L’Opéra d'Alger Boualem-Bessaïh s’apprête à vibrer le 17 avril au rythme d’une rencontre musicale d’une rare intensité, portée par le Trio Joubran.
Dans l’écrin feutré de cette grande scène nationale, la musique promet de s’élever bien au-delà du simple concert pour devenir un véritable langage sensible, à la croisée de la mémoire, de la poésie et de la création contemporaine. Portée par le soutien institutionnel de la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, cette soirée s’inscrit dans une volonté affirmée de promouvoir des expressions artistiques d’excellence, tout en valorisant les grandes figures de la scène musicale arabe actuelle.
Depuis deux décennies, les frères Joubran : Samir, Wissam et Adnan, façonnent une œuvre singulière qui a profondément renouvelé la place de l’oud dans la musique contemporaine. Issus d’une prestigieuse lignée de luthiers d’Al Naâssira, ils ont imposé une formation inédite, celle du trio de ouds, ouvrant de nouvelles perspectives sonores à un instrument emblématique de la tradition orientale. Leur musique, à la fois rigoureuse et libre, repose sur un subtil équilibre entre composition et improvisation. Elle se déploie comme une architecture sonore où chaque note semble pesée, chaque silence habité. À travers leurs œuvres, l’oud cesse d’être un simple instrument d’accompagnement pour devenir une voix à part entière, capable d’exprimer les nuances les plus intimes comme les élans les plus universels. La dimension poétique occupe une place centrale dans leur démarche artistique. Étroitement liés au parcours du poète palestinien Mahmoud Darwich, les frères Joubran ont longtemps accompagné ses textes sur scène, donnant naissance à des formes hybrides où la parole et la musique se répondent.
Cette influence se ressent encore aujourd’hui dans leurs compositions, imprégnées de thèmes liés à l’exil, à l’identité et à la mémoire. Forts d’une reconnaissance internationale, ils ont parcouru les plus grandes scènes à travers le monde, portant une musique, à la fois profondément enracinée dans son héritage, et résolument ouverte sur l’universel. Leur capacité à toucher des publics variés tient à cette écriture sensible qui dépasse les frontières culturelles et linguistiques. Le public sera convié à une expérience immersive où la virtuosité se met au service de l’émotion.
Dans l’acoustique soignée de l’Opéra, chaque vibration de l’oud prendra une dimension particulière, invitant à une écoute attentive, presque introspective. Cette soirée s’annonce ainsi comme un moment suspendu, où la musique devient un espace de partage et de résonance. Une célébration de l’oud dans toute sa richesse, portée par trois artistes dont le parcours témoigne d’une exigence rare et d’une fidélité constante à une vision artistique profondément habitée.
S. O.