Intelligence artificielle : au cœur des mutations de l’industrie gazière

Les travaux de la deuxième journée du huitième symposium de l’Association algérienne de l’industrie du gaz (AIG) se sont poursuivis, hier, au CCO (Centre des conventions) Mohamed-Ben Ahmed, dans une dynamique marquée par des échanges de haut niveau autour des mutations technologiques du secteur.

Organisé du 30 au 31 mars, cet événement d’envergure a réuni plus de 700 participants, parmi dirigeants d’entreprises, experts, chercheurs et représentants des filiales de Sonatrach et Sonelgaz, ainsi que des acteurs internationaux, dont l’Union internationale du gaz et l’Organisation des pays africains producteurs de pétrole.
Au programme de cette deuxième journée, plusieurs tables rondes, portant sur des thèmes stratégiques, tels que : «Innovation, recherche et développement», «Les ressources humaines comme facteur de stimulation pour l’industrie gazière» et «Stratégie énergétique et gazière dans un monde en mutation».

L’événement constitue également une plateforme d’échange entre experts nationaux et internationaux, favorisant le dialogue sur les technologies émergentes, la digitalisation des procédés industriels et les stratégies de transition vers des sources d’énergie plus durables. Abderrahmane Seridji, spécialiste en intelligence artificielle appliquée, a centré sa communication sur le thème : «De la donnée à la connaissance : comment l’IA et le knowledge management redéfinissent la performance dans l’industrie du gaz».

Dans une approche à la fois pédagogique et critique, il a mis en évidence un paradoxe majeur : malgré l’abondance de données dans les environnements industriels, notamment sur les plateformes offshore, la valeur générée reste souvent limitée.

«La donnée est peu contextualisée, parfois mal interprétée et insuffisamment intégrée dans les processus métiers», a-t-il expliqué, soulignant que ces lacunes empêchent l’intelligence artificielle de produire des résultats à la hauteur des attentes. Pour l’intervenant, la clé réside dans l’articulation entre données et connaissance métier, notamment la connaissance tacite détenue par les experts.

C’est dans ce cadre que le knowledge management apparaît comme un levier essentiel, permettant de relier efficacement données et expertise, afin de fournir, en temps réel, des réponses pertinentes aux problématiques opérationnelles.
S’appuyant sur des retours d’expérience internationaux, notamment chez Petrobras, Shell, Aramco ou Equinor, Abderrahmane Seridji a évoqué les différents niveaux de maturité dans l’intégration de l’IA dans les grands groupes énergétiques.
Concernant l’Algérie, il a estimé que «la dynamique est engagée dans le bon sens», tout en appelant à une approche globale de cette technologie.
Il a, en effet, insisté sur le fait que l’intelligence artificielle ne se limite pas aux applications visibles, comme les outils génératifs, mais s’inscrit dans une chaîne de valeur complexe incluant infrastructures, composants technologiques, modèles et gouvernance.

Parmi les conditions indispensables à une intégration réussie, il a cité une organisation structurée, une gouvernance rigoureuse des données, des capacités en cybersécurité, des infrastructures adaptées, ainsi que le développement des talents, qu’il considère comme un enjeu mondial majeur.

Titulaire d’un doctorat en analyse numérique et d’un master en intelligence artificielle et robotique de l’université de Marseille, Abderrahmane Seridji a occupé des fonctions stratégiques dans plusieurs multinationales, notamment en tant que directeur des systèmes d’information et expert en transformation numérique, avec une expérience significative dans les secteurs de l’énergie et de l’agriculture.

A. S.

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 

Pour un écosystème cohérent
 
Dans le cadre d’un panel consacré à l’intelligence artificielle et à l’industrie du gaz, Lionel Lhommet a développé une communication intitulée : «For a sustainable industry, we need integrated intelligence, not isolated tools». L’intervenant a plaidé pour une approche systémique de l’intelligence artificielle, insistant sur la nécessité d’intégrer les modèles, les outils technologiques et les compétences humaines dans une vision cohérente. Selon lui, la performance ne peut être atteinte sans une articulation fine entre calculs, données et expertise humaine. Il a également attiré l’attention sur les enjeux liés à la préservation des savoirs au sein des entreprises, notamment dans un contexte de transformation organisationnelle et de fusions, où le risque de perte de connaissance est réel. «Capitaliser sur l’expérience acquise est une nécessité stratégique», a-t-il souligné. Concernant l’Algérie, Lionel Lhommet a estimé que le pays dispose d’atouts significatifs, notamment en matière de ressources et de compétences humaines, lui permettant de tirer pleinement parti de la transition en cours, à condition d’adopter une vision globale et progressive des transformations. Diplômé de CentraleSupélec, avec un parcours enrichi par des études en droit, finance et un MBA, il a occupé des fonctions de direction au sein de grandes entreprises internationales, notamment dans le domaine des géosciences, avant de co-fonder plusieurs startups innovantes spécialisées dans l’intelligence artificielle appliquée. 
Outre ces interventions, la deuxième journée du symposium s’est inscrite dans la continuité des réflexions engagées autour de thématiques majeures, notamment l’avenir de l’industrie gazière à l’ère de l’intelligence artificielle. Les discussions ont mis en avant la complexité croissante de l’environnement global, la nécessité d’une vision nationale claire, ainsi que le rôle déterminant de la recherche, de l’innovation et de la qualité de l’écosystème industriel. 
Un autre axe fort a porté sur le rôle du capital humain en tant que catalyseur du progrès industriel gazier. Les échanges ont souligné l’importance de placer le développement des compétences au centre des stratégies, afin d’anticiper les mutations des métiers et de renforcer les synergies entre industrie, formation et recherche. Les participants ont ainsi insisté sur la nécessité de faire du capital humain un levier structurant de compétitivité, d’innovation et de souveraineté industrielle, dans un contexte de transformation profonde du secteur énergétique.      
 
A. S.

Multimedia