première organisation à revendiquer publiquement l’indépendance nationale, à l’époque où cette revendication relevait de l’audace, du courage et souvent du sacrifice », a-t-il témoigné avec fierté. « Aujourd’hui, nous rendons hommage à une initiative politique courageuse qui a osé penser l’indépendance avant toute autre organisation. L’engagement d’Imache Amar est intimement lié à l’ENA », a-t-il affirmé.
Mhamed Nadour, président de l’APC, organisatrice de ce séminaire, d’Ath Douala en l’occurrence, a exprimé sa fierté de cette initiative visant à rendre hommage à l’une des grandes figures du mouvement national : « le militant et homme de conviction Imache Amar ». Nous sommes ici pour accomplir un devoir de mémoire sacré envers tous ceux et celles qui se sont sacrifiés pour que vive aujourd’hui l’Algérie libre et indépendante, a-t-il déclaré, en précisant que le militant nationaliste natif du village Aït Mesbah dans la commune d’Ath Douala a grandement contribué, par son engagement, sa lucidité et sa détermination, à « éveiller les consciences, à structurer la pensée politique nationale et à porter la voix d’un peuple aspirant à la liberté, à la justice et à l’indépendance ».
Son parcours, ajoute le P/APC d’Ath Douala, est celui d’un militant sincère, patriote convaincu et d’un homme profondément attaché aux valeurs de justice sociale et d’égalité. Les hommages successifs, rendus à ce nationaliste impénitent, traduisent, selon M. Nadour, la volonté des autorités et la population à préserver sa mémoire et surtout à la transmettre aux générations montantes car, explique-t-il, la mémoire est un pont vers l’avenir. Le séminaire organisé par l’APC, qu’il préside, se veut être un espace de réflexions, d’échanges et de transmission. Il permettra aussi d’éclairer le parcours d’Imache Amar, d’analyser son apport au mouvement national, et de mettre en lumière l’apport de son engagement sincère et indéfectible pour notre pays, a-t-il encore enchaîné.
Le P/APC a, par ailleurs, fait part de sa conviction que ce genre de rencontre contribuera inévitablement à enrichir la connaissance historique, à renforcer la conscience citoyenne et à consolider l’esprit d’appartenance nationale. Rendre hommage à Imache Amar, c’est aussi réaffirmer l’attachement du peuple algérien aux valeurs pour lesquelles il s’est battu, la justice, la dignité, la solidarité et l’unité nationale, voire l’unité de l’Afrique du Nord, a insisté le même interlocuteur. Mezhoura Salhi, professeure et chercheure en histoire, à l'université Mouloud-Mammeri, a, elle aussi, mis en exergue l’important apport de ce militant nationaliste dans le mouvement national et la fondation de l’ENA, une organisation pionnière dans la revendication de l’indépendance nationale de tous les États de l’Afrique du Nord. «L'engagement d'Amar Imache dans la bataille contre le colonialisme a été le fruit de la conjonction entre événements historiques objectifs (révoltes populaires contre l'occupation) et d'une expérience personnelle vécue», a-t-elle souligné, ajoutant que «la revendication d'indépendance adoptée par l'ENA était déjà portée par les révoltes populaires contre la colonisation, qui avaient, malheureusement, échoué faute d'union et d'une stratégie unifiée».
«Ses écrits, dans le journal El Oumma, ou à travers ses brochures, sont un véritable réquisitoire conscient et engagé contre le colonialisme et ses ramifications, où il déconstruit le narratif dominant et fourni les outils nécessaires pour le combattre», a souligné, pour sa part, le professeur Saïd Chemakh, de la même université, qui a présenté, à l’occasion, une lecture des brochures écrites par Imache Amar et dans lesquelles il appelait les Algériens à se débarrasser de la colonisation. Selon un témoignage de l’officier de l’ALN et responsable local de l’Organisation nationale des moudjahidines (ONM), Mohand Ouramdane Hachour, un groupe de moudjahidines avait demandé, par respect à sa longue lutte pour l’indépendance nationale, à Imache Amar, de rejoindre les maquis de la Révolution, qui venait de commencer.
Sollicitation qu’il avait décliné en raison de son âge avancé, soit 59 ans, au début de la Révolution de Novembre 1954, et de sa santé déclinante, selon toujours, le moudjahid Hachour, lui-même natif du même village qu’Imache Amar. «Mabouk El-Istiqlel», avait répondu, prémonitoire, le militant nationaliste, à ses hôtes qui ont pris la décision de prendre les armes pour arracher l’Algérie de cette nuit coloniale qui a duré près de 132 longues et ténèbreuses années. Sept ans après, cette prémonition du militant et patriote visionnaire est devenue une réalité, avec le recouvrement de la souveraineté nationale, le 5 juillet 1962, grâce à la lutte héroïque des Algériennes et Algériens mobilisés, comme un seul homme, et décidés à en finir avec l’ordre colonial contre lequel Imache Amar avait lutté jusqu’à son dernier souffle. À noter qu’un recueillement sur sa tombe a été observé, hier, au niveau du cimetière Ikhef Ouguemoune de son village natal, Aït Mesbah, à l’initiative des organisateurs de ce séminaire et la population du village. L’un des pères fondateur de l’ENA, Imache Amar, est né le 07 juillet 1895, à Aït Mesbah.
Après des études à l’école du village Taguemount Oukerrouche et après avoir travaillé chez des colons impitoyables dans les fermes de la Mitidja, il part en France, où il s’engage dans le mouvement national algérien et devint l’un des fondateurs de l’ENA et rédacteur en chef du journal El Oumma, créé en 1930. En France, il consacra l’essentiel de son temps à la sensibilisation et la conscientisation des ouvriers algériens. Après la dissolution de l’ENA, en 1937, par les autorités coloniales et la création, par Messali El-Hadj, du PPA, auquel Imache Amar refusa d’adhérer jugeant que le programme de ce nouveau parti était en retrait par rapport à celui de l’ENA, il se consacra à l’écriture de brochures dans lesquelles il dénonçait la politique coloniale et appelait les Algériens à se révolter contre cette politique. Durant cette année, il écrira sa première brochure intitulée «L’Algérie au carrefour», où il dénonce le projet de Blum-Violette et la dissolution de l’ENA. En 1939, Imache Amar écrira sa deuxième brochure sous le titre «L’Afrique dans l’angoisse».
Dans son message, il avertit les Africains : «Si jusqu’à présent, nous luttons contre le colonialisme, désormais nous devons faire face à un fléau beaucoup plus destructeur : le fascisme». Suite à cette brochure dans laquelle il s’est attaqué au fascisme, Imache Amar fut arrêté et emprisonné par les Allemands. Il n’a été libéré qu’à la fin de la seconde Guerre mondiale, en 1945. En 1946, il écrira sa troisième brochure intitulée «L’heure de l’élite» dans laquelle il dénonce les massacres du 08 mai 1945, commis par la France coloniale contre les Algériens qui manifestaient pacifiquement pour revendiquer l’indépendance nationale, et interpelle les élites qui ne prennent pas position devant ces événements graves.
Durant la même année, il rédigera une quatrième brochure «Cyclones sur le monde», via laquelle il exhorte les hommes à cesser de s’entretuer s’ils ne veulent pas connaitre un troisième cyclone, allusion à une troisième guerre mondiale. En février 1947, Imache Amar quitte la France et rentre en Algérie, fatigué et durement maqué par la prison et les camps de concentration. Complètement usé, malade et boiteux, le vaillant militant nationaliste rédige, avant son entrée en Algérie, une lettre d’adieu aux Algériens résidants en France. Deux messages sont adressés par le biais de cette lettre. Le premier est destiné aux travailleurs émigrés qu’il exhorte à s’unir, à s’aimer, à se solidariser et à dépasser leurs divergences, pour n’avoir qu’un seul objectif : la libération de leur pays du joug colonial. Le second message s’adresse aux militants du PPA qu’il met en garde contre le culte de la personnalité.
Durant la lutte de Libération nationale (1954/1962), malgré son état de santé qui déclinait de jour en jour, Imache Amar n’a pas cessé de prodiguer des conseils pour les responsables du FLN et de l’ALN qui venaient souvent lui rendre visite chez lui, à Aït Mesbah, jusqu’à son décès la nuit du 06 au 07 février 1960, soit deux années avant l’indépendance de son cher pays, pour laquelle il a consacré toute sa vie.
Imache Amar appartient à cette génération d’algériens qui ,très tôt, ont pris conscience du caractère structurel de l’injustice coloniale, d’où son engagement, dès 1920, aux côtés des premiers militants au sein de l’étoile nord-africaine.
Ses écrits, dans le journal El Oumma sont un véritable réquisitoire conscient et engagé contre le colonialisme et ses ramifications, où il déconstruit le narratif dominant et fournit les outils nécessaires pour le combattre.
Durant la lutte de libération et malgré son état de santé qui déclinait de jour en jour, Amar n’a pas cessé de prodiguer des conseils pour les responsables du FLN et de l’ALN qui venaient souvent lui rendre visite à Aït Mesbah, jusqu’à son décès la nuit du 06 au 07 février 1960.
B. A.