Soixante-dix ans après la naissance de l’UGTA, la Centrale syndicale se retrouve face à un impératif de transformation.
Son secrétaire général, Amar Takdjout, affiche l’ambition d’engager une série de réformes internes destinées à adapter l’organisation aux nouvelles réalités économiques et sociales du pays. Mais, au-delà des intentions affichées, ces changements soulèvent autant d’espoirs que d’interrogations. Parmi les axes avancés, figure la révision du mode de fonctionnement interne, davantage de démocratie dans la prise de décision, renforcement des structures de base, transparence dans la gestion et redynamisation des fédérations sectorielles.
L’objectif est clair : rompre avec l’image d’une organisation trop centralisée et parfois éloignée des préoccupations quotidiennes des travailleurs. Takdjout semble vouloir repositionner l’UGTA comme un syndicat de proposition, capable d’intervenir sur les grandes questions économiques – diversification, transition énergétique, pouvoir d’achat, emploi des jeunes – plutôt que de se limiter à une posture défensive. Cette évolution traduit une volonté d’inscrire l’action syndicale dans une logique d’anticipation plutôt que de réaction. Cependant, le véritable défi réside dans la crédibilité de ces réformes. L’UGTA porte un héritage historique puissant, marqué par son rôle durant la Révolution et dans la construction de l’État national.
Mais cette proximité historique avec les institutions a nourri, au fil du temps, des critiques sur son autonomie et sa capacité à agir comme un véritable contre-pouvoir social. À 70 ans, la Centrale doit convaincre qu’elle peut évoluer sans renier son identité. Renforcer la liberté syndicale ne signifie pas seulement élargir le cadre juridique, cela implique aussi d’accepter le pluralisme, de favoriser le renouvellement générationnel et de donner plus de place aux compétences techniques dans la négociation collective. Le paradoxe est là : l’UGTA tire sa légitimité de son passé, mais son avenir dépend de sa capacité à se réinventer.
Les mutations du marché du travail – montée du secteur privé, précarité, économie numérique – exigent un syndicalisme agile, formé et connecté aux nouvelles catégories professionnelles. Si les réformes annoncées par Takdjout parviennent à instaurer un véritable changement de culture interne, elles pourraient marquer un tournant historique pour l’organisation. Dans le cas contraire, elles risqueraient de rester perçues comme un simple ajustement formel. Soixante-dix ans après sa création, l’UGTA n’est plus seulement face à un anniversaire symbolique, elle est confrontée à une épreuve de renouvellement. La réussite ou l’échec de cette mue déterminera sa place dans le paysage social des prochaines décennies.
F. L.