Dans son dernier roman Le rêve volé de Makeda, publié aux éditions «La Sirène aux yeux verts», l’auteur et journaliste Bouziane Ahmed Khodja livre un récit bouleversant qui s’inspire de réalités trop souvent passées sous silence : celles des femmes africaines prises au piège des traditions patriarcales, de conflits, et de violences multiformes.
Makeda, l’héroïne éponyme, est une jeune Erythréenne à la voix brisée par les injonctions d’une société où les femmes doivent se taire, se soumettre, endurer.
Dès l’enfance, elle subit l’excision, le poids de la religion, puis un mariage forcé.
Mais au lieu de céder à la fatalité, elle choisit l’exil. Commence alors une longue traversée, physique autant qu’intérieure, qui la mènera d’Erythrée vers l’Ethiopie, le désert du Sinaï, l’Égypte, et enfin l’Espagne, au prix de souffrances indescriptibles : enlèvements, viols, torture, trafic humain, racisme…
Chaque étape révèle la brutalité d’un monde qui nie aux femmes, surtout migrantes, leur statut d’être humain.
Mais au-delà de l’horreur, Le rêve volé de Makeda est aussi un chant d’espoir. La rencontre avec des personnages solidaires, le pouvoir de l’amour, et la foi en des jours meilleurs permettent à Makeda de se reconstruire, de porter haut la voix de celles qui, comme elle, ont vu leurs rêves volés.
Bouziane Ahmed Khodja, dont l’engagement pour la cause des migrants et des femmes transparaît dans chaque ligne, est une figure intellectuelle respectée. Docteur en sociolinguistique, titulaire d’un master en journalisme et sciences politiques, il travaille comme journaliste à la télévision espagnole (TVE). En 2016, la France l’a honoré du titre de «Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres», saluant ainsi l’ensemble de son œuvre littéraire et médiatique.
Il préside également le parlement des écrivains de la Méditerranée, une instance qui promeut le dialogue interculturel et la défense des droits fondamentaux à travers la littérature. Avec ce roman, Khodja dépasse la fiction pour poser un acte politique et humaniste.
Il questionne les rapports Nord-Sud, les politiques migratoires, le poids du genre dans les trajectoires individuelles, tout en nous offrant une écriture fluide, sensible et profondément incarnée.
Le rêve volé de Makeda est bien plus qu’un roman. C’est un témoignage, un cri, une ode à la résistance. Il donne une voix puissante à celles qu’on a trop longtemps réduites au silence. Une lecture nécessaire, urgente, à l’heure où le sort des femmes migrantes reste encore un angle mort des débats publics.
C. G.