«Les Griffes de l’écrivain» d’Amin Zaoui : du nationalisme de bon aloi

C’est un magnifique dithyrambe de la vie, de la liberté et des droits de l’homme que propose Amin Zaoui dans son essai à l’intitulé évocateur, les Griffes de l’écrivain. Paru aux éditions Dalimen, cet ouvrage, un pavé de 372 pages, se veut un regard sans parti pris, tout en étant scrutateur de la société, de la vie et des droits de l’homme.

C’est une vision synoptique de la société algérienne, avec ses qualités et ses travers. Sans verser dans le style moralisateur, l’écrivain émérite observe, passe en revue diverses thématiques et dissèque, sans trop fustiger, l’Algérie. Amin Zaoui interpelle sur tout ce qui le perturbe et le dérange, et met en exergue toutes les belles choses dont on peut se targuer en tant que nationaliste et Algérien. Il se veut tel un observateur impartial qui dresse un constat réel, authentique, sans parti pris. Il suit la voie de la logique avec un grand discernement et une réelle clairvoyance. À ce sujet, l’auteur précise : « J’ai écrit ce livre avec le sentiment d’un devoir de citoyenneté intellectuelle et culturelle, sans démagogie ni pédagogie. »

À l’évidence, Amin Zaoui parle avec son cœur et dit ce que tout intellectuel doit dire : « La vie est un champ de bataille où l’écrivain est cette luciole éclairant la noirceur quotidienne. » Il aborde avec sagacité et parfois avec dérision différents sujets, notamment : « Les chats d’Algérie », « L’Algérien, sang chaud, cœur doux », « La peur du lecteur algérien », « Quand le Ramadhan algérien fait son arôme », « Ces femmes militaires, nos étoiles filantes algériennes », « De la tablette coranique à la tablette numérique », « La figue de barbarie légendaire, mielleuse et épineuse », « Une narration épicée pour le couscous », « J’aime ma mère, disait l’autre », « Mouloud Mammeri le rassembleur », « La femme algérienne » et « Ce café, etc. » Autant de thématiques diversifiées qui relatent notre quotidien et content notre mémoire collective millénaire

Certaines sont d’une grande acuité, d’autres plus plaisantes, où l’écrivain, un tantinet désabusé, se gausse de l’hypocrisie sociale et de la bigoterie. Avec un style fluide, empreint de lucidité et de finesse d’esprit, il soulève un questionnement sur diverses questions sociales et culturelles mises sous le boisseau et souvent jugées importunes (religion, bigoterie, « l’amour sans langue », etc.). Sans être un lanceur d’alerte, Amin Zaoui souhaite éveiller la conscience de tout un chacun à notre réalité sociale et culturelle. Il rêve d’une société sans failles, où l’intellectuel est ce réveilleur de conscience signalant tous les travers qui gangrènent la société.

Parallèlement, en cumulant éloges et diatribes sur la société, il donne un aperçu de sa vie d’enfant et de son parcours en sa qualité d’intellectuel et d’homme de lettres. En outre, il prône la lecture et la valorisation du livre, loin de toute dérive politique. À ce sujet, il affirme péremptoirement : « Ceux qui fabriquent les livres ne sont pas comme ceux qui fabriquent les gobelets, avec tout le respect dû aux fabricants de gobelets. Notre culture a besoin d’innovation et de modernité. La monotonie, la gestion des années soixante-dix et le tape-à-l’œil tuent le livre et la culture en général. Libérez le livre du folklorisme culturel et politiste. »

C’est un remarquable essai qui remet les pendules à l’heure de la communication, de la raison et du discernement, sans animosité ni parti pris. Il met également l’accent sur le rôle de l’intellectuel, qui doit alerter, sensibiliser et éveiller les consciences. À lire avec délectation et plaisir.

K.A.

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