Avec la participation 45 pays, représentés au rang ministériel, et quelque 150 intervenants de renom, cette manifestation grandiose s’impose comme le rendez-vous incontournable pour penser l’infrastructure, la régulation et l’indépendance technologique de l’Afrique.
Depuis hier et pour une durée de trois jours, Alger est l’épicentre de réflexions stratégiques sur l’avenir numérique du continent en accueillant le 1er Salon africain de technologies « Global Africa Tech-2026 » , un événement d’envergure continentale placé sous le haut patronage du président de la République, Abdelmadjid Tebboune.
Avec la participation 45 pays représentés au rang ministériel et quelque 150 intervenants de renom, cette manifestation grandiose s’impose comme le rendez-vous incontournable pour penser l’infrastructure, la régulation et l’indépendance technologique de l’Afrique. Tout aussi grandiose a été également la cérémonie officielle d’ouverture, cet événement supervisée par le Premier ministre, Sifi Ghrieb, qui a lu le message du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, adressé à l’assistance.
Une assistance rehaussée par le présence du directeur du Cabinet de la Président de la République, le directeur général de la communication au niveau de la même institution, plusieurs membres du gouvernement, ainsi qu’un parterre d’invités de marque parmi les hauts représentants d’institutions internationales de l’Union africaine (UA) et de l’ONU, des opérateurs du numérique venus des quatre coins du continent en sus des représentants du cycle diplomatiques accrédités. Dans son intervention, le ministre de la Poste et des Télécommunications, Sid Ali Zerrouki, a remercié d’entrée, le président de la République pour son haut patronage, avant de saluer les participants à cette rencontre placée sous le signe du dialogue et de la décision. Il rappelle que les enjeux de connectivité et de technologie sont devenus fondamentaux pour la souveraineté, le développement et la sécurité, face aux pressions extérieures, soulignant que les défis africains sont stratégiques et non purement techniques.
En la matière, il a énuméré quatre priorités : La première est celle mettant en relief l’exigence de développer les infrastructures techniques pour réduire la fracture numérique et connecter les territoires ; La seconde est liée à l’investissement dans l’humain par la formation de générations capables de maîtriser et de valoriser la technologie ; La troisième priorité a trait à l’exploitation intelligente des technologies émergentes au service du développement et de la souveraineté ; tandis que la quatrième priorité souligne la nécessité d’établir des réseaux équilibrés fondés sur le transfert de connaissances et les intérêts mutuels pour donner à l’Afrique sa place dans les chaînes de valeur numériques mondiales. « Les technologies sont désormais des piliers de l’avenir », a tonné Sid Ali Zerrouki mettant en avant une responsabilité collective qui incombe à tous les acteurs publics, privés, académiques et internationaux pour unir les efforts et bâtir des solutions adaptées aux ambitions du continent.
Il a ainsi appelé à dépasser le simple diagnostic pour forger une vision commune et une véritable souveraineté numérique africaine, fondée sur la confiance, l’intégration et l’innovation. Il s’est dit en outre convaincu que les échanges inscrits au programme Global Africa Tech-2026 ouvriront de nouvelles coopérations. « Il est temps que l’Afrique cesse de chercher des solutions toutes faites et devienne un continent qui conçoit sa propre trajectoire technologique, car la souveraineté ne se donne pas, elle se construit », a-t-il plaidé. Par ailleurs, le programme du Sommet comprend plusieurs conférences plénières abordant notamment la convergence des infrastructures, avec un accent sur l’interconnexion et l’alignement réglementaire.
Les échanges auront à traiter, entre autres, de l’harmonisation du spectre et des normes, des stratégies pour développer les télécoms dans les zones peu couvertes, tandis qu’une table ronde modérée par Algérie Télécom sera dédiée aux rôles complémentaires du satellite et de la fibre. Le thème de la souveraineté numérique sera davantage approfondi autour des câbles sous-marins, des datacenters et des constellations satellitaires.
En la matière, une conférence de ComplyCube aura à souligner la nécessité géopolitique pour l’Afrique de posséder ses propres infrastructures sous-marines, et un panel spécialisé aura à éclairer sur les enjeux et menaces de la dépendance aux câbles contrôlés par des puissances extérieures. Sur le volet spatial, on enregistre les interventions d’Eutelsat et d’un panel réunissant AlLAL, ATS et sur le maillage satellitaire continental fondé sur des politiques de souveraineté. L’intelligence artificielle et l’industrie occupent une place centrale, avec l’exploration des neurotechnologies, de l’IA générative pour l’optimisation des réseaux, et une table ronde consacrée à l’éthique et au cadre de confiance. Une session ministérielle sera consacrée à l’initiative « 50-in-5 » visant à connecter 50 % du continent en cinq ans, accompagnée de réflexions sur les mécanismes de financement innovants. Le volet de l’inclusion sera marqué par un atelier dédié aux femmes dans les filières STIM et une table ronde sur les femmes à la tête de la transformation numérique africaine. Le sommet consacre en outre une journée pour mettre en lumière l’écosystème algérien de l’innovation, avec des présentations de l’ENSIA, de l’USTHB et du CERIST sur la recherche en intelligence artificielle, affirmant la volonté de bâtir une industrie numérique sur des bases académiques solides.
K. A.
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Ils ont dit
- Mme Malika Selma Haddadi :
«Pour un avenir numérique africain uni»

La vice-présidente de la Commission de l’UA a affirmé que le satellite A3 renforce les capacités spatiales africaines, une fierté saluée par l’Union africaine. Elle a estimé que le sommet rappelle que malgré une couverture mobile large bande atteignant 86 % fin 2024, 14% des Africains restent non connectés, et 25% en zone rurale. Pour Malika Selma Haddadi, la fracture numérique tient aussi au coût, au manque de compétences et à la défiance, alors que l’Agenda 2063 exige une base numérique solide. La résilience est cruciale, comme l’a montré la vulnérabilité cybersécurité de l’Union africaine en 2017. Elle a également relevé que l’enjeu est donc de connecter le continent de façon résiliente, souveraine et inclusive.
Des cadres structurants existent (Stratégie numérique africaine, politique des données, Convention de Malabo, protocole ZLECAf) et des pays comme le Kenya, le Nigeria, le Gabon ou l’Algérie montrent la voie. Pour amplifier l’impact, il faut créer des corridors d’infrastructures, renforcer l’environnement numérique public et participer aux instances mondiales. Cinq priorités sont dégagées liées aux réseaux diversifiés et résilients, à la réduction du fossé d’usage, aux capacités de calcul et de stockage, à l’interopérabilité, et à la gestion coordonnée du spectre. Le succès repose sur une vision politique commune : les acteurs ne doivent pas rester désunis. La responsabilité est collective, et ce sommet en Algérie marque un tournant vers une infrastructure souveraine et inclusive. L’Union africaine continuera d’accompagner les États membres pour concrétiser cet avenir numérique ensemble.
K. A.
- Amandeep Singh Gill, Sous-Secrétaire général des Nations Unies et envoyé spécial pour les technologies numériques :
«L'histoire s’écrit en données»

L’Afrique a le choix d’être co-architecte de l’économie mondiale de l’IA ou de d’appliquer des décisions prises ailleurs. Ce choix ne se joue pas en décennies, mais dans les cinq prochaines années. Comme le rappelle un proverbe africain : «Il est temps que le lion écrive sa propre histoire», et aujourd’hui, cette histoire s’écrit en données, en code et en modèles. L’Algérie incarne cette dynamique à travers sa stratégie nationale et des projets numériques d’envergure. Elle montre que le continent n’attend pas de permission pour construire son avenir. L’IA n’est pas une simple innovation de plus. C’est une technologie à usage général, comparable à l’électricité ou à l’internet, qui redessine l’économie, la société, la géopolitique. La question n’est pas si elle transformera nos vies, mais qui en sera l’architecte.
Une opportunité rare, dont la fenêtre est étroite.
K. A.