Les Accords d’Évian ou comment les négociateurs algériens ont déjoué les plans français visant à amputer l’Algérie de son Sahara

De gauche à droite : Taïeb Boulahrouf, Saâd Dahlab, Mohamed Seddik Benyahia, Krim Belkacem, Benmostefa Benaouda, Redha Malek, Lakhdar Bentobal, M'Hamed Yazid et Seghir Mostefaï.
De gauche à droite : Taïeb Boulahrouf, Saâd Dahlab, Mohamed Seddik Benyahia, Krim Belkacem, Benmostefa Benaouda, Redha Malek, Lakhdar Bentobal, M'Hamed Yazid et Seghir Mostefaï.

Signés le 18 mars 1962, les Accords d’Évian, prévoyant un cessez-le-feu dès le lendemain, le 19 mars, sont l’aboutissement d’un long processus de luttes menées et de sacrifices consentis par les Algériens des années durant contre un colonialisme qui s’est résigné finalement à s’asseoir à la table des négociations face à des militants qu’il avait tant honnis.

Des négociateurs, qui n’étaient pas des diplomates de formation, mais qui ont acquis, au fil des batailles, tant dans les maquis que sur le plan politique, une expérience et une détermination qui leur ont permis de pouvoir imposer la revendication du Front de libération nationale (FLN), et par-delà, du peuple algérien, à savoir une indépendance pleine et entière.

À cet effet, le défi qui se présentait aux négociateurs algériens à Évian était de réussir à arracher cette indépendance, sans perdre un centimètre carré du territoire.

Et c’est sur quoi se sont attelés, durant plusieurs semaines et lors des multiples rounds de négociation, ces «diplomates» qui sont Krim Belkacem, président de la délégation du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) ; Redha Malek, Saâd Dahlab, Benmostefa Benaouda, Lakhdar Bentobal, Taïeb Boulahrouf, Mohamed Seddik Benyahia, Seghir Mostefaï, M’hamed Yazid, Ahmed Boumendjel et Ahmed Francis.

C’est ce qu’a expliqué Redha Malek, porte-parole de la délégation pendant les négociations des Accords d’Évian, lors de son passage au Forum d’El Moudjahid, le 15 mars 2016, un peu plus d’une année avant son décès survenu le 29 juillet 2017.

L’ancien chef de gouvernement a tenu à rappeler, à cet effet, que «les deux points essentiels, qui étaient au cœur de ces négociations, sont l’unité du peuple et l’intégrité territoriale».

Les négociateurs français ont ainsi manœuvré à maintes reprises pour séparer l’Algérie de son Sahara.

Au départ, a rappelé Redha Malek, ils ont proposé l’intégration automatique et en bloc des «Européens» dans l’Algérie  indépendante. Une demande vite rejetée par la partie algérienne, pour laquelle l’intégration devait se faire individuellement, sur demande.

Le porte-parole de la délégation est revenu également sur le livre L’Algérie en H d’Alain Peyrefitte, un ministre sous Charles de Gaulle, qui a préconisé de refouler les Algériens vers les Hauts Plateaux, le nord devant être réservé pour les Européens, tout en faisant en sorte pour que le Sahara reste «français».

Par la suite, a ajouté Redha Malek, les Français ont proposé un référendum d’autodétermination, en deux temps, l’organisant, tout d’abord, au nord du pays, le sud devant voter bien plus tard.

Des «propositions» bien évidemment rejetées d’une manière énergique par les négociateurs du FLN, tout comme l’a été celle visant à comptabiliser les voix du référendum par régions.

Tout ceci pour dire que les représentants algériens à ces rounds de négociations ont pu déjouer tous les pièges que leur tendaient leurs homologues français et qui visaient essentiellement à amputer le territoire national de sa partie sud, à savoir le Sahara.

«Il faudrait connaître l’histoire pour avoir une idée sur les efforts et la ténacité dont ont fait preuve les négociateurs pour arriver à préserver les frontières du pays et son unité nationale», a lancé l’ancien chef du gouvernement.  

Deux points, qui étaient «fondamentaux» à l’époque, et qui sont toujours d’actualité, aujourd’hui, a estimé Redha Malek, les frontières et l’unité nationale étant des acquis qu’il faut s’employer à défendre continuellement.

Abdelghani Aïchoun

 

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