Mustapha Nedjai, plasticien et auteur : «Les arts plastiques, parent pauvre de la politique culturelle»

Parler de la réalité contemporaine de l'art, donner une grande visibilité aux artistes plasticiens, évoquer le marché de l'art inexistant, telles sont les grandes lignes abordées, samedi après-midi, lors d’une rencontre de Mustapha Nedjai à la Fondation culturelle Ahmed et Rabah Asselah.

Cet événement a drainé de nombreux amis et artistes venus débattre de la situation de l'artiste en Algérie. L'artiste pluridisciplinaire désenchanté par le manque d'intérêt concédé au fait culturel par les pouvoirs publics estime «que le constat est amer et la situation alarmante», dit-il. A travers son dernier ouvrage L'écho du vide, voyage au cœur du silence paru aux éditions Dalimen, le plasticien tente de sensibiliser par rapport au vide culturel du 4ème art qui reflète notre culture et identité, «un legs atavique dont les pouvoirs publics affiche une indifférence avérée», note-t-il et tout en axant sur ces deux autres récentes publications dont Réminiscences d'artistes et Désarticulation parus chez le même éditeur.

«Pour moi, ces ouvrages sont un constat de la situation de l'artiste plasticien et une manière de vider mon sac; nous sommes une nation qui ne construit pas son patrimoine, tout en précisant que l'art est le parent pauvre». Selon lui, l'artiste nécessite un environnement adéquat, et déplore le fait que l'Etat ne valorise pas en achetant leurs œuvres. Par ailleurs, son allocution interpelle sur ce qu'il dénomme «l'école du vide» à travers une série d'interrogations, notamment la notion de l'artiste, comment se fait son processus créatif et dans quoi l'artiste se situe dans cette société.

Les artistes ne vivent pas de leur art, car les pouvoirs publics ne les valorisent pas, et ne sont guère intéressés. Faisant référence au marché de l'art, il met l'accent sur la fermeture souvent des musées et l'absence de commissions d'achats. En outre, il évoque le manque de marché d'art et sa non-régulation ou plutôt le marché de l'art parallèle faisant allusion aux antiquaires. Dans cette optique, le conférencier souligne «que depuis 1990, les entreprises n'achètent pas les œuvres des artistes». Il focalise sur ce désintérêt et cette incuriosité.

D'où le manque d'intérêt pour les artistes, pas de statut, pas de galeries d'art, leur non-reconnaissance au niveau international et surtout le manque de soutien étatique. De multiples interrogations ont suscité débats et controverses de la part de l'assistance. Indubitablement, Mustapha Nedjai a dressé un tableau synoptique de l'art pictural en Algérie qui semble peu reluisant. Notons que dans cet ouvrage, il rend hommage aux artistes plasticiens disparus.

K.A.

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